À Milan-Cortina, les sportifs de nos régions défendront crânement leur chance

| F. Dubuis 2

Jeux olympiques
Fanny Smith, Alexis Monney, Caroline Ulrich et Romain Détraz. Ces quatre champions de notre région possèdent de réelles chances de médailles en Italie. À quelques jours de l’événement, ils nous confient leurs espoirs. 

Romain, plus fort que la poisse

Malchanceux et victime d’une incroyable litanie de blessures durant sa carrière, Romain Détraz (32 ans), du Ski Club Gryon, a subi une lésion au ménisque en décembre dernier, au plus mauvais moment en cette saison olympique. Le champion de skicross a néanmoins réussi à décrocher son ticket in extremis grâce à sa 8e place à la Coupe du monde de Veysonnaz le 23 janvier, après un mois de pause forcée. «Une qualification last minute, inespérée», sourit-il. Il s’agira de ses deuxièmes JO après ceux de Pékin disputés à huis clos, Covid oblige. «On vivait dans notre bulle, coupé de tout, sans public, alors qu’à Cortina, ce seront des vrais JO. Cela me réjouit d’autant plus!» Des quatre sélectionnés suisses, trois ont dépassé la trentaine, lui, le Bernois Ryan Regez (33 ans), champion olympique en titre, et le vétéran grison Alex Fiva (40 ans). «En skicross, le feeling de la course et la tactique s’acquièrent avec l’expérience. La plupart des meilleurs ont entre 30 et 35 ans», explique le Vaudois. Le skicross consiste à s’affronter plein tube sur ces pistes truffées de sauts et d’obstacles. «On se bat contre des adversaires et pas contre le chrono et on a la sensation de voler sur les sauts, c’est très aérien, il y a beaucoup d’adrénaline.» Commotion cérébrale, opérations du dos, ligaments déchirés, combien de fois s’est-il entendu dire qu’il était «en train de foutre en l’air sa santé». Romain n’a pourtant jamais lâché. «La passion a toujours primé sur le reste et j’ai appris au fil des blessures à relativiser, à me dire que ce n’était pas la fin du monde, qu’il y avait pire dans la vie.» À son palmarès, quatre podiums en Coupe du monde dont une victoire remontant à… 2016 à Arosa. «Cela semble dater d’une autre vie. Mais je me remémore souvent ce beau moment pour me rappeler pourquoi je fais tout cela.» Il rêve désormais d’un nouvel exploit, dix ans plus tard, sur le vertigineux toboggan de Livigno. La course aura lieu le 21 février.

Fanny et la passe de cinq

Véritable mythe du skicross, Fanny Smith (33 ans) s’apprête à disputer ses cinquièmes JO. Ses derniers? «Probablement, mais sait-on jamais», sourit la Villardoue. Dans l’histoire, elle est l’une des trois seuls athlètes suisses à pouvoir se targuer d’un tel palmarès. Quatre globes de cristal, deux titres de championne du monde (ainsi qu’un autre par équipes), il ne lui manque qu’un titre aux JO, où elle n’a glané «que» deux médailles de bronze. L’occasion de combler cette lacune en Italie? «Ah ça, c’est vraiment une question de journaliste, s’exclame-t-elle. Je vais simplement donner le meilleur de moi-même. Je suis avant tout super fière de mon parcours, de m’être maintenue au plus haut niveau aussi longtemps.» Souffrant du dos depuis l’été, elle a préféré renoncer aux dernières courses à Veysonnaz, mais ses quatre podiums sur six épreuves de Coupe du monde cette saison prouvent qu’elle est dans le coup. Face à elle, ses éternelles rivales, la Suédoise Sandra Näslund et la Canadienne Marielle Thompson. «Entre nous trois, nous avons fait main basse sur les 12 derniers Globes toujours avec respect et fairplay.» Particularité de ces JO: les six runs, des qualifications à la finale, se dérouleront le même jour. Ce 20 février, «prendra beaucoup d’énergie», relève Fanny. À ses yeux, les JO constituent un «rassemblement unique de tous les sports, de toutes les nations, portant de vraies valeurs, du sens». Elle avait 17 ans lors de ses premiers en 2010 à Vancouver où elle avait fini 7e. Ceux de Pékin en 2022 lui laissent son plus douloureux souvenir. Injustement privée de sa médaille de bronze pour avoir selon le jury gêné l’Allemande Daniela Meier, elle ne la récupérera que quatorze mois plus tard. «Une blessure qui ne cicatrisera jamais», dit-elle, heureuse pourtant de se retrouver sur la piste de Livigno.

Une grande première pour Caroline

À Milan-Cortina, le ski alpinisme figurera pour la première fois au programme olympique, comme sport de démonstration. L’équipe féminine suisse sera composée de deux Romandes, la Neuchâteloise Marianne Fatton (30 ans) et la Vaudoise Caroline Ulrich (23 ans) en sprint et peut-être en relais mixte. «Quand en 2021, on a appris que notre sport serait intégré aux JO cinq ans plus tard, j’étais trop jeune pour m’y projeter. Maintenant, j’y croirai quand je serai sur place», sourit la Boélande. Avec à son palmarès deux victoires en Coupe du monde, elle figurera parmi les candidates aux médailles. «Je vais me donner à 100%, mais oui, j’espère en décrocher une», admet-elle. Sur cette première aux JO, elle porte un regard à la fois enthousiaste et lucide. «Ça va booster notre sport et c’est bien pour l’avenir. Mais il est important aussi, même avec ces lumières soudaines, de garder nos racines, nos valeurs, notre esprit de montagnards. Nos compétitions ont lieu dans des endroits sauvages loin des pistes aseptisées.» Chez les juniors, Caroline Ulrich a tout raflé, trois fois championne du monde U23 sans oublier ses deux inoubliables médailles d’or aux JO de la Jeunesse de Lausanne en 2020. «À Villars, il y avait une ambiance comme on n’en n’avait jamais connu. Et c’était noir de monde au Flon pour la remise des médailles. On était comme des stars.» Sur ces sprints de trois minutes environ, enchaînant une montée et une descente, les maniements techniques se révèlent souvent décisifs. «Mettre les skis sur le sac pour le portage, enlever les peaux de phoque avant la descente, tout peut se jouer là en quelques secondes. J’ai beaucoup travaillé ces mouvements au fil des saisons, à l’arrêt et en plein effort, ce qui change tout», raconte l’étudiante en biologie. Des gestes qu’il faudra réussir à la perfection le 19 février prochain pour finir tout devant. 

Alexis sur sa piste fétiche

Il y a une dizaine de jours, Alexis Monney, le descendeur de Châtel-Saint-Denis, affaibli par une méchante grippe, avait fini dans les profondeurs du classement à Kitzbühel. Vendredi dernier pourtant, en bas de la Nationale, la piste de Crans, il affiche un sourire rassurant, alors que le premier entraînement a été annulé. «Je suis allé chez le médecin, j’ai bien récupéré, on va voir ce que ça donne», nous glisse-t-il. Sa dixième place dimanche montre qu’il est sur la bonne voie. Le 7 février, au lendemain de la cérémonie d’ouverture, le Fribourgeois, si tout se passe bien, disputera sa première descente olympique sur la Stelvio de Bormio, l’une des pistes les plus sélectives du circuit. Une étape à jamais à part dans sa carrière. En décembre 2024, c’est là qu’il a remporté sa première victoire en Coupe du monde. «Un moment un peu irréel pour moi.» Le piste ce jour était entièrement verglacée, ses conditions préférées. «J’aime quand ça tape, quand ça secoue.» Attention pourtant: alors qu’en Coupe du monde, la piste se trouve entièrement dans l’ombre en décembre, les conditions pourraient être différentes en ce début février. «S’il y a du soleil, cela peut ramollir la neige et redistribuer les cartes», souligne Xavier Gigandet l’ex-descendeur vuargnéran qui l’a dévalée à plusieurs reprises. «S’il le faut, on ira l’arroser la veille pour qu’il y ait de la glace», plaisante de son côté Pascal Genoud, le président du fan club d’Alexis Monney. Deuxième l’an dernier sur la Streif, récent cinquième au Lauberhorn, plus les pistes sont exigeantes et plus Alexis est à l’aise. «Il est très fort physiquement, très bien préparé», observe Robin Chaperon, son ami d’enfance et vice-président du fan club. Quand on demande au champion quelle descente olympique l’a le plus marqué, sa réponse claque comme une évidence. «Vancouver 2010 et la victoire de Didier Défago.» Alexis avait alors 10 ans et s’entraînait aux Paccots, la station bucolique de ses débuts.  Aujourd’hui, son fan club fort de quelque 1’500 membres est l’un des plus joyeux, les plus colorés du cirque blanc, comme on l’a encore vu dimanche avec un spectaculaire tifo dans l’aire d’arrivée. «Peu importe le résultat, ils sont toujours derrière moi et c’est vraiment cool», se réjouit le Fribourgeois. Ce samedi 7 février, c’est toute la Veveyse qui retiendra son souffle. «Quand Alexis est en course, le temps s’arrête dans la région», conclut Pascal Genoud.