Arthur Parchet, absolument bouleversant

Aux côtés de Leonor Oberson, Roland Vouilloz campe le compositeur Arthur Parchet au crépuscule de sa vie. | Marmotte Productions

Monthey
La figure du compositeur de Vouvry, décédé en 1946, est au centre de «La lune se lève», court métrage du Vouvryen Gaspard Vignon.

«Je veux être artiste, pianiste et par-dessus tout, compositeur. Aucun autre état ne me tente que celui-là!» En 1892, âgé de 14 ans, Arthur Parchet écrit à son père, alors à Moscou, une lettre où se devine déjà un art qui sera sans concessions. Une quête d’absolu qui le verra mourir dans la misère, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, laissant derrière lui plus d’un millier d’œuvres inédites. 

Après avoir parcouru l’Europe, prenant notamment la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Berlin, il dirige jusqu’à la fin de sa vie un petit chœur mixte, dans son village de Vouvry, au pied de ce lac de Taney qu’il aimait tant. 

C’est dans ce crépuscule de son existence, en plein conflit mondial, que se joue le court-métrage du Vouvryen Gaspard Vignon, présenté dans le cadre d’un triptyque de films estampillé «AOC Valais». «Une manière de travailler, c’est d’envoyer les films dans les festivals, explique le réalisateur et producteur. Mais ce sont des frais qui s’accumulent, les organisateurs ne prennent qu’1% des films qu’ils reçoivent et on se retrouve parfois pris dans des festivals où on ne peut pas aller. C’est donc frustrant. D’où ce projet de distribution au niveau local, qui permet d’aller à la rencontre du public, en circuit court.» 

«Fou furieux»

Chanteur, musicien et compositeur en plus d’avoir travaillé aux côtés de cinéastes comme Lionel Baier, Jean-Stéphane Bron, Ursula Meier ou encore Frédéric Mermoud, Gaspard Vignon a vu s’imposer le personnage d’Arthur Parchet comme une évidence. 

«Vouvry, c’est l’endroit d’où je viens, mais j’ai réalisé que je ne connaissais pas la musique et la vie de ce grand musicien. Sa biographie est tellement romanesque…» Le réalisateur, ancien président de la Fédération des musiques du Bas-Valais, s’est alors plongé dans l’écriture de ce biopic, imaginant un huis clos, un soir d’août 1944, lors d’une répétition du chœur mixte de Vouvry. 

Admirablement porté par l’immense Roland Vouilloz, bouleversant, et par Leonor Oberson, en soliste qui vient bousculer le grand compositeur, «La lune se lève» met au centre de ses 23 minutes le sacerdoce que s’était imposé le compositeur. «Il y a quelque chose d’absolu dans la démarche d’Arthur Parchet, relève Gaspard Vignon. Il se laissait mourir de faim plutôt que de rentrer dans des codes de fonctionnement qui ne lui correspondaient pas. À l’époque, quand il donnait certaines idées dans des articles, il se faisait traiter de fou furieux. Il marquait les gens.» Tourné au Château de la Porte du Scex, avec le piano sur lequel Arthur Parchet jouait à la fin de sa vie, «La lune se lève» est un film d’une force rare. À ne pas manquer. 

«Soirée AOC Valais», trois courts-métrages à découvrir le jeudi 6 novembre (18h), cinéma Plaza, Monthey.