Des ruminants au secours du tétras-lyre sur trois alpages

Manue Piachaud, responsable d’Alpine Tetrao Tetrix.  | C. Dervey

Alpes vaudoises
L’Association Alpine Tetrao Tetrix veut limiter l’expansion de l’aulne vert, qui fait du tort à l’animal. Elle a recours à des chèvres, des vaches et… des bénévoles.

«Aujourd’hui, on enlève l’enclos des chèvres, c’est votre gros boulot du jour. Ensuite, on ira constituer des tas de branches, là où des vaches ont brouté.» Sur l’alpage de Bovonne, face au Miroir d’Argentine, commune de Bex, Manue Piachaud distille ses consignes aux bénévoles de l’Association Alpine Tetrao Tetrix (AATT).

Grâce à leurs bras, la cofondatrice et responsable de l’AATT poursuit la mission pour laquelle l’association est née l’année passée: éradiquer l’aulne vert, ou verne, avec l’aide de ruminants locaux, à savoir chèvres, génisses, voire moutons. En effet, la plante repousse après dix ans lors de coupes mécaniques, mais meurt si elle elle pâturée par des chèvres trois ans d’affilée.

Le principal bénéficiaire doit en être le tétras-lyre, de son ancien nom Tetrao Tetrix. De grandes surfaces dégagées sont en effet nécessaires à ce dernier pour effectuer sa parade nuptiale et nourrir les jeunes.

Il n’y a toutefois plus de traces des biquettes, ni des vaches dans les enclos à défaire. Celles-ci ont regagné leur écurie il y a quelques semaines, dès la première neige. Il s’agit désormais de réunir et brûler les branches coupées, certaines préalablement mâchouillées ou écorcées. Un peu plus bas, le chant des tronçonneuses bat d’ailleurs son plein.

L’union «homme-animal» fait la force

«L’aulne vert est une plante indigène qui envahit les pâturages, explique Manue Piachaud, étho-anthropotechnologue (entendez: qui investigue tous types de liens entre humains et animaux). Avant, les agriculteurs se chargeaient d’éviter leur expansion. Aujourd’hui, ils sont de moins en moins. Mon boulot, c’est de coordonner les acteurs du terrain: le garde-faune, les forestiers, les exploitants, les bénévoles de tous les horizons et les chasseurs qui, rappelons-le, sont à l’origine du programme de régulation de l’aulne vert pour préserver le tétras-lyre.»
Après un premier test à Arpille, vers le col de la Croix, l’association poursuit désormais ses investigations sur trois alpages des Alpes vaudoises, en collaboration avec l’observatoire Agroscope et le bureau de vulgarisation agricole Proconseil: ceux de Bovonne, Conche (vers le lac des Chavonnes) et Grand-Clé (L’Étivaz). 

Ce vaste terrain de jeux est devenu un grand laboratoire à ciel ouvert. Les partenaires se donnent trois ans pour y tester cinq méthodes différentes sur plusieurs parcelles, avec l’objectif de déceler la meilleure stratégie «anti-verne». Le Canton de Vaud observe avec attention et soutien, à en juger par les 175’000 francs octroyés via la Direction générale de l’agriculture, de la viticulture et des affaires vétérinaires.

À voir les pentes d’aulne vert à perte de vue, la tâche paraît devoir être sans fin. «Rien qu’à Bovonne, nous opérons sur 2,5 hectares, alors qu’il en occupe déjà une cinquantaine…» Les dizaines de tas de branches dispersés sont toutefois le signe que l’association travaille d’arrache-pied, elle qui, d’ici à 2040, entend redonner pas moins de 10 hectares au tétras-lyre.

Une chaîne de solidarité

En dépit des averses et des moments de pluie drue, Mateusz, Davide, Grégoire, Claudine, Caroline, Romain et les autres enroulent les hectomètres de fils électrifiés des enclos sur les bobines, réunissent les piquets, constituent une chaîne humaine pour rassembler les centaines de branches dispersées sur les parcelles de travail. Deux sont des bénévoles fidèles, les autres des employés des entreprises Schindler et AS Ascenseurs. Deux jours auparavant, il s’agissait de salariés de la Vaudoise Assurances. «Nous tablons sur 40 jours bénévoles par alpage de juin à septembre», précise Manue Piachaud. 

Entre deux averses, tout ce petit monde finira tout de même par trouver le temps de profiter du contenu du sac le plus lourd. «Tu prends quoi? Bière, blanc ou rouge?»

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