
Compas, tronçonneuses et couteaux à deux mains sont les outils utilisés pour la taille de la fuste, technique venue des pays scandinaves et d’Europe de l’Est. | Ville de Montreux
Chaque année depuis un quart de siècle, le public la découvre comme apparue par magie au milieu des copeaux. Mais c’est pourtant bien au prix de la sueur que l’emblématique Cabane des Bûcherons se retrouvera assemblée, dès fin novembre, au cœur du Marché de Noël de Montreux, prête à réchauffer les corps et les cœurs grâce à son grand poêle à bois et ses litres de thé servis par les associations locales.
Pour cette édition, c’est aussi au prix d’une bonne dose de sciure qu’elle réapparaîtra. En effet, la structure en rondins – dont le montage vient de démarrer sur les quais – sera flambant neuve. Après cinq ans de bons et loyaux services, l’ancienne cabane a dû être remplacée. «Le bois est vivant, à force de monter et démonter, ça bouge», explique Cyril Pabst, chef forestier adjoint de la Commune de Montreux.
L’art délicat de la fuste
Construire un tel édifice, c’est déjà du bois à dénicher. Beaucoup de bois. «Il en faut environ 100 mètres cubes, ce qui représente une soixantaine d’arbres, précise le responsable. Ce sont des sapins et des épicéas que l’on coupe dans les forêts montreusiennes.» Les troncs sont ensuite acheminés à Attalens, chez Philippe Alibert, artisan spécialiste de la «fuste». Issue des régions nordiques et des pays de l’Est, perpétuée lors de la conquête de l’Ouest américain, cette technique traditionnelle consiste à empiler des rondins bruts.
Après avoir été écorcés, les fûts sont encochés, puis imbriqués à l’aide d’une grue. «Il faut avoir l’œil, tailler précisément pour que ça s’empile correctement. S’il y a une erreur, c’est compliqué à remettre en place, souligne Cyril Pabst. Comme c’est une technique que nous n’avons pas forcément l’habitude de pratiquer, nous profitons d’y affecter nos apprentis à tour de rôle durant le mois que durent ces travaux.» Une phase qui vient de se terminer, puisque la nouvelle cabane a été démontée et ses rondins numérotés.
Transporté en début de semaine sur les quais de Montreux, ce Lego géant haut de cinq mètres et lourd de 45 tonnes est en cours d’assemblage au même emplacement que les années précédentes.
Ancienne cabane revalorisée
Architecturalement parlant, pas de grande révolution. La surface au sol d’environ 100 mètres carrés comportera l’habituel foyer et l’office pour le service du thé. Sans oublier la terrasse à l’entrée. «Nous innovons au niveau des portes et des fenêtres, qui seront différentes», indique le chef forestier adjoint. Et une fois que les lumières de Noël seront éteintes, la cabane sera à nouveau démontée. «Nous la stockons dans un dépôt, afin qu’elle dure plusieurs années.»
Quant à sa prédécesseure, c’est en hauteur que son existence se poursuivra. Elle a été assemblée une dernière fois à 1’585 mètres d’altitude, en contrebas du Col de Jaman, où elle a été inaugurée le 13 septembre dernier. Un grill, des tables et des bancs s’y tiennent prêts à accueillir promeneuses et promeneurs.
«On montre qu’on existe»
Devenue une tradition aussi robuste que les rondins qui la constituent, la Cabane des Bûcherons du Marché de Noël permet de mettre en lumière ce travail «des hauts», assuré par une vingtaine de collaborateurs. Une activité qui pourrait parfois se faire oublier. «Cette tradition nous tient à cœur, car on montre que l’on existe, dit Cyril Pabst. On dit que la ville de Montreux, c’est le jazz, la musique, les événements. Mais il ne faut pas oublier que c’est aussi 1’500 hectares de forêts sur l’entier du territoire.» L’odeur de la résine fraîche nous le rappellera sans faute.
