Au Fort de Chillon, la force se réinvente au féminin

Quatre membres du collectif féminin et féministe Marcelle exposent au Fort de Chillon. De gauche à droite: Christelle Genier, Donatella Foletti-Ranjan, Stéphanie Roth et Loraine Paquier.  | J. Collet

Veytaux
Le musée accueille les œuvres de quatre artistes du collectif Marcelle. L’exposition «FORTE!» est à voir jusqu’au 8 septembre.

Tous les bunkers ont leurs secrets. Même les plus touristiques. Jusqu’au 8 septembre, le Fort de Chillon accueille les œuvres de quatre artistes du collectif féminin et féministe Marcelle. Au cœur de ce bastion de la virilité guerrière, l’exposition temporaire «FORTE!» fait la part belle aux figures féminines.

«C’est un thème à la fois vaste et évident», commente Loraine Paquier. L’artiste autodidacte est une «Marcelle» depuis deux ans. Le collectif réunit des femmes de Suisse romande de tous horizons. Pour ce projet, l’institution muséale leur a donné carte blanche. «La seule chose que je souhaitais, c’était qu’il y ait un lien entre ce lieu atypique et l’exposition», précise Christophe De Rham, directeur du Fort de Chillon. Aussi, «un fort» est devenu «une forte». 

Quatre approches différentes

Sur le mur du fond de la pièce, des dessins aux teintes noires, blanches et rouges sont disposés en mosaïque. Des slogans accompagnent des portraits et des silhouettes de femmes. «J’ai très vite pensé à l’affiche de propagande politique, partage Stéphanie Roth. C’est un style pictural avec des codes et des conventions graphiques que je n’avais jamais travaillé.» En filigrane, une question taraude l’illustratrice: «Si je féminise ces représentations de puissances, insufflent-elles le même courage? La même peur?» Au visiteur de répondre.  

Christelle Genier s’est aussi plongée dans l’histoire. «J’ai très vite pensé aux dieux et héros de l’Antiquité. Par exemple, Hercule et le centaure Nessus.» Sous son crayon, les statues de ces combattants changent de genre. «Pour moi, ces représentations sont aussi des métaphores de la force mentale», confie l’artiste. 

En miroir de ces corps mythologiques idéalisés, Loraine Paquier a tracé, aux feutres Posca sur des toiles, les contours de femmes nues et abstraites. «J’ai voulu représenter le corps féminin à travers ses formes, ses marques de vie, ses traumatismes, déclare la jeune femme. Être forte, c’est réussir à être soi-même malgré les normes corporelles et sociales.»  

C’est l’entrée du Fort qui a interpellé Donatella Foletti-Ranjan. «J’ai eu l’impression d’entrer dans des entrailles. Pour moi, la montagne, la maison et le corps humain forment une même entité.» La graphiste et enseignante de profession a peint une série de maisons qu’elle nomme les Fortes. Elles se cachent dans la jungle foisonnante où elles se confondent avec les montagnes. «J’ai développé l’idée du Fort comme lieu de protection, détaille-t-elle. La force de mes maisons est intérieure. Ce sont des refuges où l’on peut reprendre confiance.»  

Chaque week-end, une artiste est présente sur place pour rencontrer le public et présenter le travail du collectif. À noter que l’exposition «Y’a le Feu au Lac», en collaboration avec le Château de Morges et la Maison de la Rivière est à voir au même endroit. «Il est important pour le musée de s’associer avec des artistes locaux et des institutions régionales. Cela permet de proposer des nouveautés à nos visiteurs en marge de la visite interactive du Fort», souligne Christophe De Rham. 

fortdechillon.ch «FORTE!» du collectif Marcelle, jusqu’au dimanche 8 septembre au Fort de Chillon, dans le cadre d’une visite complète du bunker.

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