Deux amis redonnent vie aux livres anciens
Avec leurs créations, les deux artistes proposent des mises en scène toujours différentes. Ici: le bâteau La Suisse, un renard, un moineau et la province japonaise de Suruga. | HyperSuper
Des poèmes enflammés qu’ils déclamaient sur les pyramides de Vidy aux aventures que racontent leurs créations, Arnaud Rakotondramanana et Giuliano Bigler font vivre leur passion des mots. Dans leur petit atelier-boutique veveysan, à la Rue d’Italie, entre les affiches et les réalisations inédites, une collection attire le regard: des encyclopédies et dictionnaires d’antan. «J’aime leur odeur, je suis un peu fétichiste des livres», sourit Arnaud.
Cet attachement aux objets et à la matière est devenu la marque de fabrique d’HyperSuper. Après une première aventure entrepreneuriale alliant art et antiquité, Giuliano, diplômé en économie, et Arnaud, graphiste de formation, sont revenus à leurs premières amours: les livres et la poésie. «On gardait nos vieux bouquins comme des trésors, mais on se disait qu’on n’en faisait pas grand-chose.» Et puis un jour… ils décident de leur donner une seconde jeunesse.
«On cherchait un nom et on trouvait amusant de mêler deux superlatifs. Giuliano utilise toujours l’adjectif super, et hyper nous vient d’un magazine jurassien qui s’appelait hyperchou.» Les deux bibliophiles se lancent donc en 2021 dans la création d’affiches originales: ils prélèvent des pages sur lesquelles ils impriment des visuels – des photos personnelles ou d’artistes et des images libres de droit.
Au-delà du tampon
Si de telles créations existaient déjà – «On n’a rien inventé» – le duo y apporte sa touche: toutes leurs affiches racontent une histoire. «Il faut trouver un sens entre le visuel et le texte de la page. C’est ce qui nous anime. On met notre sensibilité au service de notre projet», confie Arnaud.
Chaque création est unique, tamponnée à la main, numérotée et entourée d’un passe-partout (ndlr: encadrement en carton posé sur une œuvre d’art) fabriqué en France. Les pages prélevées sont choisies avec soin pour donner vie à un récit, comme pour ce grand format dénonçant la déforestation: sur une page d’encyclopédie, le verbe «asphyxier» répond à un visuel de forêt. Une manière de passer des messages forts.
Des rêves plein la tête
Soucieux de donner un sens à leur travail, Arnaud Rakotondramanana et Giuliano Bigler portent un regard critique sur leur activité. «On ne sait pas ce qu’HyperSuper sera demain. Financièrement, il faut tenir. En tout cas, on essaye d’être alignés avec ce qui fait sens pour nous, et non pas avec ce qui est à la mode.»
À contre-courant des tendances, ils rechignent également à développer leur art sur les réseaux sociaux. Ni sur tout autre support numérique d’ailleurs. «Est-ce qu’on ne se tire pas une balle dans le pied en étant des boomers? Peut-être, mais c’est aussi une fierté», lance Arnaud.
Au-delà de leurs créations, les deux amis exposent ponctuellement celles d’autres artistes dans leur atelier. Ils souhaitent aussi organiser à l’avenir des ateliers pour enfants et personnes âgées. Et ils ont surtout un rêve en commun: écrire un livre. Mais ça… c’est une autre histoire.









