
Le débat sur l’avenir du développement touristique du plateau de Frience mercredi dernier au Conseil communal de Gryon a été «très émotionnel», au moins autant que les discussions au village ces dernières semaines, au dire de plusieurs élus. Les deux votes du soir à bulletins secrets, une rareté, en ont dit long. Le spectre de 2008, lorsqu’un projet colossal de résidences avait été refusé en votation populaire, a été évoqué à plusieurs reprises.
Quel est l’enjeu? Le très prisé site touristique, connu pour son lac, son remonte-pente quatre saisons et ses pistes de bob et ski en hiver, a ainsi fait l’objet de deux votes sur autant de points à l’ordre du jour le concernant: un, la version municipale du potentiel de développement sur le plateau; deux, le texte d’initiative populaire lancé par l’Association pour un tourisme écologiquement responsable (ATER), validé par quelque 380 signatures récoltées l’automne dernier, et qui demande l’inconstructibilité à Frience. À noter que le Conseil communal compte deux membres de l’ATER (qui se sont récusés lors du premier vote).
Deux fronts
Le front opposé à tout développement supplémentaire a dit considérer que l’état actuel des constructions d’habitations et de loisirs était un stade déjà suffisamment avancé pour en rester là.
Eric Chabloz, municipal en charge du dossier et à sa dernière séance d’élu à l’Exécutif, a rappelé que Gryon «manque cruellement de lits chauds» et que le potentiel de 380 lits supplémentaires prévus par le plan, en adéquation avec les calculs de la planification régionale, représente déjà une diminution de près de 85% par rapport au plan actuel. Selon l’édile, ils ont par ailleurs été concentrés dans des secteurs interférant le moins possible avec les autres activités. Il a ajouté que la Municipalité avait le souci de préserver le lieu et refusé plusieurs propositions de projets à vocation touristico-ludique.
Les opposants y voient au contraire «un grignotage de Frience» qui risque d’interférer avec les activités de l’agriculteur actif sur le plateau, notamment avec la possibilité d’implanter un hôtel de trois étages.
Les partisans de la mouture municipale considèrent pour leur part cette planification «équilibrée», d’autant que l’Exécutif a déjà (sous pression, certes) revu sa copie après une première mise à l’enquête de planification. Par ailleurs, ils ont rappelé que tout éventuel projet devrait passer par une mise à l’enquête, avec possibilité de s’y opposer.
Le legs aux générations futures a fait l’objet d’une interprétation à géométrie variable. D’un côté: «Veut-on leur laisser un plateau de Frience saturé de constructions et de visiteurs?» De l’autre: «Tient-on vraiment à le cadenasser et leur enlever toute possibilité de décider?»
Au final, la planification municipale a été acceptée par 19 oui, 5 non, et 2 abstentions. Par conséquent, les dernières oppositions de la mise à l’enquête sont levées.
Aux urnes
Le débat a été substantiellement le même concernant le texte d’initiative qui veut colloquer le secteur en zone de verdure inconstructible. Le vrai enjeu était de savoir si le Conseil communal voulait en décider lui-même ou laisser cette responsabilité à la population. À 22 voix pour, et 6 contre, il a été décidé que les Tatchis iront aux urnes.
