
Près d’un an après la fermeture de la buvette de l’Arsat – c’était le 15 avril 2025 – une question continue d’agiter certains esprits: pourquoi ses anciens exploitants ont-ils bénéficié d’une «indemnité» de 100’000 francs versée par le Canton?
Pour mémoire, cette enseigne populaire des Mosses a dû cesser ses activités en raison de son emplacement. Située sur un haut marais protégé, elle est en effet vouée à être rasée. C’est ce que stipulait une convention signée en 2015 entre ses propriétaires (qui l’avaient rachetée en 1999), le Canton et Pro Natura.
Dans ce document confidentiel, on lit que le couple de propriétaires était autorisé à l’exploiter jusqu’au 30 avril 2025. Plus loin: «Une indemnité de 100’000 francs leur sera versée par l’État de Vaud.» La convention indique en outre que le couple «s’engage à retirer son opposition du 6 juillet 2012 au PAC292 A». (Il s’agissait alors du Plan d’affectation cantonal destiné à régir les zones humides des Mosses. Dans le cadre de ce dernier, Pro Natura exigeait le démantèlement de la buvette.)
Un «abus de biens publics»?
Ancien secrétaire vaudois du WWF, Serge Ansermet fait partie des personnes agacées par cet arrangement financier. «Le permis de construire de 1982 portait sur une buvette provisoire, car un hôtel devait prendre place à proximité.» Un établissement qui, au passage, n’a jamais vu le jour. «Cette buvette n’a donc été autorisée que pour une durée limitée, poursuit le Veveysan. Dès lors, offrir 100’000 francs à l’exploitant à titre d’indemnité sans autre justification est incompréhensible.»
Et Serge Ansermet d’évoquer ce point où les exploitants s’engagent à retirer leur opposition: «En d’autres termes, le Canton leur a offert 100’000 francs notamment pour qu’ils abandonnent la procédure judiciaire. N’est-ce pas une forme, certes modeste, d’abus de biens publics?»
Des négociations entre avocats
Qu’en dit l’État de Vaud? Interpelée, la Direction générale de l’environnement (DGE) explique: «Cette indemnité a été versée en raison de l’impossibilité pour les propriétaires de revendre ou louer l’établissement à l’âge de la retraite. Elle a été convenue lors des négociations, notamment entre les avocats, et s’est basée sur différents éléments discutés, comme le prix d’acquisition de base de la buvette, l’emprunt bancaire encore à rembourser ou la valeur locative estimée.»
La DGE souligne encore qu’«en aucun cas cet accord n’a été conclu pour convaincre les propriétaires à retirer leur opposition. Il s’agissait avant tout de trouver un terrain d’entente pour leur permettre d’exploiter jusqu’à leur retraite en 2025, avec une compensation financière couvrant l’impossibilité de revendre leur bien». Contacté lui aussi, le désormais ex-propriétaire n’a pas souhaité faire de commentaires.
