
Thomas Progin, professeur de physique, explique le programme dans l’une des salles de classe. | J. Espi
En ce samedi matin, les couloirs du lycée-collège de Saint-Maurice fourmillent de monde. Parents, enfants et élèves de cet établissement du secondaire II arpentent les salles aux portes grandes ouvertes. Des airs entonnés par le chœur se font entendre depuis le sous-sol.
Recteur des lieux, le chanoine Alexandre Ineichen, tout sourire, a troqué sa soutane pour un pantalon et un veston. L’homme se dit très fier de ces portes ouvertes qui ont lieu tous les deux ans. «Nous présentons l’activité des classes, mais également tout ce qui gravite autour de l’enseignement, la fanfare, la médiation, etc.»
Dans le hall principal comme à l’extérieur, difficile de trouver des signes religieux. Devenus très rares eux aussi, les chanoines ne portent plus l’habit religieux. C’était inexorable, pour cet établissement géré par l’État du Valais depuis 2020, et qui au printemps dernier, après une étude réalisée par un groupe de travail, a décidé de pousser pour un éloignement progressif de l’Abbaye voisine.
Révélés il y a une année, des scandales sexuels à l’Abbaye ont secoué la cité agaunoise et l’établissement scolaire, dont un professeur était concerné. «Un vrai tsunami», confie Alexandre Ineichen, qui s’était même mis en retrait le temps de l’enquête. Depuis, le Canton pousse pour accélérer la laïcisation des lieux, «une volonté de montrer un changement», admet sans amertume le recteur.
À la rentrée, le nom «collège de l’Abbaye» a donc été abandonné au profit de «lycée-collège de Saint-Maurice». Le logo a également été revu, et la croix n’y occupe désormais plus une place prépondérante.
Le meilleur « gymnase » du Valais
Dans le hall, les familles vont et viennent. C’est le cas de Miguel et Beatriz Costa, qui y ont une ado scolarisée. «Beaucoup de parents ont été choqués», lance la femme au sujet des révélations de 2023. Mais comme le reste des personnes rencontrées, le couple et ses enfants font la part des choses. Ici, c’est la qualité de l’enseignement qui prime.
À l’étage, Marie, une élève, anime l’atelier de développement durable. La jeune femme teste un questionnaire auprès de ses parents. Sa mère, Sandrine, ne peut que louer la rigueur de l’enseignement prodigué ici. «C’est très académique, très poussé, voire un peu perché», lance-t-elle.
Le constat est souvent le même, le niveau d’exigence des lieux en a fait le meilleur «gymnase» du Valais. Sans pointer du doigt les scandales qui ont frappé l’Abbaye, Marie explique tout de même que la laïcité est importante pour certains élèves. En cause notamment, les fameux crucifix, postés dans les classes au-dessus du tableau noir ou de la porte d’entrée. S’ils restent communs en Valais, ces symboles chrétiens peuvent déranger certains élèves, dont Marie, également déléguée de classe. «Cette année, nous avons fait une pétition pour retirer les croix, raconte l’adolescente, on nous a répondu que le collège était laïc, mais que les signes religieux y restaient autorisés.»
Comprenez que les croix dans les classes, cela relève du politique, comme l’entend Alexandre Ineichen. «En Valais, il n’existe pas de séparation entre l’Église et l’État», rappelle-t-il, et confie ne pas avoir de crucifix dans son bureau.
Hormis une aumônerie, «comme dans les autres collèges valaisans», explique le recteur, la religion est pour ainsi dire absente du lycée-collège. «Il y a des croix dans les classes?», s’interroge Delphine après la visite avec son fils, Romain. Domiciliée à Vouvry, la mère de famille d’origine française n’a pas trouvé à redire concernant la laïcité dans l’école. Un sujet pourtant sensible dans son pays d’origine.
L’IA intégrée
En attendant, le lycée-collège semble filer vers la modernité. Dans la salle de philosophie, à côté des effigies de Descartes ou de Simone de Beauvoir, un QR code redirige les visiteurs vers un questionnaire d’éthique au sujet de l’intelligence artificielle. En classe de français, on évoque sans détour ChatGPT comme aide à la rédaction. «On doit en tenir compte», lance une enseignante qui dit ne plus donner de rédactions à faire à la maison.
Et la modernisation des lieux ne va pas s’arrêter là. Ces prochaines années, il est prévu de rénover le lycée-collège de Saint-Maurice pour quelque 70 millions de francs. Un nouveau virage qui devrait se faire sans le chanoine Alexandre Ineichen.
