
Sous la houlette de l’agriculteur Robin Marggi (1er depuis la gauche), les foins mêlent tradition, bonne humeur… et sport! | C. Dervey – 24 heures
«C’est bien, tu as formé un tas, mais tu n’as pas retourné l’herbe. Il faut tout sortir, comme ça. En plaçant ce qui est mouillé sur le dessus, elle pourra mieux sécher.» Maniant son long râteau en bois comme s’il tenait une simple fourchette, Robin Marggi sautille d’un bénévole à l’autre, prenant le temps de montrer le bon geste et d’en expliquer les subtilités.
C’est que la formation des andains – des bandes d’herbes fauchées que l’on laisse sécher avant d’en faire des bottes – demande un peu de pratique. Et la dizaine de volontaires réunis ce vendredi matin sur un talus des Avants a sérieusement envie de s’améliorer. «Robin, c’est trop large là, ou ça va?», lance une voix à destination du spécialiste, qui accourt comme un dahu quand la plupart essaient juste de ne pas se tordre une cheville.
Le plus tard et le moins riche, c’est le mieux
Installé aux Pléiades, cet agriculteur a des kilomètres de pente dans les jambes, lui qui est responsable de l’entretien des prairies au sein de Narcisses Riviera. Chaque été durant le mois de juillet, l’association fauche quelque 13 hectares de terrains où pousse l’emblématique fleur blanche. Des parcelles que l’on évite de livrer au bétail, la mise en pâture précoce et le piétinement étant considérés comme nuisibles à la liliacée. La coupe se fait donc tardivement, à la motofaucheuse, afin de pouvoir laisser le temps aux végétaux d’accomplir leur cycle.
Le foin est ensuite râtelé par un noyau de bénévoles motivés, auquel viennent régulièrement s’ajouter de nouveaux visages. «Si nous ramassons cette herbe coupée, explique Robin Marggi, c’est pour qu’elle n’enrichisse pas le terrain en se décomposant.» Car c’est une de ses particularités: la «neige de mai» ne s’épanouit jamais aussi bien qu’en sol pauvre. Une fois séché et ficelé en balles de 25 kilos par la botteleuse, le foin sera valorisé en fourrage pour les agriculteurs du coin. Environ 30 tonnes sont ainsi produites chaque saison.
La danse des râteaux comme à l’époque
Sur cette prairie de Fiaudire, qui offre une vue plongeante sur le Léman et délivre un parfum d’herbe coupée, les bénévoles commencent à prendre le coup. Le ballet des râteaux se poursuit malgré la pente. Partant de chaque extrémité d’une ligne, râteleurs et râteleuses se rejoignent au milieu, avant de passer à la ligne supérieure et de s’éloigner à nouveau. Au moment de la jonction, on se salue pour plaisanter, on fait un peu connaissance. «C’est comme un jeu, une chorégraphie», commente Robin, qui recrée la «systématique» pratiquée jadis par ses grands-parents dans le Vallon de Villard.
«Ça me fait ma remise en forme de l’été», sourit Isabelle. La bénévole blonaysanne, tombée en amour pour les narcisses, vient pour la deuxième année consécutive. Ayant grandi aux Avants, Jonathan Scyboz s’engage, lui, pour contribuer au dynamisme de son village. «On a un peu l’impression de remonter le temps», s’amuse ce vidéaste de 26 ans, qui cherche à «casser le rythme». «Il y a un côté marrant quand on pousse les bottes de foin dans le talus. On ressemble à des scarabées qui roulent leurs boulettes.» Certains membres de la Société des intérêts des Avants (SIA) sont également venus prêter main forte, à l’image d’Olivier, un habitué du râteau depuis trois ans maintenant. «Les narcisses sont très importants pour notre tourisme», explique-t-il.
Un regard vers le ciel, et c’est reparti…
Et voilà. Les andains sont terminés. La prairie est entièrement hachurée de lignes de foin. Râteaux à l’épaule, il est temps pour l’équipe de partir pour une autre parcelle. Elle reviendra plus tard pour botteler. Robin Marggi regarde le ciel, espérant pouvoir ramasser la récolte avant la pluie. Pour le moment, pas de nuage menaçant à l’horizon, mais la météo annonce un samedi arrosé. «Il va falloir jouer serré», sourit-il avant de mener ses troupes vers d’autres talus.
Plus d’infos: narcisses.ch/actualite/
Envie de participer aux foins avec l’Association Narcisses Riviera? Inscriptions sur le site ou au 077 418 17 13.
