Des clichés pour sensibiliser à l’addiction

Florence Zufferey a fait poser certains sujets dans la nature, après une tempête. «Si la forêt s’abîme, elle se régénère toujours», glisse la photographe.  | F. Zufferey

Photographie
La Médiathèque de Saint-Maurice présente le travail de Florence Zufferey et Olivier Lovey dans l’exposition «Rendre visible l’invisible». Une carte blanche à voir jusqu’à la fin du mois.

Un pas vers la résilience. Pour marquer son 70e anniversaire, la Fondation Addiction Valais a vu triple: un livre qui retrace son histoire depuis sa naissance en 1954 (par l’historienne Marie-France Vouilloz Burnier), des conférences grand public et une exposition de photographies.

Sur ce dernier point, la curatrice Alexia Turlin a choisi de croiser les regards des photographes Florence Zufferey et Olivier Lovey. Dans «Rendre visible l’invisible», les deux artistes ont eu carte blanche pour réaliser un projet qui questionne cette maladie, ses effets collatéraux et sa place dans la société ​valaisanne. Pour mieux la comprendre, mais aussi pour la déstigmatiser.

Après un affichage dans les principales villes et gares du canton du Valais l’année dernière, ainsi qu’à la Médiathèque de Sion et aux hôpitaux de Brigue, Viège et Sion, l’exposition est désormais visible à la Médiathèque de Saint-Maurice depuis le 9 janvier 2025, et jusqu’au 28 février prochain. Elle continuera ensuite à la Médiathèque de Martigny en avril, avec une conférence et un finissage le 23 mai. 

Un besoin de témoigner 

Pour les deux photographes, travailler autour du thème de l’addiction était une première. «C’est un sujet qui m’a touchée. Cela peut concerner tout le monde», observe Florence Zufferey. Olivier Lovey partage, lui, une vision plus sombre. «Pour moi l’addiction, c’est un drame tout simplement. Cela ne veut pas dire qu’il faut le noircir, mais cela reste une forme de prison.» Dans «Rendre visible l’invisible», leurs œuvres respectives, pourtant très différentes, s’homogénéisent en un tout d’une beauté percutante. 

Lancés sur le projet entre Noël et février 2024, les artistes ont arpenté divers lieux, chacun de leur côté, pendant deux mois. Pour Florence Zufferey, la forêt de Finges a notamment servi de décor pour faire poser des sujets, eux-mêmes ayant été touchés par la problématique de l’addiction. Après une annonce passée sur Instagram, plusieurs personnes ont été intéressées par la démarche. «Parmi elles, plusieurs avaient envie de témoigner, de dire que la dépendance ce n’est pas quelque chose qui est gravé dans le marbre. Car oui, cela peut être une période de vie et c’est compliqué, mais possible de s’en sortir», note la Valaisanne. 

Portée par l’idée que la nature s’abîme, mais se régénère toujours, Florence Zufferey a choisi de les prendre en photo dans un milieu hostile; une forêt après une tempête. Sur certains portraits, les sujets regardent frontalement l’objectif, de façon très digne. Pourquoi ce choix? «J’avais envie de leur redonner une place forte», constate-t-elle.

Dans ses photos, on retrouve également des mains blessées qui allument une cigarette, un tuyau d’arrosage jaune emmêlé autour d’un homme, une personne de dos dans un méli-mélo de branches… des mises en scène élaborées avec un regard sensible, mais juste, qui expriment «la souffrance et l’enfermement».

« De la solitude »

Pour sa part, Olivier Lovey a choisi d’arpenter divers endroits, de la Villa Flora à Sierre (Centre de jour d’Addiction Valais) aux berges du Rhône, à la recherche d’images qui allaient s’imposer à lui. «J’avais envie d’illustrer ce que ces lieux avaient en eux. Et j’y ai retrouvé un peu les mêmes choses à chaque fois: beaucoup d’animaux et de végétation, mais aussi de la solitude», résume le photographe.

Deux portes côte à côte, un éléphant en céramique à la trompe cassée, des gants de boxe perdus sur un mur orange, un moustique englué sur du papier tue-mouche… Ses photos, teintées de mélancolie, sont aussi très symboliques. «Pour moi, plus c’est vague mieux c’est. S’il y a une part de mystère et que les gens peuvent faire des liens, c’est plus intéressant, relève-t-il. Car quand on a des problèmes dans la vie, l’art peut prendre tout son sens.» 

Plus d’infos:
www.mediatheque.ch
«Rendre visible l’invisible», Médiathèque Valais– St-Maurice, jusqu’au 28 février. Tout public, accès libre.

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