
Au jeu des 100 secondes pour résumer son travail de diplôme, Romain Graber s’est montré le plus convaincant lundi soir dans le hall du Théâtre du Crochetan à Monthey. | HES-SO – L.Darbellay
Ils ont travaillé leur projet pendant des mois, mais ils n’ont que 100 secondes pour le résumer à un public de non avertis. Bienvenue à l’exercice du «pitch» proposé depuis quelques années aux futurs diplômés de la Haute École d’Ingénierie du Valais (HEI) et dont l’édition 2024 s’est déroulée ce lundi dans le hall du Théâtre du Crochetan.
L’épreuve, inspirée aux organisateurs par certaines universités, est devenue un classique de fin de cursus pour une série de sélectionnés de la HEI, qui évolue dans le giron de la HES-SO Valais.
Les critères d’évaluation sont au nombre de trois. «La clarté, l’aisance et la pertinence du sujet», résume Julien Solioz, président de la section Bas-Valais de Swiss Engineering, la plateforme interdisciplinaire des ingénieurs et architectes de Suisse qui délivre le premier prix.
À lire les intitulés sur les panneaux didactiques préparés pour l’occasion, on se demande comment il sera possible de tout condenser en un peu plus d’une minute et demie. «Optimisation par fabrication additive de structures hybrides multimatériaux métal/composite: application au cas d’un cadre de VTT». «Analyse des propriétés physicochimiques et fonctionnelles du tourteau de pépins de raisin». Et un petit dernier: «Développement d’une cartouche d’enrichissement des galactomannanes pour le diagnostic rapide des aspergilloses invasives».
Pourtant, foi d’ingénieur, les solutions pratiques et durables de demain se cachent peut-être derrière ces tournures pour scientifiques avertis. Mais encore faut-il que le public les comprenne et c’est là le challenge pour les treize sélectionnés: être intelligibles pour le plus grand nombre et dans le temps imparti. Allez, on prend une dernière fois sa respiration, une dernière petite tape sur l’épaule d’un ou deux camarades et c’est parti!
Garder son calme
Malgré le timing serré, certains s’essaient à un peu d’humour ou à des tournures fantaisie. «Qu’est-ce qu’un KDO et pourquoi voyez-vous des dinosaures au sang bleu sur l’image?» Le candidat suivant a carrément apporté un cadre de vélo pour la démonstration.
Mais l’embûche guette à la moindre hésitation. Le blanc qui fait plonger le nez dans sa présentation, le slide suivant qui n’arrive pas sur l’écran et qui déclenche de petits rires déstabilisants, le dernier mot prononcé sur le gong…
Du reste, les prestations plus monocordes traduisent une certaine nervosité, de même que certains «ouf» de soulagement au moment de se rassoir. A contrario, certains brillent par leur naturel ou des présentations dynamiques, comme celle de Romain Graber, qui a remporté le premier prix grâce à son travail de «pilotage de bâtiments résidentiels dans le contexte de tarifs dynamiques de l’électricité». «Ça demande une bonne gestion du stress, avec le couperet du chronomètre, on sait que c’est millimétré», admet le Jurassien.
Il n’empêche, tous les candidats ont dégagé une impression de tranquillité générale. «Sauf que dedans, ce n’est pas pareil!», avoue en rigolant la Fribourgeoise Ingrid Maillard au terme de l’exercice.
«J’ai stressé davantage en regardant les autres, explique pour sa part Romain Gabioud, vainqueur du prix du public décerné par le Groupe d’Entreprises du Chablais. Une fois lancé, je me suis senti serein. Je trouve que c’est un bon exercice. Nous les scientifiques, on aime faire des rapports, mais la communication est parfois plus compliquée.»
Pour le Montheysan Gaëtan Cherix, président de la HEI basée à Sion, les «pitch» ont un deuxième avantage: «Rapprocher les régions en organisant cet événement à Monthey et Viège.»
