
Avec «Neijuan», Lea Sblandano s’intéresse au repli sur soi. | ECAL/L. Sblandano
Une silhouette humaine avec un écran à la place du visage: la douzième exposition de l’Appartement intrigue. Le digital prendrait-il le dessus sur l’homme? Si les images de Lea Sblandano contredisent ce postulat, celles de Lena Amuat et Zoë Meyer jouent sur les frontières entre réel et virtuel. Réunies en un espace, les trois photographes investissent le numérique pour révéler des mondes étranges.
Objets non identifiés
Le thème de la disparition et de l’absence réunit les œuvres des deux artistes zurichoises. Sous l’appellation «Nova», Lena Amuat et Zoë Meyer réunissent une série de tirages, tous sortis de leur contexte.
Le duo s’amuse ainsi à photographier des objets confisqués par la douane suisse. Dénudés de leur fonction ou signification initiales, ces photographies présentent des curiosités, dont le grain a été travaillé de sorte à ressembler à des impressions de presse. Une autre chambre évoque un musée fictif, avec des objets aux formes géométriques posés devant des fonds colorés. Par un travail ingénieux sur les arrière-plans des images, elles parviennent à les isoler de leur fonction et révèlent leur étrangeté.
Le pouvoir des écrans
S’ensuit un espace transitoire – le couloir – pour relier le monde numérique de Lea Sblandano. Lumières tamisées, écrans lumineux, moquette, fenêtres cachées par des images de métropoles asiatiques: l’immersion dans l’univers de cette lauréate du Prix Images Vevey x ECAL 2024 est immédiate. Des corps déformés et des images peu retouchées, malgré leur apparence de réalité virtuelle.
Elle parvient à créer une désorientation sensorielle, comme si on se retrouvait englouti par un monde artificiel. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: «Neijuan», un mot d’argot mandarin signifiant «involution», traduit la sensation d’isolement d’une jeunesse confrontée à une société de plus en plus performative.
Dans la salle de cinéma, une installation rappelant une tour de contrôle diffuse sur de multiples écrans des extraits de webcams. Dans une société post-pandémique, les jeunes cherchent et se connectent en permanence. Isolement, identité multiple, voyeurisme et sexualisation sont autant de conséquences que l’on peut craindre d’une hyperconnectivité. Mais Kei, le «colocataire virtuel», mais bien réel, de l’artiste vivant à Tokyo contredit ces discours.
Ce jeune Japonais incarne la présence et le besoin de contact essentiel à une jeune population perdue dans un monde en perpétuelle mutation. Dans une société en proie à l’intelligence artificielle, les trois artistes prouvent que l’humain parvient, à travers son esprit créatif et ses relations, à dominer le virtuel.
Expositions à l’Appartement jusqu’au 21 décembre 2025.
