«Brille dans ta précieuse dignité»

Maria Fugger-Heesen danse pour raconter la reconstruction dans le film Dignity.  |  Dignity

Cinéma
Comment revenir à la vie après un abus sexuel? La psychologue Margarita Fugger-Heesen l’explique dans un documentaire, délicat et poétique, à découvrir en sa présence à Vevey et Aigle.

Dans «Dignity, de l’ombre à la lumière», il y a ces témoignages, forts, de femmes, et d’un homme, à qui on a un jour volé leur innocence. Il y a l’analyse de spécialistes, fine, qui permet de dévoiler une part d’indicible. Il y a la danse, en fil rouge, portée par les mots éclairés de Margarita Fugger-Heesen, qui a entendu autant de récits terribles que de reconstructions inspirantes. 

Et il y a le kintsugi, un art japonais dans lequel on restaure une céramique brisée. «Avec l’équipe du film, nous avons suivi un artiste dans son atelier durant cinq mois, raconte la psychologue, coréalisatrice du film avec Estelle Romano. Il nous a expliqué chaque étape de son travail. Les morceaux de céramique sont collés avec la sève d’un arbre. À la fin, il ajoute une couche de poudre d’or sur les fissures, ce qui les rend plus visibles. Et cela rend l’objet tellement beau. J’y ai vu la beauté de nos blessures, de la résilience, d’une restauration qui enrichit.» De ce premier film touchant, qui a mis trois ans à voir le jour, on ne sort pas indemne, car il parle au cœur et délivre un message inattendu d’espoir. La compagnie de danse Simra, créée en 2009 par la psychologue vaudoise et danseuse professionnelle, se produira en spectacle juste après les séances à Vevey (20.09) et à Aigle (04.10).

Surpasser la douleur

C’est en voyant un documentaire sur les abus sexuels, «bien filmé, mais extrêmement cruel» que l’idée de proposer autre chose a commencé à germer dans la tête de Margarita Fugger-Heesen. «Nous nous sentons très mal face à ces drames. C’est le danger de ce genre de témoignages: on se sent tellement impuissant qu’on ne veut plus voir. On préfère faire l’autruche, on refuse d’en parler et cela renforce le tabou qu’il y a autour des abus.» 

Lors des stages de danse qu’elle organise, de nombreuses femmes, «des héroïnes», viennent vers elle pour lui confier ce qu’elles ont subi. Et elle assiste, aussi, à des renaissances. «Je les vois réconcilier le corps, l’âme et l’esprit. Une dignité émerge, magnifique. Il reste toujours de l’espoir. J’aimerais que ce film soit une impulsion de vie, que des personnes se lèvent et se disent, moi aussi, je peux entamer un processus de restauration.»

«Dignity», c’est également une plateforme, née pour épauler les personnes qui ont besoin de soutien en Suisse romande à la suite d’abus sexuels. Il est possible d’envoyer un e-mail de manière anonyme afin d’être aiguillé vers une source d’assistance pour pouvoir entamer son propre processus réparateur. «En tant que chrétienne, ajoute la thérapeute, je m’adresse aussi aux croyants qui recherchent une aide qui prenne en compte leur foi.» 

dignity.ch
cinerive.com

«Dignity, de l’ombre à la lumière», avant-première en présence de Margarita Fugger-Heesen, le 20 septembre au cinéma Rex à Vevey et le 4 octobre au cinéma Cosmopolis à Aigle. 

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