
Voici à quoi pourrait ressembler le nouveau site scolaire du village. «Moderne et fonctionnel» pour la Municipalité, un «ovni triste et banal» aux yeux de certains habitants. | Practice Architecture
Il n’existe encore que sur le papier, mais il déchaîne déjà les passions. À Jongny, le futur complexe scolaire promet d’être le grand et chaud sujet de la rentrée. C’est en effet courant septembre que ce bâtiment doit être mis à l’enquête publique. Le Conseil communal devra quant à lui se prononcer le 8 octobre sur un crédit d’environ 11 millions de francs nécessaire à sa réalisation.
En plus d’abriter six salles de classes et deux salles de dégagement pour l’enseignement spécialisé, cette structure imaginée par les architectes lausannois Fatma Ben Amor et Rubén Valdez comportera une crèche de 44 places, une UAPE de 120 places, ainsi qu’une salle de rythmique. Cette dernière pourra aussi accueillir des activités sportives, culturelles et associatives.
Oui mais voilà, la vision de ce «cœur de village» défendue par la Municipalité ne convainc pas tout le monde. À commencer par le bâtiment lui-même, dont l’esthétique est disputée. L’Exécutif le présente comme «moderne et fonctionnel», «s’inscrivant dans les courbes naturelles du terrain». Un avis que ne partage pas Bernard Streiff, l’ancien syndic de Jongny. «C’est un cube sans avant-toit avec des ouvertures pour les fenêtres.» Un autre habitant, qui préfère rester discret, évoque un «ovni triste et banal qui ne s’intègre pas dans le lieu».
Démolition mal vue
Ce qui agace encore plus ces Jongnyssois, c’est la destruction programmée du «collège 1984», afin de laisser place au nouveau projet. Vieille de plus de 40 ans, cette construction qui abrite cinq classes comporte de l’amiante. Elle mériterait aussi une rénovation énergétique. «Mais elle est bien intégrée et très appréciée par le personnel enseignant, affirme Bernard Streiff. Et quel sens y a-t-il à la démolir pour reconstruire un bâtiment qui ne compterait qu’une classe de plus?» Quant à la crèche et l’UAPE, elles pourraient selon ces opposants être édifiées séparément.
«Ce n’est jamais de gaieté de cœur que l’on choisit de détruire un bâtiment», défend le municipal Jean-Luc Sansonnens, chargé de l’urbanisme et de la police des constructions. Sa collègue Céline Murisier, qui chapeaute la jeunesse et la formation, poursuit: «Des huit propositions architecturales reçues, le jury a retenu celle-ci, car c’est la seule qui répondait à l’entier du programme des besoins. Et elle prévoit malheureusement la démolition du collège 1984.»
«Certains peuvent se dire que si c’était leur maison, ils l’assainiraient, reprend-elle. Mais là on parle de bâtiment public. Et quand on effectue une opération sur une telle construction – comme un désamiantage – les normes actuelles nous obligent à tout remettre à jour, ce qui a forcément un coût.»
«Pas toutes les cartes en main»
Pour Jean-Luc Sansonnens, les critiques émises sont le fruit d’une méconnaissance. «Dans ce genre de situation tout le monde devient architecte. Il y a beaucoup de bonnes idées, mais les gens n’ont pas toutes les cartes en main.» Selon les deux élus, ce débat s’expliquerait aussi par un «décalage générationnel». «Il y a une incompréhension par rapport aux enjeux actuels, estime Céline Murisier. Ce qui m’interpelle, c’est que ce sont surtout des gens qui n’ont plus d’enfants à élever qui s’opposent à ce projet.»
Car d’après elle, le temps presse et les besoins sont là, surtout en matière d’accueil pré et parascolaire. «Nous n’avons pas de crèche et notre UAPE vient de passer de 80 à 70 places en raison de nouvelles normes à appliquer. Les locaux actuels ne sont pas conformes à la réglementation, mais le Canton nous autorise à les exploiter jusqu’en 2028, c’est-à-dire en attendant que le nouveau bâtiment soit construit.»
Lutter ou non?
Selon le calendrier établi, le début des travaux est prévu en janvier 2026. Mais avant cela, le projet doit encore passer certains écueils. Pour ce qui est du crédit de 11 millions de francs, il ne devrait pas y avoir de souci, selon les deux municipaux: «Sondé en juin dernier, le Conseil communal semblerait soutenir le projet à la quasi-unanimité.» Mais la décision du plénum peut toujours faire l’objet d’un référendum populaire. Tout comme la mise à l’enquête peut susciter des oppositions.
Si certains détracteurs annoncent déjà qu’ils feront obstacle, Bernard Streiff indique encore y réfléchir. «Une telle démarche retarderait le projet. Ça mérite donc que l’on se pose la question. D’un côté, j’aimerais sauver le collège 1984. Mais d’un autre, si tout le monde s’en moque, pourquoi est-ce que des vieux comme moi lutteraient? Surtout qu’en cas de votation populaire, la Municipalité va faire une campagne d’enfer. Il faudra engager des moyens.»
Les habitants qui, comme lui, s’interrogent encore pourront poser directement leurs questions à l’Exécutif, une séance d’information publique étant prévue cet automne.
