«Dès la première neige, c’est la cata!»

Une nouveauté complique désormais la donne: les pneus commandés en ligne par les clients et livrés chez les garagistes. À Montreux, au garage Simeon, Adnan Ćatović ne sait plus où les stocker.  | L. Montbuleau

Automobile
Chaque automne, la même scène se répète: changement de pneus, check-up d’hiver, urgences de dernière minute. C’est le rush dans les ateliers. Même si les garages arrivent à répondre à la demande, ils appellent à davantage d’anticipation.

Dans son atelier de Montreux, Adnan Ćatović, du garage Simeon, voit très bien le moment où tout bascule. «C’est souvent le stress, parce que dès qu’il y a la première neige, c’est un peu la cata chaque année. Les gens veulent un rendez-vous tout de suite, tout de suite, tout de suite…!»

Même constat à Monthey, où Diogo Gomes, conseiller après-vente au garage Alizé, parle de «50 à 60 appels par jour» quand l’hiver arrive plus tôt que prévu. «Beaucoup de gens ne prévoient pas à l’avance, et tout le monde veut changer les roues toujours plus vite.» Partout, le problème n’est pas la neige en soi, mais le fait que tout le monde réagit en même temps.

Si cette saison met la pression sur les garagistes, elle est aussi significative sur le plan économique. Au garage Simeon, Adnan Ćatović le reconnaît: «C’est la saison forte. On fait le plus gros chiffre d’affaires de l’année.» À Clarens, chez Auto Passion, Sacha Simic estime cette période à «près de 25% du chiffre de l’année». Au garage du Mont-Pèlerin, à Saint-Légier, Florian Vial observe le même pic. «Pour nous, le plus gros mois en main-d’œuvre, c’est novembre, avec au moins 20% d’activité en plus.» En pratique, la saison des pneus d’hiver se concentre sur 6 à 8 semaines, durant lesquelles certains ateliers condensent plusieurs mois d’activité «normale».

Organisation millimétrée

Pour absorber la vague, les garages réinventent leurs plannings. «Cette année, on a fait deux samedis matin. À chaque fois, on fait 48 voitures avec quatre équipes de deux personnes. Cela fait à peu près quatre voitures toutes les 20 minutes, mais on ne prend que les roues. C’est très bien organisé, ça marche super bien», poursuit Florian Vial. Ces «matinées pneus» sont déclenchées en fonction de la météo. «Les gens ne viennent pas tant qu’on n’annonce pas de neige. Il faut savoir être flexible.»

Le garage Alizé a de son côté prévu trois vendredis complets, de 7h30 à 17h30, plus deux samedis, soit plus de 40 véhicules par jour. L’organisation commence en coulisses: roues stockées et préparées, pneus montés à l’avance, planning serré pour limiter les temps morts, etc.

Mais une nouveauté complique désormais la donne: les pneus commandés en ligne et livrés directement chez les garagistes. «Les gens commandent des pneus sur Internet et les font livrer directement chez nous. On ne sait pas à quel client ils appartiennent… Cette année, on ne savait plus où les mettre», déplore Adnan Ćatović du garage Simeon. Il a fini par écrire aux commerces en ligne pour qu’ils cessent ces livraisons sauvages. «C’est une perte de temps. Nous, on a notre clientèle, on veut arranger tout le monde, mais il y a quand même des limites!» D’autres garages affirment que ce phénomène reste pour l’instant minoritaire.

Peu d’intérim

Malgré les calendriers remplis, la plupart des ateliers ne renforcent pas leurs équipes avec des saisonniers. Au garage Simeon, on s’appuie sur un réseau local. «On a toujours notre filière avec qui on travaille», note son responsable. Au garage du Mont-Pèlerin, Florian Vial préfère réaffecter le personnel. «Le préparateur, qui fait normalement le lavage, on l’intègre pour changer des roues aussi. On fait un peu moins de services et plus de roues.» À Monthey, même logique: «On a assez de personnel avec des solutions en interne pour couvrir les besoins», souligne Diogo Gomes.

La saison des pneus est aussi l’occasion de vérifier la sécurité globale des véhicules, comme à Clarens, chez Stop and Go. «On propose un petit check-up d’hiver et on fait aussi les niveaux, ainsi que le contrôle de la batterie, explique Aleksandar Savić. Et quand on démonte les pneus, on jette aussi un coup d’œil!»

Auto Passion propose des contrôles similaires (batterie, essuie-glaces, antigel, lave-glaces), tandis qu’au garage Alizé, ces opérations sont systématiques. «Batterie, freins, plaquettes, disques, c’est obligatoire. Quand on démonte les pneus, on contrôle visuellement ressorts et freins.»

Le danger commence bien avant la neige

Tous insistent: attendre les premiers flocons est une mauvaise idée. «On conseille de réserver plutôt début octobre. Comme ça, s’il y a deux semaines de délai, on fait les choses sans stress», relève Sacha Simic.

Autre avantage d’anticiper ce changement selon le responsable d’Auto Passion: «Quand les routes sont froides, les pneus d’été n’ont plus d’efficacité. Il vaut donc mieux le faire avant novembre.» Diogo Gomes du garage Alizé abonde: «Un pneu d’été, à partir de 15 degrés, devient moins efficace. À partir de 7 degrés, il ne l’est plus du tout et devient même dangereux.»

Le conseil adressé par les professionnels aux automobilistes qui revient comme une antienne: anticiper! Prendre rendez-vous dès fin septembre ou mi-octobre, c’est rouler plus sereinement quand la première neige tombe.

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