Danser pour ne pas oublier

«INSÂN», une pièce entre suspension et attraction.  | Prototype Status

Vevey
Figurant au programme de la Fête de la Danse, «INSÂN» est une exploration de la mémoire. Une pièce éthérée à découvrir au Théâtre de l’Oriental du 7 au 10 mai.

Poids de la mémoire et légèreté de l’oubli, deux faces d’une même pièce. Une dichotomie entre la gravité des corps et leur suspension en apesanteur. «INSÂN», la nouvelle création de la chorégraphe veveysanne Jasmine Morand, éprouvera ce paradoxe sans artefact. Cette fois, pas de miroir jouant avec nos sens, présent dans ses créations «Mire» (2016) et «Lumen» (2020).

Dans «INSÂN», la pesanteur des corps se jouera cette fois sur un axe vertical, du sol jusqu’à la suspension. Conséquence: l’écriture chorégraphique va à la rencontre d’une discipline sœur, l’art circassien. Une première pour cette lauréate du Prix suisse des Arts de la Scène, décerné par l’ Office fédéral de la culture en 2020.

«L’acrobatie ne sera ici pas explorée de manière spectaculaire, précise Jasmine Morand. Cette création cherche à tromper les lois physiques de la gravité uniquement par le corps et les techniques d’équilibre.» Mêlant danse et cirque, «INSÂN» touche à la question de la mémoire vivante vouée à disparaître.

Laisser une trace

À la genèse du projet, «INSÂN» était imaginé in situ, dans des lieux imprégnés d’histoire, comme des églises, des châteaux ou des monuments commémoratifs. «C’était un dispositif trop complexe à réaliser de prime abord, retrace la chorégraphe. S’il était impossible d’aller vers la pierre, nous avons alors décidé d’amener la pierre au théâtre.»

«Je déleste ma mémoire dans la pierre et poursuis dans l’oubli.» Tel un fil rouge, ce mantra a imprégné l’écriture chorégraphique. Sur scène, deux circassiens (Maélie Palomo et Johnson Saint Felix) et un danseur (Maxime Jeannerat) évolueront dans un paysage de pierres et de gravats, une scénographie minérale signée Neda Loncarevic.

«En tant qu’individus, nous sommes voués à l’oubli. Or, l’humanité bâtit pour annihiler l’oubli. L’Histoire se niche ainsi dans les vieilles pierres, analyse Jasmine Morand. Détruire ces vestiges revient à effacer sa mémoire collective.» En filigrane, la danse effleure les destructions à l’œuvre, tout en questionnant les empreintes que nous laisserons à l’avenir.

Plus d’infos: Dans le cadre de la Fête de la Danse, «INSÂN», sera au Théâtre de l’Oriental du 7 au 10 mai. «Lumen» est à voir au Théâtre du Crochetan (Av. du Théâtre 9, Monthey) le 12 mai.

GALERIE