
En cas de sortie de l’Association Sécurité Riviera, Blonay-Saint-Légier aurait délégué les tâches de sécurité à la Police cantonale. Selon son calcul, elle aurait économisé 900’000 francs par année. | P. Martin – 24 heures
Sur la plupart des visages, c’est d’abord l’hébétude qui est apparue lorsque le syndic Alain Bovay a fait l’annonce. «Ah, j’en étais sûre!», s’est agacée une élue en se tournant vers son voisin. Mardi soir dernier, le Conseil communal de Blonay-Saint-Légier aurait dû prendre une décision aussi grave qu’historique pour la jeune Commune fusionnée: celle de quitter, en juin 2026, l’Association Sécurité Riviera (ASR), entité qui chapeaute police, pompiers, ambulances et protection civile dans la région.
Le choix de cette sortie avait été fait par la Municipalité au mois de mars, et ce en raison du litige financier l’opposant à la structure intercommunale. Principal grief? Une répartition des coûts jugée obsolète, qui «ne tient pas compte des fusions de Communes».
En 2021, alors qu’elles étaient deux collectivités distinctes, Blonay et Saint-Légier-La Chiésaz avaient versé à elles deux un montant total de 2,5 millions de francs. Soit bien en dessous de la facture de Blonay-Saint-Légier pour 2023, qui devrait s’élever à 3,6 millions. Une préoccupation qui ne date pas d’hier, puisqu’en 2019 déjà, soit avant la fusion, les anciennes Communes avaient alarmé l’ASR sur cette problématique.
Rebondissement juste avant le vote
Mardi soir, donc. Télécommande de vote en main, le plénum était sur le point d’avaliser ce divorce. Un scrutin qui ne devait pas faire de plis, au vu du rapport de la commission chargée d’étudier la proposition. À l’unanimité, cette dernière soutenait en effet la Municipalité dans sa volonté de quitter l’ASR.
Mais cette marche vers la sortie s’est arrêtée juste devant la porte, lorsque le syndic a fait savoir aux élus que le préavis était retiré. «Ces dernières semaines, il y a eu de fortes évolutions qui ont aidé notre Municipalité à réviser sa position dans ce dossier», a alors expliqué Alain Bovay. «C’est encourageant de constater que tous les Exécutifs de la région ont pris conscience de l’importance de la situation. Ils se sont engagés par écrit en faveur d’une réforme partielle des critères dans les statuts de l’ASR.»
Baisse annuelle de 450’000 francs
Ces changements ont été dévoilés le 27 mars dernier. Concrètement, un nouveau préavis intercommunal sera mis en consultation jusqu’au 15 août prochain. Il prévoit de reclasser Blonay–Saint-Légier – tout comme La Tour-de-Peilz – en coefficient 5, au lieu du coefficient 6 actuel. En clair, sa contribution annuelle à l’association devrait baisser de 450’000 francs. Une modification qui devrait entrer en vigueur en début d’année prochaine. Avec cette annonce, l’Exécutif de Blonay-Saint-Légier a-t-il voulu mettre la pression sur ses partenaires? «Bien sûr, il ne faut pas se voiler la face, c’était un coup de pression», nous confirme Alain Bovay. «Mais ce n’est pas du bluff pour autant, et notre Conseil communal l’a bien compris. Si l’on devait véritablement sortir de l’ASR, ce serait dommage, mais pas dommageable pour nous. Nous avons toujours dit que nous soutenions l’intercommunalité, mais nous souhaitons un certain rééquilibrage.»
Facture en hausse pour les autres
Une manœuvre qui aura donc porté ses fruits, après – tout de même – cinq années de tractations. «Ce n’est pas sans avoir essayé de trouver des consensus», assure Bernard Degex, président du Comité de direction de l’Association Sécurité Riviera. «Il y a eu plus de 25 simulations chiffrées pour arriver au consensus actuel.»
L’intercommunalité s’en tire donc pour cette fois. À voir toutefois comment réagiront, ces prochains mois, les Conseils communaux de la région appelés à se prononcer sur cette nouvelle répartition des coûts. Car si le nouveau calcul fera baisser les contributions de Blonay-Saint-Légier et de La Tour-de-Peilz, la facture augmentera en revanche pour les autres Communes partenaires.
