
Claire Pelletier, maire de Chasselas devant une des deux seules parcelles de ce raisin en Bourgogne. | C. Boillat
Déjà jumelée avec Tübingen, L’Aigle et Bassersdorf, Aigle s’est rapprochée il y a peu de la commune française de… Chasselas. Ça ne s’invente pas pour le chef-lieu du district du Chablais vaudois, qui vit notamment aux rythmes saisonniers du fameux cépage; comme du reste la majorité du canton avec 60% de la surface viticole vaudoise et 93% des vins qui y sont produits.
Aigle est aussi appelée, au même titre que la Capitale mondiale du cyclisme – car abritant l’UCI –, Capitale mondiale du Chasselas. L’Association pour la promotion du Chasselas organise différentes manifestations centrées sur le cépage-roi et ambassadeur vaudois. Principale manifestation: le Mondial du Chasselas, seul concours international de dégustation dédié. La 14e édition s’est déroulée ce week-end à huis clos au Château d’Aigle.
Les résultats seront connus le 26 juillet, en présence de la maire de Chasselas. «Nous sommes très honorés par cette invitation, clame la très chaleureuse Claire Pelletier. J’ai voulu depuis mon élection en 2023 relier mon village au cépage suisse. Et par pure coïncidence, ce sont les autorités aiglonnes qui nous ont contactés. Je viendrai avec des adjoints et peut-être d’autres chasseloutis. C’est le premier rendez-vous physique entre nos autorités et celles d’Aigle. Nous venons aussi de sortir ces jours notre bulletin municipal annuel, avec beaucoup d’informations et des photos de la ville vaudoise.»
«J’aime beaucoup la Bourgogne»
L’envie de se rapprocher de Chasselas, «probablement par un pacte d’amitié plutôt qu’un jumelage, car moins adapté et plus contraignant», dit Grégory Devaud, syndic PLR d’Aigle, vient à l’origine d’une proposition de son collègue municipal socialiste Stéphane Montangero. «C’est une région que je sillonne depuis longtemps. J’aime beaucoup la Bourgogne. Elle est riche en terroirs, en crus, en histoire. C’est une source d’inspiration pour le tourisme», résume le prochain président du Grand Conseil, qui a donc emmené le collège exécutif en sortie d’école à Chasselas et ses alentours à l’automne dernier.
Petit village d’à peine 175 âmes, la commune tirerait son nom de cassina ou casellula, diminutif du latin casa, petite maison, chaumière. On dit aussi que Chasselas signifierait chasse loup, car le prédateur y faisait des ravages dans les bois environnants. Il aurait donné son nom à notre cépage. Dans cette contrée, majeure pour la grande Histoire de l’Europe, les légendes sont légion…
Ce qui est sûr et vérifiable, car à moins de 3h de voiture de Vevey, c’est que Chasselas, perché à 400 m d’altitude et connu depuis le Xe siècle, est un très joli bourg. Arrosé par la rivière Arlois, il se trouve dans le département de Saône-et-Loire, à l’extrémité méridionale de cette grande région bourguignonne. Evidemment cerclé de vignes rouges comme blanches, il est notable par son château et son église romane. On y a trouvé des tuiles romaines et des sarcophages mérovingiens. Ses maisons sont faites de pierres rouges extraites des carrières aux alentours. «On a aussi produit des pavés, montre Claire Pelletier, preuve à l’appui dans sa mairie. Ils ont recouvert les rues de Lyon et bien ailleurs. Au XIXe siècle, ce fut une activité très importante pour toute la région.»
Un cépage à la cour de Louis XIV
Les appellations Beaujolais, Pouilly-Fuissé, Saint-Véran sont des noms qui résonnent harmonieusement aux oreilles des amateurs de bon vin. Le Gamay et le Chardonnay sont les seigneurs du Mâconnais. À Chasselas et environs, ils sont évidemment partout. En revanche, pas de… Chasselas. Cultivé en Bourgogne dès le XVIe siècle, sa vinification aurait été interdite. Pour d’autres, les sols en partie sablonneux et le climat trop chaud ne se prêtent pas à sa culture, contrairement à celui plus tempéré des bords du Léman.
Mais à une époque, il plut au plus grand des monarques français: Louis XIV. L’histoire veut qu’en 1695 le vigneron mâconnais Claude Brosse se rendit en char à bœufs à Versailles. Il parvint à intéresser le roi à son Chasselas. Le Bourguignon apporta ensuite au roi des ceps de ce raisin de table charnu que le Louis trouva si bon qu’il en conçut la treille royale de Fontainebleau, demeurée dans l’Histoire.
Si le cépage doré est donc tombé dans les oubliettes bourguignonnes, l’ancien propriétaire du château et ex-maire Jean-Marc Veyron la Croix a voulu lui redonner son lustre. Il est parvenu à obtenir les autorisations pour le replanter dans deux parcelles au nord de son village.
Samedi 19 juillet, tout Chasselas va recréer le périple de Claude Brosse avec une journée autour de son char à bœufs. «J’y serai avec certitude, probablement accompagné d’Aiglons», annonce le syndic Grégory Devaud. Un autre avatar donc dans la saga à venir du rapprochement entre le village et la ville de l’Est vaudois. «À Aigle en juin, comme chez nous en juillet, j’espère pouvoir rencontrer des professionnels pour nous expliquer et nous aider à cultiver et vinifier notre Chasselas», lance Claire Pelletier avec grand enthousiasme.
Que voir ?
Tout près de Chasselas se dresse la fameuse Roche de Solutré. Cet éperon rocheux n’est pas sans rappeler notre Dent de Vaulion. Elle bénéficie du très précieux label des Grands Sites de France. Autour, de jolis villages se succèdent dans un paysage vallonné avec des vignes à perte de vue: Fuissé, Leynes (jumelé avec La Brévine), Saint-Vérand, Chaintré.
Mâcon, préfecture du département de Saône-et-Loire, offre un centre-ville très agréable bordé par les quais de la Saône. Ville historique de la Bourgogne, elle recèle plusieurs monuments de prestige, au premier rang desquels trône l’impressionnante cathédrale Vieux-Saint-Vincent. Parmi ses enfants connus, citons Alphonse de Lamartine et Antoine Griezmann.
À 30 minutes environ, se trouve la millénaire Abbaye de Cluny. Rattachée au Saint-Siège, son rayonnement en a fait l’une des plus importantes et renommées communautés monastiques bénédictines.
Aussi placée à une demi-heure de Mâcon se dresse la jolie cité de Tournus. Bourguignonne historique, elle est truffée de monuments historiques. Vaut le détour.
Où dormir ?
Au Logis Hôtel de Bourgogne au centre-ville de Mâcon. Bon rapport qualité-prix. Calme. Parking privé.
Où manger ?
La Courtille à Solutré. Une très belle carte avec des produits de terroirs. Prix avantageux.
La Marmite de l’Echanson à Leynes. Bonne cuisine revigorante dans une auberge de charme. Cave exceptionnelle.
La Brasserie de l’Académie à Mâcon. Prix imbattables. Super ambiance.
Boire un coup
Pour les vins, dans tous les caveaux des propriétés vinicoles environnantes évidemment. Comme au Domaine Chardigny (www.domaine-chardigny.com)ou au Domaine la Creuze Noire (www.domainemartin-creuze-noire.com).
Dans la journée, à la Maison de Bois à Mâcon, monument historique et la plus ancienne de la ville. Le soir, au 360°, bar panoramique en plein air au 6e étage de l’Hôtel Panorama: spectaculaire.
Le château de Chasselas est situé sur la commune éponyme en Saône-et-Loire, à flanc de pente. Il s’articule autour d’une vaste cour d’honneur flanquée de trois tours en poivrières recouvertes de tuiles vernissées. Tout autour, un domaine viticole de 12 hectares. Les bâtiments entourent une cour rectangulaire ouverte au nord par un étroit passage aménagé entre des communs. Le corps de logis date du XVIe siècle. Une tour circulaire se dresse à proximité. Une seconde tour marque l’angle nord-ouest. Elle est reliée à une troisième tour par des constructions à usage agricole. Le logis principal, qui date de la fin du XVIIIe, est situé au sud. Il comporte un corps central entre deux ailes en retour d’équerre. Le château est inscrit aux Monuments historiques depuis le 5 juillet 1979. Son tout premier premier propriétaire fut Guillaume de Chasselas, seigneur de Chasselas, en 1305. Il appartient aujourd’hui à une société qui commercialise des hôtels de luxe.
