
David Lizzola, patron de Léguriviera, a connu une ascension fulgurante depuis ses débuts en 2001. Son entreprise est désormais un empire à 100 millions de francs de chiffre d’affaires. | DR
Gamin, David Lizzola rêvait d’enchaîner les buts pour l’AC Milan. L’ancien pensionnaire de première ligue à Malley a fini par exceller en dribblant la concurrence dans le secteur de la distribution et du conditionnement d’aliments frais.
Le fils d’émigré italien est pourtant parti de loin. «Je suis une sorte de Mark Zuckerberg des fruits et légumes», se marre le fondateur de Léguriviera, rapport à ses débuts dans un garage de Villeneuve et avec un unique camion pour démarrer l’aventure en 2001.
Les chiffres d’aujourd’hui — 70 camions, 3 millions de km annuels, 300 collaborateurs et 100 millions de chiffre d’affaires par an — disent tout le chemin parcouru depuis l’époque où le jeune Lizzola travaillait jour et nuit «en mode survie».
Un pas de retrait
Pour écrire cette success story, l’entrepreneur, patron des épiceries fines Minestrone à Montreux et Ratatouille à Vevey, a dû courir, fort et vite. Trop, peut-être, admet-il à 46 ans. On sent désormais le désir de lever le pied, de rattraper un certain temps perdu auprès de sa deuxième épouse Lou et de ses enfants. Évoquer Luca, 15 ans, issu de son premier mariage, et Andrea, 6 ans, l’émeut aussitôt. «J’ai parfois l’impression d’avoir fait un peu les choses à l’envers.»
Mais dans le rétroviseur, David Lizzola voit essentiellement des bonnes choses. En premier lieu, son enfance heureuse au sein d’une famille aimante: son papa Sergio, l’Italien de Bergame devenu imprimeur et spécialiste de la sécurisation de documents, sa maman Claire, Lausannoise pure souche et téléphoniste au 111, Samuel et Catherine, ses petits frère et sœur. Il y a aussi les grandes parties de cache-cache entre amis à l’ombre du stade de la Pontaise, l’antre du Lausanne-Sport et de l’idole Stéphane Chapuisat. «Je rêvais de devenir comme lui.»
La réalité est autre: une place d’apprentissage chez Coop pour cet élève studieux et pragmatique qui aime les chiffres et l’économie, loin des ambitions universitaires que ses parents imaginaient pour lui.
Le déclic et l’envol
Son premier contact avec le monde des fruits et légumes intervient à Lausanne, chez Légufruits, l’entreprise de son oncle Marco. «J’ai vu mon père et son frère porter les sacs de ciment et leurs outils pour construire le frigo. Quand mon oncle a vendu pour repartir en Italie, il m’a suggéré d’y postuler.»
David apprend le métier de nuit, en passant par toutes les étapes, préparation puis livraison, jusqu’au jour où il découvre la relation avec les clients et le chemin de la terre à l’assiette. C’est le déclic, puis l’envol en indépendant, et la première livraison depuis Villeneuve en 2001. «À la Taverne du Château de Chillon, pour 83,50 francs.»
L’ascension est fulgurante (grâce notamment à l’Hôtel Victoria, La Rouvenaz, le Casino Barrière Montreux), puis vertigineuse dès 2007, lorsque David Lizzola rachète… Légufruits. «On a pris une nouvelle dimension en touchant Lausanne. Et mon ancien patron, Christian Louys, est devenu mon employé et un grand soutien.»
Une histoire d’amitiés
Du reste, la famille et les amitiés jalonnent l’histoire de l’entreprise: Cédric Avert, le bras droit depuis le début, Sandra Ciric, l’assistante dévouée, Michel et Nicolas Brönnimann, avec lesquels il organise chaque année Vevey Noël, son oncle Marco, revenu d’Italie et membre de la direction.
Tous auront été des soutiens dans les moments plus difficiles. «Comme durant le Covid: moins 50% de chiffre… J’ai vu toute ma vie défiler. Tout d’un coup, tu ne te sens plus aux commandes.»
Les prochaines échéances? Le développement de la succursale de Bâle et un maxi-projet pour réunir toutes les structures vaudoises sur un même site à Romanel-sur-Lausanne. En sus: un jardin botanique et des cuisines. «Pour mieux comprendre notre assiette, les produits, la saisonnalité. Cela passe par l’éducation de nos enfants.» Plus qu’un business, une histoire de cœur.
Le sien, de cœur, a bien failli l’abandonner. «En 2007 — une sacrée année! — j’ai 28 ans, je fais un bilan de santé pour souscrire une assurance et on me diagnostique un problème cardiaque congénital, un souffle de trois centimètres. Heureusement, j’ai pu compter sur les mains en or d’un certain René Prêtre. Je lui écris tous les ans et quand je le vois, l’émotion prend le dessus. Grâce à lui, j’ai gagné un peu plus encore en envie de vivre.»
