À Venise, des voix en or

Le Chœur du Collège de Saint-Maurice et son directeur Damien Luy ont vécu à Venise des moments d’intense émotion.  | Festival Venezia in Musica

Saint-Maurice
Le Chœur du Collège a remporté une médaille d’or au dernier festival international Venezia in Musica début mai. Récit d’un accomplissement.

Ils étaient venus «écouter des chœurs du monde entier, voir comme cela chante magnifiquement ailleurs». Ils en sont revenus avec bien davantage: une médaille d’or du Venezia in Musica, le Festival et concours international de Venise. 

Composé de 65 étudiants de 14 à 19 ans, le Chœur du Collège de Saint-Maurice a vécu du 1er au 4 mai dernier des moments d’une rare intensité. Mais s’il qualifie l’aventure humaine d’«extraordinaire», le directeur de l’ensemble Damien Luy se garde bien de trébucher sur le vil bâton de la ferveur excessive. «La prestation a été jugée excellente, mais avec un potentiel d’amélioration; je ne voudrais pas que les jeunes tombent dans l’autosatisfaction, prévient-il. Nous ne sommes pas champions d’Europe, nous avons simplement obtenu suffisamment de points pour décrocher une médaille d’or.» Ce qui n’enlève rien à l’émotion vécue par les jeunes, dont certains, passant leur maturité cet été, se produisaient avec le chœur pour la dernière fois. 

Ascenseur émotionnel

Le cœur – sans h, cette fois – aura même été plus mis à l’épreuve qu’imaginé. En effet, avant la cérémonie de clôture, le directeur et une déléguée de l’ensemble ont eu l’opportunité de s’entretenir avec le jury du concours. «On nous a dit que le chœur avait un très beau son et on nous a fait un certain nombre de remarques sur ce que nous pourrions améliorer. Je suis réaliste: depuis notre concert à la fin février, nous avons eu peu de temps pour préparer le concours.» 

Sur les quatre pièces chantées – «Ô Marie, Reine des cieux» de l’ancien chanoine de l’abbaye Louis Broquet, une pièce de la Renaissance, un chant traditionnel basque et une mélodie afro-américaine –, deux du reste n’avaient été déchiffrées que deux mois plus tôt. Sachant que le chœur ne répète qu’une heure quinze par semaine, la tâche relevait du défi. «Avec des adultes, ce n’est pas envisageable, abonde Damien Luy. Mais ces jeunes ont une facilité et une rapidité d’assimilation assez extraordinaires.» 

Pourtant, c’est avec une impression mitigée que le directeur rejoint ses troupes après la discussion avec le jury. «Au vu des remarques reçues, je me suis posé la question de savoir si la prestation était si bonne que cela… J’ai dit aux étudiants qu’il ne fallait pas s’attendre à un résultat incroyable, mais que l’essentiel était que nous soyons satisfaits de ce que nous avions produit.» La proclamation qui a suivi a donc fait repartir l’ascenseur émotionnel vers le haut. «Ce diplôme, c’est fantastique, poursuit l’homme à la baguette. Cela montre qu’il y a une bonne base pour avancer.» 

Art choral valaisan en pleine forme

De quoi largement cocher une nouvelle case d’un cursus choral qui veut que les étudiants vivent, durant leurs cinq années d’études, la participation à un festival type «Fête de chant du Bas-Valais» ou «Fête cantonale», un échange avec un autre chœur de jeunes, un voyage à but musical et un spectacle professionnel. Celui-ci constituera d’ailleurs le prochain grand rendez-vous du Chœur du Collège, qui montera «Orphée et Eurydice» de Christoph Willibald Gluck en mars 2026 au Théâtre du Martolet. Une jolie histoire, puisque les rôles d’Eurydice et de l’Amour seront incarnés par deux anciennes du chœur, Laurine Moulin et Elina Rossignol. «C’est à la suite de leur expérience avec nous qu’elles ont décidé d’en faire leur métier», sourit Damien Luy.

Cette anecdote offre l’occasion d’un point réjouissant sur la vitalité de l’art choral valaisan. «Il se porte très bien», confirme cet ancien coprésident de la Commission de musique d’une Fédération des sociétés de chant du Valais qui n’a jamais été aussi vivace, comptant à ce jour quelque 150 chorales d’adultes et 55 chœurs d’enfants et de jeunes pour un total de plus de 5’500 chanteurs. 

La quantité, donc, mais également la qualité. «Les jurys relèvent souvent le bon niveau des chœurs valaisans, poursuit Damien Luy, également directeur de l’Ensemble vocal de Martigny. Nous travaillons beaucoup sur la formation, et la Fédération cantonale a d’ailleurs mis en place, après la pandémie, un coaching vocal en chœur pour ceux qui le souhaitent. Et puis surtout, il y a en Valais une véritable culture du chant, qui constitue un ciment social.» De quoi augurer d’un avenir… en béton.

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