
Pascal Rinaldi sortira «Réinventer l’espoir» le 21 juin prochain, jour de la Fête de la musique… et de son anniversaire. L’illustration de la pochette de l’album, le Vouvryen la doit à l’artiste Mélanie Gilliand. | A. Nitchaeff
Les trois singes de la sagesse, qui se couvrent l’un les yeux, l’autre les oreilles, le dernier la bouche. C’est cette image qui vient immédiatement à l’esprit à l’écoute des premiers morceaux de «Réinventer l’espoir», nouvel album – le 13e – de Pascal Rinaldi, à paraître le 21 juin prochain. Une image et un silence, assourdissant, qui laissent les bras ballants face aux drames du monde.
Porté par deux citations de Max Frisch – «Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles» – et d’Albert Camus – «Là où il n’y a pas d’espoir, nous devons l’inventer» – ce disque souligne au feutre rouge les grands dossiers de notre temps, entre conflits armés, changement climatique, port du voile, égocentrisme coupable et quête de signes divins («J’ai tapé dieu.com. Personne…»). «Il y a beaucoup de chansons sociétales, relève l’auteur et musicien chablaisien. Ce sont mes préoccupations principales en toile de fond, comme pour beaucoup de gens d’ailleurs; on vit une époque tellement délicate, où tout bascule…»
«À quoi sert une chanson…?»
Musicalement empreint d’une patte très rinaldienne, l’opus de 15 chansons, qui invite notamment Manuella Maury, Sylvie Bourban et les acolytes du spectacle «Sorcière» Aliose, Mané et Fanny Balestro, propose dans sa seconde partie des morceaux plus légers. Mais force est de constater que le barde de la sensualité s’est, depuis son précédent exercice discographique «Portraits de femmes en miettes», mis dans l’ombre de l’auteur soucieux d’être «utile».
La référence à «Utile», cette superbe chanson de Julien Clerc écrite par Etienne Roda-Gil n’est pas innocente. «À quoi sert une chanson si elle est désarmée?» questionne-t-elle. Rinaldi y répond en creux. «La musique, les chansons, c’est souvent fait pour distraire… et je ne me sens pas comme quelqu’un de distrayant. J’imagine que mes musiques restent agréables à écouter, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut raconter que des choses légères.» En clair: divertir, se divertir, c’est bien, mais «il ne faut pas faire l’autruche. Et aujourd’hui, je me sens davantage partie prenante du monde qui m’entoure», note-t-il.
Une évolution qui date, selon l’intéressé, de la période Covid. «Il y avait alors une espèce de catastrophe, mais également une forme d’espoir qui laissait penser qu’on allait enfin réfléchir à se comporter différemment. Et puis on voit que c’est de pire en pire et que nous n’apprenons rien de l’histoire.» Alors Pascal Rinaldi, dont les musiques fondatrices sont à chercher du côté des Léo Ferré, Leonard Cohen, Bob Dylan – «et c’est pas franchement un rigolo, Dylan» – a voulu avant tout que ses chansons «racontent quelque chose. Ce que je fais en général, c’est un peu ça: essayer de créer des émotions».
Confiance échangée avec le public
Articulées autour de deux reprises, l’une d’un titre des Britanniques de Radiohead – transposé en français par le Vouvryen – l’autre d’une chanson de Maxime Le Forestier, les émotions en question tirent donc vers le grave. «Les plus désespérés sont les chants les plus beaux», disait Musset. Après quasiment quatre décennies de carrière, Pascal Rinaldi a-t-il la certitude que cela parlera à son public? «Que cela plaise ou pas, c’est ce que je livre; après, ça suit ou ça ne suit pas, répond-il. Ce que les gens me rendent, c’est un côté intense, sans être abscons non plus. J’ai un souci d’être compréhensible.»
La réponse, lucide, tient moins de la défiance envers son auditoire que de la confiance en ce dernier. Et ce public semble lui rendre largement cette confiance, puisque les 5’000 francs sollicités dans le cadre d’une campagne de financement participatif de l’album ont été atteints en deux jours seulement. Le montant récolté permettra de payer les personnes engagées sur l’album – la cagnotte reste d’ailleurs ouverte. «Mes cinq ans de travail, je ne les compte pas», précise Pascal Rinaldi. Mais ce travail, lui, comptera dans la discographie rinaldienne. «Il sera en tout cas un marqueur de mon temps», conclut-il.
«Réinventer l’espoir» sort le 21 juin 2025. Concert de vernissage le 6 septembre à la Vidondée à Riddes (VS). Pascal Rinaldi est également à retrouver dans le spectacle-événement «Sorcière», en tournée dès le 23 août.
pascalrinaldi.ch
