
Les champs de Pascal Lattion et ses associés à Muraz. | LDD
À Yvorne, comme à Muraz ou sur la Riviera, le jaune domine en cette période printanière dans les grands champs céréaliers. C’en est presque éblouissant. La floraison du colza est très avancée et la pousse se poursuivra jusqu’à la récolte qui surviendra en juillet. Elle sera ensuite envoyée par les paysans dans les centres de collecte, comme ceux pour nos régions de Collombey et Forel.
Ce tableau est quasi idyllique, sauf que la Fédération suisse des producteurs de céréales (FSPC) a récemment tiré la sonnette d’alarme. Par voie de communiqué, elle indique que «de plus en plus de producteurs et productrices abandonnent la culture du colza, car ils n’ont pas les moyens de protéger les plantes délicates contre les ravageurs». De 6’400 il y a trois ans, ils ne sont plus que 5’600 en 2025.
Pire, «les champs de colza sont menacés, appuie la FSPC. La surface cultivée, environ 22’000 hectares en Suisse, a reculé de 11% par rapport à 2023. Et les restrictions imposées par Berne sont de plus en plus drastiques vis-à-vis de l’utilisation de produits chimiques. Alors que certains sont toujours utilisés légalement dans l’Union européenne».
Peu de colza bio
Guy Stalder cultive du colza sur 6 hectares, 4 à Yvorne, 2 à Saint-Triphon (ndlr: commune d’Ollon), pour une production d’environ 7 tonnes par an. Il a repris l’exploitation des mains de son père, son fils lui succèdera. Sa culture est bio, une minorité de 1% en Suisse. «Nous faisons face aux restrictions en termes de traitements pour cette céréale fragilisée par les ravageurs. La saison est longue, d’août pour les semis à la récolte 11 mois plus tard.»
Sans produits phytosanitaires, les plantes ne survivent parfois pas. «Nous utilisons de la poudre de roche, mais on doit passer plusieurs fois. Et ça ne suffit pas toujours», poursuit l’agriculteur vuargnéran qui explique que d’abord les limaces, puis les méligèthes (ndlr: petit coléoptère noir brillant de 1,5 à 2,5 mm) s’en prennent aux plantes. Les autres pillards sont l’altise et le charançon de la tige. «Une forte présence peut anéantir toute une récolte», confirme Grégoire Rapaz, responsable production végétale chez Landi Rhône-Lavaux. L’entreprise collecte à Collombey et Forel les récoltes des régions de Lavaux et des deux Chablais.
À Muraz, Pascal Lattion et ses associés font en association de la production de colza conventionnel. «De ce fait, nous ne sommes pas trop impactés pour l’heure par les ravageurs. En tout cas pas par les limaces. Pour les méligèthes, nous faisons le tour des cultures et si nous constatons leur présence, nous intervenons rapidement en utilisant des insecticides.»
Ces paysans font pousser du colza sur environ 15 hectares. «Nous cultivons aussi du blé, du maïs et de l’orge», précise Pascal Lattion. Selon ce dernier, le Chablais valaisan produit moins de colza que d’autres régions comme le Gros-de-Vaud, par exemple. Sur la Riviera, les Kurmann sont pour ainsi dire les derniers à faire dans le colza.
«Plusieurs producteurs ont arrêté de cultiver du colza. Ils se sont tournés vers des cultures moins risquées économiquement, comme le blé ou le maïs, mais avec également moins de valeur ajoutée», indique Grégoire Rapaz. C’est le cas de Guy Stalder. Ses 2 hectares de Saint-Triphon étant trop attaqués par les ravageurs, il a décidé de broyer ce qui lui reste et vient d’acheter des semis de maïs.
Se tourner vers l’importation?
«Nous réceptionnons environ 500 tonnes de colza par an. Cela représente 45 producteurs, avec différents labels», informe Grégoire Rapaz. Ensuite le tout est expédié via Fenaco – société coopérative active dans quatre domaines: agriculture, industrie alimentaire, commerce de détail et énergie – vers des huileries qui extraient le nectar par pressage des graines. La bonne huile de colza suisse trouve ensuite place dans les grands magasins, épiceries, ou directement sur les étals des exploitations, comme chez Guy Stalder.
Pascal Lattion ne veut pas encore peindre le diable sur la muraille, mais estime que «si la législation suisse devient plus dure en matière de produits de synthèse, nous allons devoir importer de l’huile de colza des Amériques ou d’Europe de l’Est, avec des plantes de toute manière traitées par des pesticides. Avec aussi le risque de mettre un jour en péril nos exploitations». Grégoire Rapaz rappelle quant à lui que «la situation est similaire dans de nombreux pays de l’UE, notamment en France. Le manque d’alternatives efficaces est un problème généralisé».

Le colza est l’oléagineux le plus important en Suisse. On le connaît depuis 1664 sous le nom de colzat. Un siècle plus tard, il perd son T final. Son nom original vient des Pays-Bas: koolzaad, ce qui signifie «semence de chou». Le colza est cultivé pour produire de l’huile végétale saine et riche en acides gras oméga-3. Elle est la seule explicitement recommandée par la Commission fédérale de l’alimentation et l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. De fait, l’huile de colza est très populaire dans notre pays et remplace avantageusement une partie de l’huile de palme, produite majoritairement en Malaisie et en Indonésie et très présente dans notre industrie alimentaire. La plante au jaune pétant est une espèce importante pour la rotation des exploitations de grandes cultures suisses, car elle n’appartient pas à la même famille que les céréales ou les protéagineux. Une rotation diversifiée est nécessaire au maintien de la fertilité du sol et à la prévention de maladies, ravageurs et problèmes de mauvaises herbes.
Source: colza.ch
