À Veytaux, la saison de la châtaigne est lancée

L’équipe forestière a passé la débroussailleuse sous les arbres: la saison des châtaignes est lancée.  | P. Combremont

Récolte
Au nord de l’autoroute, une châtaigneraie historique est à disposition des habitants contre une modeste rétribution aux «castagnomats». Reportage en ce début de saison de ce fruit à coque.

Le moment était très attendu, surtout des enfants de l’école du They. Avec les pentes boisées qui se teintent de jaune, les premières châtaignes sont déjà tombées. La semaine dernière, l’équipe forestière des six bûcherons qui veillent sur l’endroit a passé la débroussailleuse sous les arbres, taillé les pousses rebelles et vérifié les balances. Ça y est, la saison des châtaignes est lancée!
C’est en effet une coutume depuis des années: fière de ce patrimoine de 2,5 hectares, qu’elle entretient soigneusement, la Commune le met volontiers à disposition de la population et du public. Située à Champbabau, à moyenne altitude au-dessus de l’autoroute et du parcours Vita, la châtaigneraie devient un but de promenade automnale appréciée des parents, qu’on voit arpenter, sachet et gants à la main.
Cependant, comme la route à voie unique qui y conduit est fermée à la circulation, la montée se mérite. «Nous avons aussi parfois dû intervenir contre les abus, pour éviter que certains ramassent des sacs pleins», regrette Martin von der Aa, le garde-forestier de la zone de triage A9. C’est pour quoi aujourd’hui deux «castagnomats» incitent les visiteurs à peser leur cueillette, puis à verser 3 francs par kilo dans la caisse.

Participer aux coûts d’entretien
Ce prix, modeste, est symbolique. «L’idée, c’est surtout de permettre de récolter de quoi se faire une petite brisolée en famille. Une vraie récompense après la balade!», poursuit Martin von der Aa. Au milieu de cette forêt de selves, le refuge communal est d’ailleurs dédié à «la bogue». Détruit par un incendie en 2023, il a été reconstruit, entièrement en bois de châtaignier, avec une forme d’ouverture vitrée du toit qui rappelle celle de la coque.
Les sommes récoltées sont ensuite utilisées à des fins d’entretien de la châtaigneraie. «Même si cela ne couvre de loin pas les coûts», relève le garde-forestier. Les soins sont en effet importants: à la plantation, les pieds d’arbre sont souvent greffés et doivent être protégés des animaux. Les premières années, ils doivent être régulièrement arrosés, pour favoriser les racines et leur arrimage dans ce sol de montagne dont la couche de terre n’est profonde que de 80 centimètres. Au début, les fruits sont en outre enlevés pour favoriser la croissance de ces arbres.

Une centenaire encore bien vivante
À proximité, les ruches d’un propriétaire voisin facilitent la pollinisation. Le miel de châtaignier récolté par cet apiculteur peut être acheté auprès de la Commune. Une telle forêt représente une richesse pour la biodiversité. Elle abrite notamment un insecte, le lucane cerf-volant, qui se trouve presque uniquement dans ce type de bois, mais également de nombreuses espèces d’oiseaux, comme les différents pics, ou des chauves-souris.
La châtaigneraie de Veytaux date au moins du début du siècle, puisqu’on a retrouvé des écrits la mentionnant sur un plan de 1901. Sur le surplomb, on trouve un chêne de 250 ans qui semble être le plus vieux de la commune, selon les comptages effectués.

Ennemis voraces
Bien consciente de la valeur de sa châtaigneraie, la Commune veille particulièrement à son maintien et à son renouvellement. De nouveaux arbres seront ainsi plantés l’an prochain. La question de la survie avec le réchauffement climatique est aussi examinée. Selon Martin von der Aa, les châtaigniers devraient cependant résister, «puisque l’humidité et les courants qui remontent la paroi ici sous forme de nuages rendent l’endroit moins sec. La question se posera néanmoins concernant la végétation au sol.»
Le châtaignier peut subir plusieurs attaques, dont celle du chancre, qui peut s’y introduire par les blessures de l’écorce ou du tronc. Les forestiers surveillent donc que personne n’utilise de bâton pour secouer les branches et faire tomber les coques. Mais ce n’est toutefois pas son seul ennemi. Le plus vorace, c’est le sanglier. «L’an passé, ils nous ont dévoré presque 80% de la récolte!», lâche le garde-forestier. De quoi procéder à davantage de tirs de régulation? «Ce n’est pas si facile. Il y a aussi des habitations à proximité et les chasseurs ne peuvent s’approcher à moins de 200 mètres.» Cette année, les dégâts causés sont déjà bien visibles au pied de certains arbres. Espérons que ces derniers soient assez robustes pour tenir encore de nombreuses saisons.

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