
L’exposition imaginée par Philippe Duvanel, directeur du Château de Saint-Maurice, retrace les 64 ans et 40 albums de l’histoire d’Astérix. | P. Genet
Le calendrier a ses raisons que la raison, parfois, ne peut ignorer. La semaine qui a vu l’un des épisodes récents les plus marquants de la politique française – l’affaire de la condamnation de Marine Le Pen pour détournements de fonds publics et le prononcé de son inéligibilité pour 5 ans – cette même semaine s’est ouverte à Saint-Maurice une exposition inédite en Suisse consacrée à l’une des figures de la bande dessinée à la fois les plus populaires, mais également les plus critiques de nos voisins français et des dérives des élites au sens large.
«Satire du Français moyen», selon les termes employés par le directeur du Château de Saint-Maurice Philippe Duvanel, Astérix «a changé la face de la BD» et, en 64 ans et 40 albums – un 41e, «Astérix en Lusitanie», est prévu pour le 23 octobre – est devenu une figure universelle. 400 millions d’exemplaires vendus et des traductions en 120 langues: les chiffres attestent du succès planétaire du héros à la moustache blonde, de son pote livreur de menhirs Obélix et d’Idéfix, fidèle autant que chétif compagnon à quatre pattes de ce dernier, et par ailleurs pas moins gouailleur que ses deux compères humains.
L’œuvre d’un «duo magique»
Mercredi dernier, alors que la presse était invitée à parcourir en avant-première les salles et couloirs du château, on s’affairait encore à accrocher les planches dessinées, à poser les notices historiques, à placer les figurines sous leurs plexiglas. Mais déjà, malgré le stress de la dernière ligne droite, Philippe Duvanel avait des étoiles dans les yeux à l’évocation de l’œuvre et de ses deux créateurs, le scénariste René Goscinny et le dessinateur Albert Uderzo, qu’il qualifiera à plusieurs reprises durant la visite de duo magique. «Astérix, c’est l’œuvre gigantesque et d’une grande finesse d’un génie total; j’en ai toujours été très impressionné.»
Conçue avec l’aval des très exigeantes Editions Albert-René, gardiennes du temple, l’exposition imaginée par Philippe Duvanel et son équipe traduit avec flair et pertinence cette admiration. 24 albums clés sont d’abord présentés, d’«Astérix le Gaulois» (1961) à «L’iris blanc» (2023), dans une sélection forcément subjective, mais qui, mise en contexte avec à-propos, fera facilement consensus. On n’aborde pas une œuvre d’une telle importance sans revenir à ses sources: mettant en lumière la genèse d’Astérix, le Château de Saint-Maurice donne à voir quelques précieux fac-similés des premières notes de travail de Goscinny et Uderzo en 1959, deux mois seulement avant le pilote de la série.
Du pain et des jeux!
L’exposition retrace également les très nombreux périples des héros – un album sur deux se passe en voyage – de la Belgique à la Corse en passant par la Grèce et… la Suisse, à laquelle une salle entière est dédiée via le très fameux «Astérix chez les Helvètes» – avec notamment un mur très réussi sur les clichés idoines. Et puisque l’on parle image, les combles du château mettent joliment en lumière l’histoire du blond moustachu avec le cinéma.
Très dense, très documentée, l’exposition n’en oublie pas pour autant d’être joueuse et ludique, entre quiz, jeu du «Qui est-ce?», bulles géantes reprenant les plus fameux jeux de mots et interjections de la série – «Il ne faut pas parler sèchement à un Numide» en tête de gondole – et photo-souvenir à tirer d’Obélix au sommet des Alpes suisses. Sans oublier un écran tactile avec les noms et descriptifs de plus de 200 personnages de l’univers «gaulois», du chef Abraracourcix au banquier helvète Zurix en passant Acidenitrix, le traître romain à tête de hareng saur, la grande tragédienne romaine Latraviata ou le viking Olaf Grossebaf. Sans omettre non plus les nombreuses références dessinées aux personnages célèbres, des Beatles à Monica Bellucci en passant par Eddy Merckx et Johnny Hallyday. Bref: une réussite, confirmée par la foule des grands jours venue assister, enthousiaste, au vernissage samedi dernier.
