De bâches et de rêves

Dans Bachibouzouk, chaque bâche a un rôle important, au même titre que les danseurs, ici Jérémie Nicolet.  | P. Pache

Danse
Le nouveau spectacle de la Cie Philippe Saire invite aux voyages imaginaires. Il posera ses valises à La Gare à Monthey le 13 avril pour deux représentations très attendues.

Bachibouzouk, c’est bien sûr l’insulte favorite du capitaine Haddock dans Tintin. Mais c’est aussi le titre de la nouvelle production du chorégraphe de danse contemporaine Philippe Saire, qui après le succès d’Hocus Pocus (qui tourne encore depuis sa création en 2017), continue à s’épanouir dans le monde de l’enfance. 

«J’ai réalisé des recherches autour des bâches, que je voulais intégrer à un spectacle, explique le metteur en scène lausannois. Et je suis tombé sur le mot bachibouzouk. Bâche, bachibouzouk, je me suis dit que c’était intéressant.» Car ce mot rigolo renvoie aux mercenaires de l’Empire Ottoman du XIXe siècle, réputés pour leur maladresse. «Cela a déterminé le côté bracaillon de la relation des trois personnages – un garçon et deux sortes de Dupond et Dupont – qui vont fabriquer un imaginaire comme on part à l’aventure», révèle Philippe Saire. Développé sans paroles, ce parcours initiatique chorégraphié, entre songes et réalité, souligne l’importance de la solidarité.

Technique et onirique

Le choix des bâches a pris un certain temps. «Nous avons fait de nombreux essais avec divers échantillons, éliminé les trop fines qui se déchiraient, pour tester leurs possibilités, leur solidité, leur fluidité et aussi leur donner du caractère.» Flottantes tels des nuages, elles s’emparent de la scène, tantôt ondulante raie manta, tantôt terrible dragon, devenant un personnage à part entière, grâce au travail des deux Dupond et Dupont. «Il a fallu trouver un système pour les manipuler avec des tirages, les décrocher, les accrocher, détaille le chorégraphe. Le reste est une affaire d’entraînement et de répétitions de la part des interprètes qui les manipulent.»

Durant leur périple, semé d’épreuves bienveillantes, les personnages avancent au rythme des fameuses Quatre saisons, recomposées ici par Max Richter, et enrichies par la cadence des bâches. «J’ai travaillé avec le compositeur Stéphane Vecchione, un compagnon de longue date, sur le son, indique le metteur en scène. Il a voulu utiliser les bruits des bâches. À certains moments, ils sont même renforcés par la bande-son. Ils sont beaux, très différents d’une bâche à l’autre. Donc plutôt que de chercher à les gommer, nous leur avons donné une place.»

Philippe Saire avait aussi à cœur d’«amener la musique classique à un jeune public sans qu’il ne se pose la question de ce qu’il entend». S’il ne sait pas encore s’il continuera à réaliser des œuvres pour les enfants, le danseur, qui a créé une trentaine de spectacles depuis la fondation de sa compagnie en 1986, se réjouit d’avoir découvert cet univers, «qui laisse plus de place à l’imaginaire, aux associations d’idées et dans lequel je ressens une plus grande liberté».

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