
Au restaurant La Dent de Midi, les jeunes du SeMo Chablais se préparent à divers secteurs du monde professionnel (administration, cuisine, service et intendance). | L. Menétrey
Dans la cuisine du restaurant de La Dent de Midi à Aigle, une cinquantaine de choux à la crème prennent forme. À travers la fenêtre, une dizaine de bambins de la crèche voisine guignent la préparation du jour en se léchant les babines. «Ah, voilà nos petits visiteurs quotidiens!», lance le chef David Vermande, avec un sourire en coin. «Ils mangent nos plats quotidiennement, mais pas de dessert pour eux… Trop sucré pour leur âge!», explique-t-il.
Le Semestre de motivation est un programme de transition entre l’école et le monde du travail visant la réinsertion professionnelle de jeunes à la recherche d’une place d’apprentissage ou en rupture de formation. Divers secteurs leur sont proposés. En cuisine, une dizaine d’entre eux mettent la main à la pâte quotidiennement aux côtés de professionnels pour préparer plus de 600 repas destinés aux cantines, crèches et clients du restaurant. Loin de l’effervescence des grandes cuisines lors du coup de feu, l’ambiance est détendue et maîtrisée ce jeudi matin.
Trouver sa vocation
Parmi les participants, Rémi, 17 ans, suit le SeMo depuis août 2024. Ici, il transforme sa passion pour la cuisine en future profession. «C’est le film Ratatouille qui m’a inspiré ce métier», dit-il en riant, «forcément, parce que le rat s’appelle aussi Rémi!» Si le système scolaire l’a toujours ennuyé, il se sent enfin stimulé au Semestre de motivation. Dans un mois, il y terminera sa formation et entamera ensuite son apprentissage au sein du restaurant du Centre Mondial du Cyclisme, impatient de cuisiner pour des athlètes de haut niveau.
Pour sa référente, Delphine De Selliers, c’est une véritable satisfaction de «voir ces jeunes prendre confiance en eux et découvrir leur vocation. C’est ça qui nous motive à faire ce travail. Ils ont une véritable longueur d’avance par rapport à ceux qui sortent de l’école».
Aux petits soins des seniors
Pendant ce temps, à l’étage, une autre équipe se prépare à accueillir les clients. Mise en place des tables, disposition des couverts, pliage soigné des serviettes. Aux alentours de 11h30, les premiers aînés prennent place, dont Simone Jager, une habituée depuis le lancement en printemps 2024. Ces «Tables conviviales», lancées par Pro Senectute, visent à lutter contre la solitude et l’isolement des personnes âgées en créant des espaces de rencontre.
«En 2024, nous avons dépassé les 13’000 tables servies», se réjouit Mehregan Joseph, chargée de projet et coordinatrice au sein de la section vaudoise. Une fois la dizaine de seniors à table, les jeunes présentent fièrement le menu du jour: potage, tortellinis à la crème basilic ou magret de canard, suivis d’un café gourmand (les choux à la crème seront réservés pour le lendemain). Les convives, ravis, applaudissent chaleureusement leurs hôtes avant de reprendre leurs échanges. Le septuagénaire Eric Vannière captive toute la tablée avec ses récits d’aventure. De la chasse aux alligators à laquelle il a assisté en Amazonie, à son périple en deux-chevaux jusqu’en Asie ou encore la traversée de la cordillère des Andes à moto… Ce Leysenoud de 78 ans impressionne. Habitué de ce rendez-vous mensuel, il se livre. «J’aime voir du monde et savourer un repas complet avec entrée, plat, dessert. Le tout pour bon marché. Ça me change de mes plats de pâtes!»

Le film Ratatouille m’a inspiré le métier de cuisinier. Forcément, parce que le rat s’appelle aussi Rémi!”
