Des balles de tennis usées qui foulent les trottoirs

La marque Ecobene propose des baskets avec des semelles composées de morceaux de balles de tennis.  | L. Menétrey

Durabilité
Le Novillois Elias Bene offre une seconde vie aux balles jaunes usagées en les transformant en chaussures. Le coach entend bien réduire l’impact écologique de ce sport encore gourmand en déchets.

Chaque année, 8 millions de ces petites sphères jaunes finissent à la poubelle en Suisse. Une durée de vie éclair pour des années de décomposition en décharge. «Quinze minutes pour un joueur professionnel et quelques heures pour un bon amateur», assure Elias Bene.
Sur les courts comme dans la vie, tout le monde l’appelle Ben. D’origine portugaise et mozambicaine, il a grandi une raquette à la main. «Dans ma famille, tout le monde jouait au tennis, c’était comme apprendre à manger ou à marcher», sourit-il, attablé à la terrasse du Tennis club de Montreux. Après une carrière semi-professionnelle, Ben range ses rêves de circuit dans sa housse et étudie les sciences politiques. Il devient coach, puis quitte sa terre natale, le Portugal, en 2007, pour un poste en Suisse.
Lors d’une formation de la Banque cantonale vaudoise destinée aux jeunes entrepreneurs, le Novillois doit présenter un projet. L’idée de recycler les balles de tennis jaillit spontanément. Il ne sait encore qu’en faire, mais il veut créer un objet phare et utile. «J’ai d’abord pensé réaliser des tapis ou des bâches d’isolement acoustique, mais ce n’est pas très sexy. Je voulais un produit qui ait de la gueule et en plus je suis un fan de baskets!»
Des chaussures, donc, mais avec un impact minimal. «À ce moment, on commençait tout juste à parler d’économie circulaire», souligne le quinquagénaire. Pour concrétiser son idée, il lui faut alors des analyses chimiques de la matière. L’UNIL et l’EPFL lui proposent de mener des recherches pour 30’000 francs. Il se tourne alors vers son ancienne université au Portugal qui lui accorde cette étude presque gratuitement. Côté logistique, il installe des cartons écologiques de récolte dans les clubs partenaires, qui sont ensuite acheminés par la poste vers un entrepôt à Zurich. L’aventure Ecobene prend forme.

6 balles pour une semelle
Une balle de tennis est composée d’un noyau en caoutchouc pressurisé, et d’une enveloppe de feutre en surface, généralement un mélange de laine, de coton et de nylon. «On pensait que pour les valoriser il fallait séparer la feutrine du caoutchouc. Grâce à ces études, on a vu que cette étape laborieuse pouvait être évitée.» Le tout peut donc être broyé. «À la fin du processus, on voit encore les granulés, ça apporte de la texture», explique Ben tout en montrant le côté de sa semelle. Une fois cette matière broyée, elle est concentrée dans un moule. «On ajoute juste un autre polymère pour renforcer la stabilité.»
Une semelle équivaut à 6 balles de tennis. Quant au reste de la basket, elle est faite en laine biologique. «Elles sont écologiques à 96%. Et éthiques, puisqu’elles sont produites au Portugal, dans des conditions de travail dignes, selon les normes européennes», insiste l’ancien semi-professionnel.
Ses chaussures sont vendues uniquement en précommande, pour éviter tout gaspillage et stock encombrant. Pas besoin de réseaux sociaux, les principaux clients d’Ecobene proviennent des clubs partenaires et du bouche-à-oreille. Depuis le lancement en 2022 de la marque, près de mille paires de baskets ont déjà trouvé preneurs.
Ecobene prévoit désormais de récupérer d’autres équipements de tennis usagés pour créer de nouveaux objets de mode. Notamment à partir du matériel usagé des joueuses du dernier tournoi WTA du Montreux Nestlé Open. «C’est le cinquième sport qui pollue le plus sur la planète. On l’a déjà assez abîmée! Chaque petit pas compte pour minimiser notre impact pour les générations futures», alerte Ben avant de reprendre le chemin des courts.

"La durée de vie d’une balle de tennis est très courte. Quinze minutes pour un joueur professionnel et quelques heures pour un bon amateur”

Elias Bene Coach de tennis et fondateur d’Ecobene

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