Des géants de glace à l’agonie

Les bâches du glacier du Rhône ne sont pas forcèment idylliques, mais elles le présevent autant qu’elles le peuvent.
 | T. Wrede, Courtesy Beck & Eggeling International, Düsseldorf.

Vevey
À l’occasion de l’année internationale de la préservation des glaciers, le Musée suisse de l’appareil photographique présente une double exposition.

À la fois à l’intérieur du musée et hors les murs, le long du quai Perdonnet. Du 24 juin au 17 août 2025, «Glaciers sous couvert: une histoire de préservation» sera à découvrir en deux parties. 

Les deux corpus d’œuvres dévoilent des paysages transformés et interrogent nos rapports à la protection d’un patrimoine visuel unique. Une réalité qui fait écho.

La conservation de patrimoines

Durant notre ère climatique, la fonte des glaciers est une menace. La catastrophe récente qui a frappé le village de Blatten, dont quelques images seront présentées au musée en guise d’hommage, en est une preuve flagrante. C’est pourquoi Katia Bonjour, commissaire de l’exposition, et Pauline Martin, directrice, exhibent les défis de leur conservation.

Des photographies historiques montrant les glaciers d’autrefois seront présentées au public. Ces images, tirées des collections iconographiques, montrent des marques d’oxydation et de détérioration. Un choix qui veut montrer le rôle clé que tient le musée dans la conservation et la restauration. 

Comme chaque technique photographique (daguerréotype, plaque de lanterne magique ou photochrome) a sa propre méthode de conservation, l’enjeu est de taille. La température basse, qui permet de conserver les documents iconographiques, est très énergivore. La question est de ne pas mettre en danger le patrimoine tout en étant attentif au climat. Quel est le juste équilibre?

Avertir et résister : le musée dans l’espace public

Pour ralentir l’inéluctable fonte des glaciers, il faut les emballer dans des bâches isolantes, permettant alors de les garder au froid. L’exposition hors les murs explore cette pratique avec une sélection de représentations photographiques contemporaines. Des images perturbantes: les glaciers sont comme emprisonnés, les bâches rompent le caractère idyllique des paysages et leur donnent un air sombre. 

Les mesures de conservation créent alors de nouveaux paysages. Ces derniers sont le miroir de nos rapports au monde: ils démontrent – et dénoncent – notre volonté de prolonger le tourisme hivernal et interrogent nos usages de la planète. Sélectionnées par la commissaire Nathalie Dietschy, professeure assistante à l’Université de Lausanne, ces images seront placées le long du quai Perdonnet, en face des montagnes. «C’est une manière d’avertir le public, explique Pauline Martin. Les photographies révèlent l’ampleur et les conséquences de notre empreinte carbone.» Ces images se retrouvent dans l’ouvrage de Nathalie Dietschy «Glaciers alpins sous toiles». Une histoire photographique, publiée ce mois de juin et en vente à la librairie du musée.

Ces corpus d’images révèlent la mission originale de la photographie. «Dès ses débuts, bien avant sa fonction artistique, le médium avait pour but de témoigner de la réalité», précise la directrice. Dans ce sens, le musée remplit sa fonction pédagogue: il avertit de la nécessité de conserver les glaciers. 

Lors de l’ouverture de cette double exposition, une table ronde discutera des moyens techniques, patrimoniaux et culturels pour préserver les glaciers des Alpes. L’occasion d’inviter le public à intervenir dans les réflexions qui ne concernent pas uniquement les collections patrimoniales, mais interrogent aussi nos comportements écologiques. Un événement qui, tout comme les photographies, fera «acte de résistance.»

«Glaciers sous couvert, Une histoire de préservation»,
exposition temporaire
du 24 juin au 17 août 2025.

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