
L’usine de Villeneuve façonne des plaques et des composantes métalliques de précision dans la construction, l’industrie des machines, la technologie ou la mobilité. Tech-laser représente actuellement une trentaine d’emplois | LDD
«Il va maintenant falloir absolument repositionner notre industrie, de manière concrète, efficace, et la mettre en valeur.» Malgré l’incertitude provoquée par la politique américaine, le message de Barbara Depraz est clair. À la tête de Tech-laser
Sandoz SA, la directrice générale de cette société de découpe industrielle et de tôlerie n’est pas dans la sidération ou l’attentisme. Au contraire, elle en appelle plutôt à l’action volontariste.
Si elle ne démarche pas elle-même sur le marché américain, l’entreprise reste concernée par l’impact des taxes douanières annoncées. Fleuron de la découpe et du travail du métal, Tech-laser est un chaînon clé pour des entreprises de tous les secteurs industriels qui exportent.
«La situation est très troublante. J’entends beaucoup d’inquiétudes, d’incertitudes chez nos clients et il y a donc des commandes qui sont actuellement suspendues ou en latence», indique Barbara Depraz.
La particularité de Tech-laser? «Travailler pour tout le monde industriel.» L’entreprise métallurgique façonne en effet des plaques et des composantes métalliques de précision dans quatre secteurs aussi différents que la construction, l’industrie des machines, la technologie ou la mobilité. Des pièces métalliques qui se retrouvent tant dans les trains que les bateaux, les vélos ou les drones.
Défendre un savoir-faire
«Nous avons ainsi l’avantage d’avoir une vision globale», relève la directrice. C’est pour cela que Barbara Depraz a une réaction un peu à contre-courant. Elle réagit de manière pragmatique, par rapport à ses craintes pour la détérioration de l’industrie métallurgique en Suisse. «Même s’il agit d’une manière que je ne valide pas, le président américain initie un changement et fait bouger les choses», considère Barbara Depraz. Dans un contexte où «notre industrialisation n’est pas sur la bonne pente et perd du terrain chaque année, depuis longtemps déjà, voilà quatre ou cinq ans qu’il fallait que ça bouge!»
La directrice de Tech-laser se montre particulièrement critique envers la réaction politique. «Cela fait six mois que l’on savait ce qui allait arriver. Mais tous ont attendu, et maintenant ils s’affolent. Le chemin pris par l’Europe est en outre peu encourageant.» Pourtant, il est temps d’agir, selon cette femme d’affaires très engagée dans la défense professionnelle du secteur. «Qu’est-ce qu’on met concrètement en place pour la suite? Qu’est-ce qu’on fait pour réutiliser le savoir-faire des centaines d’emplois qui vont rester sur le carreau? Je suis inquiète pour le futur de notre industrie.»
Revaloriser la branche
En Suisse, les difficultés économiques des sidérurgies de Stahl Gerlafingen (SO) et de Swiss Steel, à Emmenbrücke (LU) ont notamment montré que la situation de l’industrie métallurgique est mauvaise. Comme Barbara Depraz l’a récemment souligné dans un entretien qu’elle a eu avec le conseiller fédéral Guy Parmelin, il va falloir mieux affirmer le positionnement de ce secteur, «qui n’est pas toujours reconnu, qui a peu de moyens et n’est pas soutenu». Face au manque d’action, de volonté et de visibilité, la cheffe d’entreprise de marteler: «Il faut y aller. Et maintenant!»
L’aide directe en faveur des entreprises sidérurgiques, votée en décembre dernier par les Chambres ne constitue-t-elle pas un signe favorable? La cheffe d’entreprise reste prudente par rapport aux effets d’annonce. «Il est réducteur de n’attendre que des solutions de financement. Les soutiens professionnels à apporter sont multiples et variés. Il s’agit de tout mettre en œuvre pour revaloriser ce secteur, affirmer son positionnement et promouvoir sa capacité d’innovation.»

Pour la directrice, il va falloir mieux affirmer le positionnement du secteur métallurgique
Tech-laser
Fondée en 1989 par Jacques Sandoz, la société Tech-laser s’est ensuite établie dans la zone industrielle de Villeneuve dès 1998. Elle s’y est bien agrandie et a développé plusieurs processus de certification de qualité. Spécialisée dans la découpe métallique de plaques d’acier, d’inox ou d’alu, l’entreprise assure le travail intégral de la tôle, notamment le poinçonnage, gravage, pliage, assemblage, soudage et finitions de pièces, dont les dimensions peuvent aller jusqu’à 4 mètres. Intégrée depuis 2020 au groupe français Robert, actif dans tout le négoce de l’acier, elle a été rejointe, en mars dernier, par l’entreprise De Regibus, située à Villars-Ste-Croix. Celle-ci emploie une dizaine de personnes, tandis que l’usine Tech-laser de Villeneuve représente actuellement une trentaine d’emplois.
