
Avec «le feu du lac brûle les hommes», Anne-Laure Ubaud concrétise un parcours poétique qui la consume de longue date. | J. Barraud
Alu.mette. Son profil Instagram donne le ton, partant de ses trois initiales pour faire étincelle, initier la flamme. Comme sa Méditerranée natale – elle a grandi à Marseille – comme son Léman d’adoption sous l’automne, Anne-Laure Ubaud vibre d’un feu puissant. Brûle de l’urgence de dire, enfin, des flots trop longtemps contenus entre les murs de ses digues intérieures.
Ses premiers carnets, elle les a noircis à 7 ans. Et elle ne s’est pas arrêtée depuis, écrivant quantités de lettres jamais affranchies, contant des nouvelles vagabondes, tenant un blog qui disparaîtra dans l’incendie des locaux de son hébergeur, mais qui ne lui aura finalement pas laissé autre chose que de «vivre par procuration». Et puis en janvier 2022, après «beaucoup de recherches» sur ses ancêtres, elle se lance «corps et âme», d’une écriture que l’immobilité consécutive à un accident de montagne contribue à rendre «acharnée», dans un roman «dur à accoucher» qu’elle n’aura finalement «pas voulu envoyer». «Tiens-toi droite», titre en forme d’injonction que l’on retrouvera par bribes dans ce premier recueil qui se préparait alors, la laissera exsangue.
Une poésie «comme une naissance»
C’est alors que «la poésie est venue» redonner un nouvel élan à cette grande voyageuse. Car au final, elle, l’ancienne étudiante de l’École hôtelière de Lausanne, elle qui a si longtemps «cherché sa place» entre les cases qu’on voulait lui assigner, elle qui a tant «fait semblant», n’était depuis le départ qu’une poétesse «en itinérance», des Calanques de l’enfance à la Dent Blanche, des rues de Marseille à celles de Mont-sur-Rolle. Elle remonte le fil. «Il y a des urgences, des choses enfouies. Soit tu te laisses bouffer par elles et tu deviens fou, soit tu les sors. Ce recueil, je l’ai écrit en quelques mois, entre l’été 2023 et janvier dernier. Pour moi, ça a été comme une naissance.»
Il en ressort un dense recueil de 160 pages dont les poèmes, chroniques d’un certain «usage du monde» qui en disent moins des rues et des sommets que de la cartographie intime de celle qui les écrits, sont séquencés par des lettres à la grand-mère. Et c’est là, dans cette écriture épistolaire qui cherche le moins à faire acte de poésie, qu’Anne-Laure Ubaud déploie toute sa force poétique, offrant l’espace nécessaire à une écriture bouleversante, d’une infinie sincérité. «Je devais tout exploser pour laisser la place à quelque chose de plus grand», dit-elle. C’est chose faite. Et cela promet de grandir encore.
Plus d’infos:
www.editionsdesfleurs.ch
Anne-Laure Ubaud, «le feu du lac brûle les hommes», éd. des Fleurs, 160 p.
