«Cette histoire d’amour est vertigineuse»

Isabelle Gélinas aime le mélange des genres dans cette pièce à la construction originale.  | F. Lefebvre

Saint-Maurice
En tournée, la comédienne franco-canadienne jouera prochainement au Martolet dans «Un château de cartes». Une pièce comme elle les aime, entre les rires et le drame.

Inoubliable Valérie Bouley, maman cool de la série française «Fais pas ci, fais pas ça», l’actrice est d’abord une comédienne de théâtre. Et elle y excelle dans les classiques – Molière, Giraudoux, Musset, Shakespeare – autant que dans les œuvres contemporaines.

Dans «Un château de cartes», d’Hadrien Raccah, auteur à succès entre autres de «L’invitation», Isabelle Gélinas fait valser les spectateurs du fantastique à la réalité. L’amour est au cœur de cette œuvre qui prend aux tripes, défendue au téléphone par la sexagénaire quelques heures avant son entrée en scène à Ajaccio.

Comment résumeriez-vous « Un château de cartes » ?

– Le problème, si je résume cette pièce, c’est que je vais la gâcher. Ou la divulgâcher, comme disent les Québécois. C’est une histoire d’amour entre Adam, le personnage de Gérard Darmon, et le mien, Caroline. Et il y a un troisième personnage, l’ami de toujours d’Adam, Vincent (Gilles Cohen). Cette histoire d’amour à travers le temps, absolument magnifique, est un peu fantastique, vertigineuse pour les spectateurs. Les événements qui arrivent les font douter de ce qu’ils ont vu et les emmènent ailleurs, sans qu’ils ne soient jamais perdus. Mon rôle n’est pas évident, mais passionnant, et passionné! Cette pièce touche au cœur, à la fois drame et comédie. On est sur du très émotionnel. On est parfois submergés. Après chaque représentation, tout le monde est bouleversé et se met debout. Je suis très heureuse de recevoir un accueil si chaleureux.

Quelle place tient cette pièce dans votre carrière ?

– Difficile à dire, car nous ne l’avons jouée qu’une dizaine de fois. Mais je suis sûre qu’elle aura une place particulière, comme «Le père» en a eu une (ndlr: elle a reçu le Molière de la meilleure comédienne en 2014 pour son rôle dans cette pièce). J’y jouais avec Robert Hirsch, l’homme par lequel tout a commencé quand je l’ai vu sur scène au Canada à l’âge de 7 ans et que je me suis dit: «Ah ben, ça peut être un métier, c’est ça que je veux faire!» «Fais pas ci, fais pas ça» a aussi une place énorme dans ma carrière. Un souvenir merveilleux, dix ans de vie quand même. Pour les uns et les autres, je suis vraiment une interprète. Je vais où on me demande d’aller. Et tant mieux si c’est riche et que je peux travailler, qu’il y a de la matière. Ce que je veux, c’est apporter du plaisir aux gens, les faire rire, les divertir, les émouvoir et les toucher, qu’ils aillent mieux en sortant ou qu’ils aient au moins oublié leurs problèmes le temps de la représentation. C’est un superpouvoir!

Entre cinéma, télévision et théâtre, que préférez-vous ?

– J’ai l’impression qu’au théâtre, ce qu’il en reste est toujours plus fort, alors que c’est éphémère. Peut-être est-ce justement parce que c’est éphémère qu’on imprime plus. De la même manière, je trouve qu’une photo est plus forte qu’une vidéo. Quand je vois les photos de ma fille, petite, cela fait travailler mon imaginaire. Je me rappelle le contexte, l’odeur, les sons. J’ai tout qui remonte. Alors qu’avec une vidéo, tout est là.

Et au théâtre ?

– C’est merveilleux, car on est maître de son instrument du début à la fin. Et puis, il y a ce petit vertige, ce trac qui reste une émotion magnifique. Écouter les spectateurs avant la représentation, derrière le rideau, sentir quand cela commence à crépiter, s’ils sont fatigués, joyeux, contents, s’ils s’en foutent. Cette interaction avec les comédiens qui peuvent aussi être fatigués ou énervés, c’est magique! Je pense que les rôles qui me marquent le plus sont ceux que je joue au théâtre.

Vous vous êtes souvent produite en Suisse.

– J’ai été en tournée à Vevey, Bâle, Yverdon, Morges… J’ai passé deux mois et demi à Lausanne pour la série «À livre ouvert». Et je venais aussi en Suisse quand j’étais petite. J’adore ce pays! Je m’y sens protégée. Les gens prennent le temps de se répondre, de se regarder. La Corse, c’est pareil, ou quand je vais dans le Sud-Ouest de la France, où il n’y a pas le TGV. On s’y rend moins rapidement. Le monde du XXIe siècle y rentre, mais doucement. Donc on a le temps de digérer. J’ai cette sensation avec la Suisse et la Belgique, avec une authenticité qui me plaît.

www.martolet.com/unchateaudecartes
«Un château de cartes», Théâtre du Martolet à Saint-Maurice, 19 mars (20h30).