«Derrière le Miroir d’Argentine, il y a un vrai projet social»

Avec Joelle Deburaux, le Miroir d’Argentine a franchi un cap en 2022: il est ouvert été comme hiver. Les travaux de mise hors-gel ont été possibles grâce à la Fondation Aide suisse à la montagne.  | DR

Hôtels d’altitude
La Fondation Aide suisse à la montagne (ASM) soutient l’hébergement en altitude comme valeur ajoutée sur les alpages. Sans elle, Joelle Deburaux n’aurait pas concrétisé son projet d’hôtel-restaurant à l’année de Solalex.

n emblème. Sur le plateau de Solalex, face au Miroir d’Argentine cher aux grimpeurs chevronnés, l’établissement éponyme, situé au carrefour de trois cantons – Vaud, Berne et Valais – est connu loin à la ronde. Dans son cadre idyllique, l’enseigne des Alpes vaudoises fait la fierté de la commune de Bex. Les organisateurs des festivités du 700e de la Confédération ne s’y étaient pas trompés en 1991. 

Après la gestion des frères Jaggi durant une quarantaine d’années, Martin et Joelle Deburaux ont repris en 2022 l’exploitation du restaurant, ainsi que le gîte voisin et ses dortoirs. Lui en rêvait depuis longtemps, elle a été fascinée par «ce lieu incroyable qui dégage une émotion particulière quand vous arrivez».

Hébergement quatre saisons

L’enfant du Gros-de-Vaud, villardoue de longue date, quitte alors son poste de cadre à l’international d’une grande marque de vélo et amorce sa reconversion dans l’hôtellerie-restauration. Elle a trouvé sa voie. Et même quand son époux a repris les rênes de la société de remontées mécaniques Télé Villars-Gryon-Les Diablerets l’an dernier, Joelle ne s’en est pas laissé conter.

«Nous avons commencé par une année d’exploitation avec fermeture en hiver, explique-t-elle. Puis, au vu des contraintes pour réengager du personnel chaque année, on s’est vite rendu compte qu’il fallait aller un peu plus loin.» L’idée? Créer un hébergement de huit chambres, avec autant de salles de bain, au-dessus du restaurant et mettre le bâtiment «hors-gel» pour qu’il dispose d’eau en hiver et reste ouvert toute l’année. «Car il y a une réelle demande pour dormir à l’alpage», ajoute la patronne. 

Cela tombe bien, la Fondation Aide suisse à la montagne tient à mettre l’accent sur l’hébergement d’altitude. C’est même sa priorité annoncée de 2025 (voir encadré). «Sans elle, cela n’aurait pas été possible de concrétiser, sans compter la subvention du Canton pour la rénovation énergétique», reprend Joelle. L’aide de 140’000 francs d’ASM à fonds perdus complète les fonds propres du couple et convainc la banque de soutenir un projet à 1,75 million de francs.

Sur le plan technique, on ne parle pas d’un projet anodin. Le bâtiment est classé, doublement préservé car situé dans une zone naturelle (district franc) et le terrain est propriété de la Commune (les Deburaux sont au bénéfice d’un droit de superficie). «Le dossier des contraintes à prendre en compte lors des travaux faisait 46 pages», sourit-elle.

Au terme de 12 mois de travaux, le restaurant a néanmoins ouvert en décembre 2022. Les clients qui parcourent les 3,5 km à pied, raquettes ou peau de phoque (à moins d’opter pour le service en motoneige proposé par le restaurant) ont la possibilité de passer la nuit à l’alpage en toute saison. «Sur l’ensemble de l’exploitation, nous avons pu créer dix emplois, c’est notre grande fierté, lance-t-elle. On bosse avec des gens passionnés, qui sont d’accord de travailler avec la saisonnalité. Derrière cette entreprise, il y a un projet social.»

Grand respect des lieux

Social et patrimonial. Les Deburaux ont en effet tenu à travailler dans le strict respect des lieux. «Cela a fait quelque chose de vider les appartements du haut, c’était plein de souvenirs! Nous avons refait les emblématiques peintures de façade – le nom du restaurant et le chamois – et l’architecte d’intérieur, Alain Page, est le beau-fils des Jaggi.» 

Les clins d’œil se retrouvent jusque sur la carte de cuisine traditionnelle. «Nous servons en dessert le fameux cornet à la crème qui a fait la réputation des lieux. On nous dit souvent: <Je venais en manger avec mes parents>.»

Sur le plan comptable, les résultats sont aussi là. Pour preuve la note de 14 décrochée l’été dernier au Gault&Millau et la palette de labels arborée par la tenancière. «C’est la matérialisation d’un engagement, notamment sur le plan du développement durable, qui permet de refléter notre amour du travail bien fait, de notre exigence à vouloir être à la hauteur du lieu.»

Visiblement, cela marche. Après un premier hiver timide et un deuxième plus convaincant, le Miroir d’Argentine affiche complet tous les week-ends jusqu’en mars pour ses huit chambres. «À ce train-là, cet hiver va représenter 30% de notre chiffre d’affaires de l’année, ce qui est la prévision à terme pour pérenniser l’entreprise.»

L’hébergement, deuxième employeur en montagne

La Fondation Aide suisse à la montagne, qui aide à financer des projets d’économie alpestre depuis 1943, a présenté sa priorité de 2025: l’hébergement de montagne, hôtels de moyenne importance, auberges, chambres d’hôtes, campings, etc. «L’année dernière, la fondation a pu soutenir 21 hôtels, pensions ou campings avec environ 2 millions de francs pour des projets de construction-rénovation, a expliqué Dominique Graz, du Conseil de fondation, lors d’une conférence de presse jeudi à Lausanne. Cela correspond à peu près à la moyenne des cinq dernières années.» Ivo Torelli, membre de la direction, a pour sa part rappelé l’importance du secteur, le deuxième pourvoyeur d’emplois en montagne après l’agriculture. «De plus, le budget moyen par jour prend l’ascenseur si le touriste dispose d’un hébergement adapté. Sur Vaud, avec une nuit d’hôtel, les dépenses passent de 66 à 170 francs.» Pour lui, «les dortoirs à l’ancienne, c’est fini, cela n’intéresse plus personne. Il faut créer du confort et ça coûte cher». D’où le rôle de l’ASM. «Une aide à l’investissement avec des dons à fonds perdus pour compléter les fonds propres de l’entrepreneur-e», reprend Dominique Graz. En 2024, toutes initiatives confondues, 1’030 projets ont été soutenus pour des investissements à hauteur de 45 millions. «Un record.» Près de la moitié des projets (494 pour 13 millions investis) entraient dans le cadre d’un programme «d’impulsion solaire» visant à soutenir des installations. Pour rappel, l’ASM fonctionne grâce à des donateurs. En 2024, «plus de 53’000 personnes ont fait preuve de solidarité avec la population de montagne. Les dons versés à l’Aide suisse à la montagne se sont élevés à plus de 27 millions de francs».