
Sur les réseaux sociaux, l’athlète et vidéaste partage ses aventures aquatiques avec ses 200’000 abonnés. | L. Menétrey
Enfant, Benjamin Friant était un timide maladif. «Je n’osais parler à personne. C’était handicapant, c’est sûr», confie-t-il, aujourd’hui avec une assurance déconcertante. Ce matin-là, sur les rives du Léman, les températures sont négatives, mais le Blonaysan ne montre pas une once de frissonnement. «J’adore le froid. Le chaud, ce n’est pas mon truc. Ma copine ne me comprend pas», rigole cet ancien champion de trottinette en sortant sa planche de foil de sa fourre.
Mais qu’est-ce qu’un «pump foil»? On en voit depuis peu en Suisse. Il s’agit d’un sport nautique où l’on «vole» au-dessus de l’eau sur une planche équipée d’un aileron, appelé foil. Par un mouvement répété de flexion et d’extension des jambes, le sportif génère de la vitesse sans vent ni vagues.
Sur le quai Roussy, à La Tour-de-Peilz, Benjamin Friant nous fait découvrir le «foil scoot», une version réinventée du «pump foil». Il fixe sur sa planche une pièce supplémentaire: un guidon. Il serre ensuite les dernières vis et enfile sa combinaison. Tout est enfin prêt au bout du ponton. Le trentenaire peut immerger son «foil scoot». Les mains bien agrippées, il s’élance.
On le voit désormais glisser sur l’eau, la planche surélevée, un peu à l’instar de ces immenses voiliers d’Alinghi et consorts. Seul l’aileron fend le lac, laissant derrière lui un sillage épuré. À la force de ses bras et de ses jambes, il pompe et rebondit sur l’eau. Les montagnes fraîchement recouvertes de poudre blanche habillent la scène tandis que sur la berge, les passants, emmitouflés dans leurs manteaux, s’arrêtent, interloqués par cette silhouette en lévitation. Avant tout, c’est la sensation qui l’anime. «Tu voles, c’est unique. Ça donne un sentiment de liberté», décrit-il.
Précurseur avant l’heure
Surnommé par ses proches «Benji», il est le «casse-cou» de la famille, celui qui a donné des sueurs froides à sa maman. Du skate, il passe à la trottinette et commence la compétition dès l’adolescence. «Un ami m’avait montré un article dans le journal annonçant la première compétition dans le monde de trottinette freestyle, et c’était à Montreux!», se rappelle-t-il. Ni une ni deux, Benjamin se lance. «Je faisais partie de la première vague de rider en trottinette. C’était plutôt fou!»
Ses résultats lui valent d’être sponsorisé par Micro, l’un des fabricants référence de la discipline. Benjamin Friant s’installe alors en Suisse alémanique pour s’en rapprocher. «J’ai mis du temps à me sentir chez moi là-bas, sans le lac, la montagne, mes proches… Maintenant, ça va mieux, je me suis créé mon cercle», souligne celui qui est aussi vidéaste.
Après deux décennies de carrière, le double champion d’Europe a senti il y a quelques années avoir fait le tour de sa discipline. Physiquement aussi, le plancher des skateparks ne l’a pas ménagé. «J’ai eu beaucoup de blessures. C’est bon, j’ai assez donné», souffle-t-il. Dans l’eau, l’impact est autre. «Quand on tombe, c’est tout mou, sourit-il. Ma mère est soulagée!» Le trentenaire garde toutefois un pied dans le milieu de la trottinette, comme juge pour des compétitions internationales.
Une aventure de plus
Il y a six ans, l’idée de créer un foil scoot est née par pur amusement. Passionné par les sports aquatiques, il s’aventurait à ajouter un guidon aux différentes pratiques. «Le foil est l’un des sports aquatiques les plus difficiles. Le guidon permet une meilleure stabilité et casse la courbe de difficulté.» Selon lui, l’apprentissage du pump foil peut prendre des mois, voire des années, mais le foil scoot peut être manié en environ une heure pour les plus talentueux. Trois ans de conception et une campagne de crowdfunding plus tard, il fonde Foil Scoot. «Ça me faisait marrer. Je n’avais pas l’ambition de le commercialiser. Mais je me suis rendu compte que ça pouvait aussi plaire à d’autres personnes.» Depuis février de cette année, il a déjà vendu près de 200 planches, aux quatre coins du monde.
Le Léman n’est pas son seul terrain de jeu, les rivières, océans et lacs de montagne le sont aussi. Sur Instagram, il partage quotidiennement ses aventures avec ses près de 200’000 abonnés. Son souvenir le plus fort? Pénétrer dans un canyon islandais situé entre deux plaques tectoniques. «Des parois noires de 10 mètres m’entouraient, l’eau faisait effet miroir. Il n’y avait pas un bruit, et la neige tombait. C’était irréel!», témoigne-t-il.
Pour le printemps prochain, lui et sa compagne attendent un heureux évènement, un petit garçon. «Devenir papa, ça chamboule une vie, c’est sûr. Il va falloir s’organiser différemment, mais c’est extraordinaire, je me réjouis vraiment!» Il ne cache pas non plus de penser à un retour dans la région pour y voir grandir leur fils. «Blonay, c’est l’endroit idéal pour élever des enfants.»
