
Marta Pomodoro, penchée sur sa partie de l’œuvre collective. | S. Brasey – 24 heures
Depuis plus d’une semaine, douze graffeurs et graffeuses de 30 à 57 ans, tous artistes confirmés, déploient leur créativité sur le mur ouest de la salle Omnisports du Pierrier, cet énorme complexe, pyramide de béton, à deux pas du coquet port de Clarens. Sur fond de reggae, blues ou rock, et dans l’ombre du bâtiment, appréciée en ces journées de canicule, l’opération a été nommée «Paint on The Water», écho à la chanson «Smoke on The Water» de Deep Purple, célèbre hymne de l’incendie du Casino de Montreux en 1971.
À la manœuvre de cette œuvre gigantesque, sorte de cadavre exquis maritime et fantasmé, Chromatix, une association montreusienne remontant à 2012 et dédiée au street art. On leur doit déjà plusieurs réalisations dans la région et de nombreux ateliers avec le public. «Des murs comme ça, il n’y en a pas 36’000 en Suisse! Il nous a toujours fait rêver», sourit l’artiste Boris Chiaradia, aux anges. Les quelque 800 m² de bitume ont été mis à leur disposition par le SIGE (Service intercommunal de gestion), propriétaire de l’immeuble.
Concrètement, le rêve a commencé par un nettoyage complet, à l’aide de tuyaux prêtés par les pompiers et branchés sur la borne incendie, puis par la pose d’une couche de fond à la dispersion, en dégradé turquoise.
Debout sur l’échafaudage mobile, équipée d’un masque à cartouches et de lunettes de protection, la peintre Andrea Dora Wolfskämpf pulvérise en gestes déliés et énergiques les dernières touches de couleurs sur sa créature mi-femme mi-animal marin. En contrebas, Gérard Gademann trace patiemment au spray noir les contours de coraux jubilants en forme de cœur. Quelques mètres plus loin, des traits et courbes esquissés en blanc jusqu’à la tête d’une pieuvre. «J’ai encore du boulot!, reconnaît l’artiste sierrois Kespo, mais c’est un plaisir de créer ici! Le cadre est magnifique, le thème cool, et on est une bonne bande de potes, ça c’est important!»
Street art titanesque
Si le travail peut sembler titanesque, «le plus difficile a été d’obtenir les autorisations, ce qui a nécessité de nombreuses démarches administratives», relève Nicky Midgley, membre de Chromatix. «En parallèle, on a dû trouver le budget, environ 12’000 francs, pour le matériel, la location des échafaudages et la nourriture à midi. Chaque fois qu’on a organisé un workshop ou un atelier graffitis, on a donc mis un peu d’argent de côté, et on a aussi cherché des sponsors et des partenariats.»
Les artistes, eux, travaillent bénévolement, juste par passion, certains de 10h à 21h. «C’est la première fois que je peins aussi grand, donc c’est un peu un défi pour moi, mais j’adore! On est concentrés et souvent dans notre bulle, mais on échange aussi beaucoup avec les autres», conclut Marta Pomodoro, urbaniste de profession.
www.chromatix.ch
L’inauguration est prévue au parking du Pierrier, rue du Lac 117, Montreux, ce jeudi à partir de 18h.
