
Avec sa fille Audrey, Urbain Girod a toujours un plan B. Ici, adapter leur production agricole au changement climatique. | E. Dottrens
Avec leurs petites feuilles grises et leurs troncs filiformes, on les croirait dans une vallée de toscane. Et pourtant, il s’agit bel et bien des Préalpes vaudoises en arrière-plan. Depuis l’année passée, 1’500 oliviers ont investi nos latitudes chablaisiennes depuis leur sud d’origine et font partie d’un projet ambitieux de plusieurs agriculteurs: faire de la culture d’olives une solution au changement climatique.
Pour Urbain Girod, des pépinières Girod à Saint-Triphon, c’était une évidence. «Cela fait des années que je sais qu’il faut qu’on se diversifie et qu’on plante des oliviers. Il fallait qu’on trouve une solution pour s’adapter à ces nouvelles conditions, en trouvant une culture rentable à long terme.» Pour sa fille Audrey également, il était important de préparer l’avenir. «Avec le temps et l’évolution du climat et de l’économie, c’est un projet pour les générations futures!»
En mars dernier, Urbain Girod et deux agriculteurs du Chablais se sont donc assis autour d’une table pour préparer l’avenir. Aujourd’hui, ils sont 12 à avoir signé les statuts de leur nouveau groupement agricole. «J’ai vraiment été surpris par l’engouement des agriculteurs pour se diversifier», relève le pépiniériste. Et pour cause: l’olive serait le fruit du futur dans cette région ensoleillée, mais juste assez humide qu’est le Chablais.
Adieu carottes, bonjour olives
Depuis quelques années, les oliviers de ses pépinières, plutôt décoratifs, n’ont plus besoin d’être protégés en hiver. Il s’agit d’arbres qui fleurissent très tard, et qui ne craignent pas le gel de printemps, contrairement à la vigne. Si Urbain Girod et ses partenaires ne souffrent pas encore d’importants symptômes liés au changement climatique, c’est plutôt une envie de préparer le terrain qui les anime. Sur les parcelles qui accueillent dorénavant les jeunes arbres, on retrouvait auparavant de grandes cultures, de l’arboriculture ou des légumes.
D’ici à cet automne, 7’000 oliviers supplémentaires y seront plantés. Le groupement s’est associé avec un sommelier spécialisé en huile d’olive, qui s’occupera, à terme, de la presse, des assemblages et de la commercialisation. Objectifs: proposer un produit homogène entre les différents producteurs, et, pourquoi pas, créer une AOP.
De quoi concurrencer ou freiner les importations? Pas pour l’instant. Les oliviers plantés en 2025 doivent produire, d’ici 5 à 8 ans, entre 8 et 10 litres par arbre et par année. Il en faudrait donc environ 2 millions pour satisfaire les envies des Suisses en huile d’olive. «On verra bien, sourit Urbain Girod. On fait nos expériences, et on se revoit dans 30 ans!»
