
À Leysin, 16 jours de minage ont déjà été effectués cette année, soit le double de l’an dernier en fin de saison. En moyenne, sept à dix charges explosives sont utilisées par jour de minage. (Photo d’archives) | A. Felli
La montagne a grondé la semaine dernière, avec un niveau d’avalanche atteignant quatre sur cinq. En Valais, plusieurs routes ont été temporairement bloquées, comme à Saint-Gingolph, tandis qu’à Morgins, une coulée a endommagé l’auberge de la Tovassière. Alors pour prévenir tout risque d’ensevelissement pour les skieurs, les stations ont multiplié les tirs préventifs durant cette semaine de relâches.
«Jusqu’à présent, nous en avions effectué très peu cette saison, mais cette semaine, ça s’est accéléré, avec des opérations concentrées», explique Maxime Cottet, directeur des remontées mécaniques Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette (TLML). Car la sécurité des pistes incombe aux sociétés de remontées mécaniques. Avant l’ouverture, les patrouilleurs s’affairent donc à déclencher artificiellement des avalanches pour diminuer le risque de départ spontané.
Les explosifs génèrent une onde de choc dans le manteau neigeux instable, mettant en mouvement la récente accumulation de neige et réduisant ainsi le risque qu’une coulée naturelle se déclenche au passage d’un skieur.
En hélicoptère ou à la main
Le minage dépend foncièrement des conditions météorologiques, l’enneigement dictant la nécessité d’intervenir. Deux techniques sont utilisées sur la station. Par les airs, via hélicoptère ou télécabine, ou sur les pentes montagneuses, lorsqu’un patrouilleur lance à la main un explosif et déguerpit au plus vite.
«L’hélicoptère permet un déplacement rapide et évite le risque du terrain. C’est toujours une question de pondération de méthode», note Maxime Cottet. Si le temps est couvert, l’hélicoptère ne peut raisonnablement pas quitter la terre ferme. «Dans ce cas, on ferme le secteur concerné et on attend la bonne fenêtre météo pour intervenir plus tard dans la journée.»
À noter que tous les patrouilleurs ne sont pas habilités à effectuer ces interventions risquées: seuls ceux titulaires du brevet de type B et formés au minage avalanche y sont autorisés. À Leysin, un chef de sécurité coordonne quatre spécialistes.
Le domaine compte plus d’une dizaine de points de tirs. «Ils sont très précis, répertoriés comme étant les meilleurs <points de déclenchement>, c’est-à-dire qu’ils embarquent tout d’un coup, sans plaques résiduelles, assure le directeur. À quelques mètres près, le résultat n’est absolument pas le même.»
Ces explosifs sont principalement composés de nitrate d’ammonium, additionné de quelques agents de formulation, tels que des substances minérales et de l’huile. Leur impact environnemental suscite par ailleurs des interrogations. En 2018, le Conseil d’État vaudois avait ainsi répondu à une interpellation à ce propos, assurant que les effets écologiques étaient négligeables, aucun résidu solide n’étant laissé sur le terrain. Le principal impact repose sur le dérangement de la faune dû au bruit des explosions.
Une autre technique existe: le gazex, soit un tube en acier fixe qui déclenche une explosion de gaz. Si cette méthode permet de s’affranchir du problème de survol en cas de mauvais temps et des problèmes d’accessibilité, le coût est considérable – plus de 100’000 francs l’engin. Le domaine n’y recourt pas, notamment pour ces raisons budgétaires.
Des coûts variables
Selon l’enneigement, le nombre d’interventions varie fortement d’une saison à l’autre. À Leysin, 16 jours de minage ont déjà été effectués cette année, soit le double de l’an dernier en cette même fin de saison.
Une telle variabilité se répercute incontestablement sur les finances. Pour un domaine comme Leysin-Les Mosses, la facture peut grimper jusqu’à 100’000 francs par année, entièrement à la charge de la société exploitante. La situation diffère du côté de Villars-Gryon-Les Diablerets, où le recours à l’hélicoptère n’est pas nécessaire, ce qui réduit notablement les coûts. Selon Martin Deburaux, directeur de Télé Villars-Gryon-Les Diablerets (TVGD), les montants consacrés aux tirs restent modestes au regard des dépenses annuelles globales du domaine.
Après les tirs, le travail ne s’arrête pas là. Les dameuses entrent en scène pour lisser la piste. Puis vient le balisage, indispensable avant l’arrivée des premiers skieurs.
