
Si aucun décès lié aux airbags Takata n’a été recensé en Suisse, une quarantaine ont été enregistrés à l’échelle mondiale. | AdobeStock
C’est l’un des plus grands scandales de l’histoire automobile qui refait surface en Suisse. L’affaire des airbags de la marque japonaise Takata, bien connue depuis une dizaine d’années, est encore loin d’être résolue. Ces dispositifs de sécurité présentent un défaut de fabrication majeur, mettant en danger les automobilistes qu’ils sont pourtant censés protéger en cas d’accident.
Leur défectuosité se trouve dans la capsule de gonflage qui contient un agent propulseur bon marché: le nitrate d’ammonium. Ce composant chimique s’altère avec les années, en particulier dans les climats chauds et humides. Lors d’une collision, le vieillissement de ce propulseur entraîne une augmentation excessive de la pression au moment du déploiement de l’airbag, provoquant l’éclatement du boîtier. Des morceaux de métal sont alors projetés dans l’habitacle du véhicule, pouvant blesser, parfois tuer, les occupants de celui-ci.
Faire « abstraction » sur la route
Au volant de sa Citroën C3 depuis plus de douze ans, Maguy Scaglia ne s’est jamais inquiétée de son airbag. Jusqu’au 25 février 2025, où la conductrice vaudoise reçoit par courrier une campagne de rappel de Citroën Suisse. Elle apprend que son véhicule datant de 2013 est équipé du dispositif de la firme japonaise, ayant fait faillite depuis, et doit se rendre «immédiatement» chez un concessionnaire partenaire.
Cette dernière contacte alors son garagiste et après plusieurs allers-retours peu concluants, un responsable l’informe que les pièces de remplacement manquent et qu’un délai d’un mois est nécessaire pour les recevoir. Alors faute d’alternative, elle continue de conduire sa voiture quotidiennement pour se rendre à son travail à Grandvaux. «Heureusement que je ne suis pas du genre à paniquer rapidement, reprend Maguy Scaglia. Je faisais abstraction de cette éventualité quand j’étais au volant.»
Finalement, le nouvel airbag arrive plus tôt que prévu et il est directement changé. «Ça a été fait en trente minutes et je n’ai rien dû payer», souffle-t-elle. En effet, les frais de remplacement sont pris en charge par le constructeur.
2 % du parc automobile suisse
Tandis que Maguy Scaglia roule désormais en toute sécurité, des milliers de Suisses doivent encore effectuer ce changement. L’Office fédéral des routes (OFROU) estime que 93’000 voitures immatriculées circulent encore avec ce dispositif sur les routes helvétiques. Cela correspond à environ 2% du parc automobile suisse, qui compte 4,7 millions d’automobiles.
Mais ces chiffres seraient sous-estimés. Selon une enquête de la RTS (voir l’émission «À Bon Entendeur», diffusée le 20 mai 2025), il y aurait 98’208 quatre-roues visés – 71’358 BMW, 14’000 Citroën, 11’588 VW, 1’262 Toyota. Quant à l’échelle mondiale, ce sont des millions de véhicules concernés, la marque japonaise ayant équipé près de 20% du parc automobile, presque toutes marques confondues.
Le ras-le-bol des garagistes
Auprès des garagistes, le sujet provoque de l’agacement. «On en peut plus de cette histoire d’airbags Takata», s’énerve un garagiste montheysan de Citroën au bout du fil. Surchargé, il affirme en changer 6-7 par semaine et ne pas avoir de temps pour nous répondre. Même son de cloche auprès d’un concessionnaire de la même marque sur la Riviera.
Quant à DIMAB, le directeur du service après-vente Benjamin Moser prend, lui, quelques minutes pour nous répondre. Il relativise, car selon lui les cas sont isolés. Pourtant, DIMAB est un revendeur de BMW, la marque en Suisse avec le plus haut taux d’airbag défectueux. «Nous n’avons pas d’afflux particulier. La situation est totalement maîtrisée», assure-t-il.
Du côté de AMAG, les concessionnaires basés à Vevey et Villeneuve nous ont renvoyés vers le siège à Zoug. Le responsable des relations publiques Michael Baumann nous transmet la réponse du responsable de Volkswagen, Christian Frey. Ce dernier garantit que tout est mis en place pour remettre aux normes tous les véhicules concernés. «Si le propriétaire ne répond pas au premier courrier, un deuxième sera envoyé», précise-t-il. En cas de non-réponse, le véhicule en question sera signalé pour être mis hors service et le propriétaire sera contacté, avant que la plaque d’immatriculation ne lui soit retirée. «C’est l’assurance d’atteindre 100% des propriétaires des véhicules immatriculés», rassure Christian Frey.
Si Maguy Scaglia est désormais tirée d’affaire, son ancien airbag, lui, entame un parcours bien plus difficile à résoudre. Partira-t-il en décharge, sera-t-il revendu en tant que pièce détachée, ou exporté vers des pays du Sud, où sa trace se perdra indéfiniment…?
Si le scandale éclate aux États-Unis en 2013 à la suite de nombreux décès signalés, le plus récent date de ce mois de mars en Guadeloupe, faisant grimper le total recensé à 44 personnes dans le monde. En Suisse, aucun décès n’est à déclarer pour l’heure. «Nous n’avons pas connaissance de cas où l’airbag de la marque Takata serait à l’origine de blessures, voire de blessures mortelles», atteste Lorenzo Quolantoni, responsable communication de l’Office fédéral des routes (OFROU). Une explication réside dans les conditions climatiques. «La Suisse, en raison de son climat, n’est pas considérée comme zone à risque élevé», relève-t-il. En Suisse, des campagnes de rappel provenant des constructeurs sont faites depuis une dizaine d’années auprès des propriétaires. Celles-ci suivent une logique de priorisation, les modèles les plus anciens étant ciblés en premier. Contrairement à la France qui envoie des courriers «stop drive», imposant l’arrêt immédiat du véhicule pour des raisons de sécurité, il n’en est rien dans nos contrées.
Afin de déterminer si votre véhicule est concerné, deux options s’offrent à vous. Soit contacter votre garagiste et lui demander directement, soit vérifier sur le site Internet de votre constructeur grâce à votre numéro de châssis (certaines marques proposent ce service). Si votre véhicule est effectivement concerné, le remplacement doit être effectué aux frais du constructeur. D’après le Touring Club Suisse (TCS), en cas d’accident dû à l’explosion d’un airbag défectueux, seule une assurance casco complète couvrira les dommages matériels causés au véhicule.
