
Seize sélections s’affronteront sur les pelouses suisses pour espérer soulever la coupe d’Europe le 27 juillet. | DR
Le coup d’envoi est donné. Jusqu’à fin juillet, les gazons helvètes seront foulés par les meilleures footballeuses européennes. La quatorzième édition du Championnat d’Europe de football féminin se dispute cette année dans huit villes – majoritairement suisses-allemandes, mais aussi romandes, comme à Sion et Genève.
«C’est l’occasion de montrer à l’Europe et au monde entier ce dont la Suisse est capable», affirme Marion Daube, directrice de la section féminine de l’Association suisse de football (ASF). Elle est certaine que la manifestation va propulser la discipline féminine à un niveau supérieur. «Nous allons réaliser en quatre ans ce que nous aurions fait en dix ans ou plus», assure-t-elle. Avec leur nouveau programme d’héritage, nommé «Legacy», l’objectif est de doubler le nombre de joueuses licenciées (de 40’000 à 80’000), ainsi que les arbitres, entraîneures et fonctionnaires d’ici à 2027.
Majorité des billets vendus
Les chiffres donnent raison à cet optimisme: 600’000 billets pour cette compétition ont déjà trouvé preneurs sur les 700’000 disponibles. Elle surpasse l’édition précédente de 2022 en Angleterre. Mieux encore: un tiers des ventes proviennent de l’étranger, un chiffre également en hausse. Preuve que les foules commencent à se déplacer pour les matches au féminin.
«Les répercussions de cet Euro vont plus loin que la compétition en elle-même. Grâce à des primes records et à un intérêt sans précédent des sponsors, le tournoi va générer plus d’investissements dans le football féminin que jamais auparavant», a assuré Aleksander Čeferin, le président de l’UEFA, union qui co-organise le championnat avec l’ASF.
Une affirmation qui se vérifie dans les faits. Cette année, le «prize money», soit la prime aux vainqueurs, n’a jamais été autant élevé chez les dames, avec une hausse de 156%, atteignant 43 millions de francs.
Un parcours semé d’embûches
Pourtant à l’heure actuelle, au sein même de l’équipe nationale, rares sont les joueuses de la Nati qui peuvent vivre pleinement de leur sport. Celles qui y parviennent ont, pour la plupart, quitté la Suisse pour faire carrière dans des clubs à l’étranger – à l’instar de Lia Wälti (Arsenal) ou Alisha Lehmann (Juventus), dont les trajectoires ont réellement pris leur envol hors des frontières helvétiques.
La faute, entre autres, au manque de spectateurs et de soutiens financiers. «Il faut que les clubs se bougent pour trouver des sponsors», insiste Jean-Daniel Perroset, ancien entraîneur du FC Aigle féminin, que rien ne prédestinait à coacher des équipes féminines. «Je n’y voyais que peu d’intérêt et avait des a priori. Mais en allant voir un match et en constatant l’engagement des joueuses, la qualité de passes, le volume de jeu, je me suis dit, <il y a quelque chose à faire>!»
Un autre frein, plus structurel, réside dans l’historique même de la discipline. Madeleine Boll, pionnière du football féminin suisse – Maddli, la mascotte de cet Euro 2025, l’honore – le rappelle dans une interview donnée à la RTS. «Le football masculin a 150 ans, le féminin 50. Cela prend du temps.»
Pour Beatriz Perez, présidente de la Commission du football féminin à l’Association cantonale vaudoise de football (ASVF), il reste encore beaucoup à faire au niveau des inégalités par rapport au droit de terrain, infrastructures, accessibilité. Mais selon elle, le frein majeur, ce sont les mentalités. Elle déplore qu’aujourd’hui encore des parents, en particulier des pères, ne souhaitent pas que leurs filles s’inscrivent au foot.
Vaud se bouge
Sur le plan cantonal, l’Euro agit comme un véritable accélérateur. Depuis plus d’un an, l’ACVF et la Fondation Foot Avenir ont anticipé l’événement avec un projet ambitieux, «Honeyball». Avec un budget de 750’000 francs, celui-ci vise à profiter de l’élan créé par le championnat pour booster le football féminin de base dans le canton, où les infrastructures commencent à saturer.
Par ailleurs, dès la rentrée scolaire d’août, le Canton lance une nouvelle filière sport-études dédiée aux footballeuses. Les joueuses vaudoises n’auront donc plus besoin de se déplacer à Genève ou en Valais – 13 d’entre elles bénéficieront de ce programme à l’établissement Centre-Lavaux à Puidoux.
Tant d’initiatives, qui, sans l’Euro 2025, n’auraient potentiellement pas vu le jour. Un pas de plus vers la professionnalisation de la discipline, permettant aux petites filles de se rêver footballeuses.
Me 2 juillet: Suisse – Norvège (Bâle), 21h
Di 6 juillet: Suisse –Islande (Berne), 21h
Je 10 juillet: Suisse – Finlande (Genève), 21h
Transports
400 trains spéciaux et gratuits sont prévus par les CFF pour les spectateurs et spectatrices.
Où visionner l’Euro?
Les 31 rencontres de la compétition seront diffusées en direct sur RTS 2. Sur les ondes, les matches de la Suisse, les demi-finales et la finale seront commentés en direct sur RTS Première.
À Vevey, une fan zone retransmettra tous les matches de l’Euro sur un grand écran au quai Perdonnet 1 (Entre-Deux-Villes).
Textes: Yoram Yeman

18 ans, FC Saint-Légier, 3e ligue
«L’Euro en Suisse, c’était inattendu, ça peut tout changer», affirme la jeune capitaine milieu de terrain. Pour Mia, c’est l’occasion de montrer que les filles ont leur place. «J’espère qu’en regardant les matches, plus de personnes comprendront que c’est un sport comme un autre, peu importe si ce sont des femmes qui jouent.» Elle souhaite un impact durable, comme des clubs mieux équipés.

20 ans, Team Chablais féminin, 4e ligue
Dans les vestiaires de Team Chablais féminin, l’excitation monte. «On en parle souvent, que ce soient des joueuses à suivre, des matches à ne pas rater ou même des pronostics», confie Aya, gardienne de l’équipe. Elle ajoute avec fierté: «On sent que tout le monde est excité à l’idée que l’Euro se passe chez nous.» Si les billets lui échappent, elle compte bien vivre l’ambiance intensément, devant sa télévision ou au cœur d’une fan zone.

38 ans, CS La Tour-de-Peilz, 4e ligue
«Dans mon ancienne équipe, une fille devait mentir à ses parents pour venir aux entraînements. Elle cachait son sac de foot dans les haies», se remémore l’attaquante. Elle se réjouit de l’impact de la manifestation. «Cela va permettre de mettre en place de nouvelles infrastructures pour le football féminin. Je crains que l’engouement ne soit pas au rendez-vous, surtout si la Suisse ne fait pas de bons matches.» Malgré ses doutes, elle espère que cet événement inspirera les jeunes filles à se lancer.
