Aux petits soins des châtaigneraies du Chablais
François Bressoud présente les jeunes châtaigniers plantés l’an dernier et le mur en pierres sèches (au second plan) remis à neuf en décembre. | K. Di Matteo
Autrefois, on l’appelait «l’arbre à pain» sur les coteaux du Chablais. Omniprésent, le châtaigner permettait aux habitants de subvenir à leurs besoins en hiver, lorsque le Rhône, encore livré à lui-même, ne permettait pas de cultiver en plaine. Depuis, le feuillu a cédé du terrain face à l’urbanisation galopante, le réchauffement climatique ou encore les maladies fongiques.
Avec les années, une résistance s’est toutefois constituée. Ainsi, lorsque François Rouiller, garde forestier de Vionnaz et Collombey-Muraz, a appris il y a deux ans que des parcelles inconstructibles et propices au châtaigner étaient à prendre sur la partie basse de la route de Torgon, il s’est empressé de suggérer à la Commune de les acquérir.
Désormais, sur 600 m2, neuf spécimens de celui que l’on surnomme aussi «l’arbre nourricier» ou «arbre des pauvres» y prospèrent depuis mars 2024. «Des protections en bois les préservent des cerfs et des chevreuils.» Le représentant de la famille des fagacées a déjà suffisamment à faire contre le chancre de l’écorce, un champignon.
Un peu de patience
Au patrimoine arboricole, la Commune en a joint un autre, bâti: le mur en pierres sèches, comme il y en a tant sur le coteau, a été reconstitué en décembre dernier en bordure de terrain. «C’est bon aussi pour les petits reptiles et les bestioles.»
Pour agrémenter les futures brisolées de châtaignes tombées des nouveaux venus, il faudra cependant patienter une bonne dizaine d’années. «Ils avaient 5-6 ans quand ils ont été plantés. Il faudra attendre qu’ils en aient 15-20.»
Pour sa part, le conseiller municipal François Bressoud se souvient d’avoir toujours vu des châtaigniers dans le périmètre. «La bourgeoisie est d’ailleurs propriétaire d’une châtaigneraie qu’elle préserve et dont elle met des lots à disposition de citoyens contre bons soins.»
En dézoomant, François Rouiller ajoute: «Il y a des petits projets dans à peu près toutes les communes, comme Saint-Gingolph ou Collombey-Muraz. À Monthey, ils ont travaillé de grosses surfaces de châtaigniers.»
Bonne dynamique
Pascal Lambiel peut témoigner des efforts consentis pour préserver et revitaliser les châtaigneraies dans le Chablais. Selon ce membre du comité de la Fondation Castanea Chablais, lui-même propriétaire, «une bonne dizaine de parcelles de châtaigniers sont restaurées sur le Chablais vaudois et valaisan, même si on parle parfois de lots de 3-4 arbres».
Le Valaisan constate la même dynamique chez certains propriétaires qui héritent de châtaigniers. «Parfois, parce qu’ils ont le souvenir d’être venus ramasser des châtaignes avec leurs parents ou grands-parents. Je connais même des personnes qui essaient de racheter des parcelles.»
À Bex, connue pour ses châtaigneraies des collines du Montet ou Chiètres, le municipal des forêts Pierre-Yves Rapaz constate aussi un élan positif sur la nonantaine d’hectares bellerins, dont une dizaine de propriété communale. «Les subventions à l’entretien y sont pour quelque chose», ajoute-t-il.
Martin von der Aa, garde forestier de Villeneuve et Veytaux, a, pour sa part, contribué, dès 2012 au projet de revitalisation d’une châtaigneraie sur le territoire de Villeneuve, avec le soutien du Parc naturel régional Gruyère-Pays-d’Enhaut. Il veille par ailleurs aussi sur celle, communale, de Champ Babau, à Veytaux.
Un gros travail
Treize ans plus tard, le groupe de propriétaires fédérés au sein de l’APCV (Association des propriétaires de châtaigneraies de Villeneuve), dont il est vice-président, profite gentiment des premières belles récoltes. «Mais c’est énormément de travail, les gens ne s’en rendent pas compte! Sans parler des déconvenues: cette année, les sangliers ont mangé 80% de la récolte…»
Dans ce contexte, les subventions du Canton et de la Confédération – qui vont alimenter les caisses de l’association – sont appréciées. «Même si ces aides ne paient largement pas tout le travail, cela crée un bon effet de levier», avance Pascal Lambiel.
Martin von der Aa en appelle enfin à la bienveillance de chacun. Comment? «En étant attentif à ne pas ramasser des châtaignes sur des parcelles privées. Nous avons installé des panneaux, mais cela ne suffit pas.»
Idem à Bex. «Des panneaux ont été plantés il y a environ trois ans, selon Pierre-Yves Rapaz. Une autorisation est en outre nécessaire auprès du greffe. Nous en allouons une centaine par année avec une limite de kilos par personne.»





