Deux communes, deux cantons, une même vision pour le Chablais

Syndic d’Aigle, Grégory Devaud (à g.) est venu à Monthey pour rencontrer Fabrice Thétaz, qui s’apprête à prendre la succession de Stéphane Coppey à la présidence du chef-lieu du Chablais valaisan .  | P. Genet

Politique
Comment se dessine la collaboration entre d’un côté Aigle et son syndic Grégory Devaud, et de l’autre Monthey et son futur président Fabrice Thétaz? Le point sur quelques dossiers chauds.

Fabrice Thétaz, alors que se profilent les élections des Conseils généraux ce dimanche en Valais, une réaction tout d’abord à votre élection à la présidence de Monthey, en octobre dernier. Ce n’était une surprise pour personne…

– Fabrice Thétaz: En 2016, j’étais sorti premier de ma liste lors de mon arrivée à l’Exécutif. En 2020, j’étais sorti meilleur élu de la Commune. Quatre ans plus tard, j’étais donc attendu au tournant. Sortir à nouveau en tête tous partis confondus, c’est une belle confirmation et je suis touché de la confiance accordée par la population.

C’est un retour du PLR à la tête de Monthey depuis 1996 – c’était alors le Parti radical démocratique (PRD). Avoir deux élus d’un même parti à la tête des deux chefs-lieux de la région, c’est un plus?

– Grégory Devaud: Il y a des accointances, mais la collaboration intercantonale tient davantage aux personnes en place qu’aux partis. En ce sens, nous avons toujours partagé avec Stéphane Coppey (ndlr: président de Monthey en exercice), comme avec Fabrice Thétaz, une vision commune pour le Chablais. Fabrice a fait une ascension logique en accédant à la vice-présidence, puis à la présidence. Il connaît les dossiers, et c’est cela, surtout, qui est essentiel dans une perspective de collaboration.

– F.T.: Il est toujours plus facile de discuter lorsque nous partageons les mêmes valeurs partisanes, mais c’est en effet plus une question de personnes que de partis. La collaboration a toujours été bonne entre Aigle et Monthey. Et je me suis toujours bien entendu avec Stéphane Coppey. Il y aura donc certes un changement de personnalité, mais ce sera dans la continuité.

Vous avez 37 (Fabrice Thétaz) et 40 ans (Grégory Devaud). C’est important, pour la dynamique de la région, de pouvoir compter sur des «jeunes»?

– G.D.: C’est intéressant. Nous sommes investis dans la politique communale depuis de nombreuses années. Et nous avons tous les deux des enfants en bas âge. Nous partageons une même vision de la société et une même approche de notre rôle: celui de travailler pour le bien commun. Les élus qui ont la soixantaine aujourd’hui ont vécu une autre manière de faire de la politique, peut-être plus «simple». Les attentes sont importantes et les défis sont nombreux: les villes ont grandi, les moyens de communication ont évolué. Mais notre âge ne nous dispense pas d’écouter toutes les couches de la population.

À Monthey, le gros dossier de cette législature sera celui du futur terminal rail-route. Comment avance ce dossier?

– F.T.: Les travaux du nouveau terminal ont commencé et devraient s’achever fin 2026. C’est un projet magnifique, un partenariat fort entre le politique et l’économie qui nous permettra de créer un seul et même hub de transports publics avec le déplacement de la gare AOMC et l’aménagement d’une nouvelle place de la Gare.

Qu’est-ce que ça va changer pour Aigle et le Chablais?

– G.D.: Cela va faciliter beaucoup de choses pour les usagers. La mobilité est au cœur de toutes les discussions. Fabrice et moi allons reprendre au 1er janvier comme vice-président et président le dossier de l’agglo 5e génération, qui sera celle des véritables concrétisations. La nouvelle ligne de l’AOMC (Aigle-Ollon-Monthey-Champéry) est attendue depuis longtemps et il n’y aura plus fondamentalement besoin de sa voiture pour se rendre de Monthey à Aigle. Nous apporterons une vraie solution à l’actuelle problématique du trafic de transit massif que nous connaissons dans le Chablais. En plus de l’AOMC, dans une décennie, la ligne Sud Léman sera la solution pour celles et ceux qui doivent se rendre à Evian, Thonon, Genève. Et la décennie suivante, soit pour 2045-2050, ce sera le dédoublement de la ligne CFF. On a actuellement six trains par heure à Aigle et je n’ai pas la prétention de demander plus. Mais avec le dédoublement et par exemple quatre trains par heure à Aigle et quatre à Monthey, on aurait un dispositif de mobilité robuste pour le Chablais.

– F.T.: Cela prendra un peu de temps, mais ce dédoublement, c’est-à-dire le passage de la ligne du Simplon par Monthey, est un projet stratégique nécessaire pour la région. Tous les feux sont au vert du côté de la Confédération et aujourd’hui, c’est tout le Chablais qui parle d’une seule voix. Entendre Grégory Devaud tenir ce discours fait plaisir, cela montre qu’il y a une vraie compréhension de la région par rapport à cet enjeu stratégique pour nos enfants et petits-enfants. 

Entre référendums et initiatives, vous partagez depuis de nombreuses années des problématiques similaires en termes de développement de vos centres-villes et des commerces qui s’y trouvent. La solution existe-t-elle?

– G.D.: Je suis convaincu qu’il y a une solution. Oui, la manière de commercer a changé, mais c’est aussi la responsabilité de l’entrepreneur, du commerçant, de faire évoluer son commerce. Notre responsabilité, ce sont les conditions cadres et la vie en ville, avec notamment des espaces publics de qualité et des animations.

– F.T.: Nous avons effectivement la même problématique, avec un hypercentre à environ 300 mètres de la gare. Et on partage la même préoccupation, celle d’améliorer la qualité de vie pour les gens qui vivent au centre-ville et ceux qui y viennent. Cela ne fait pas plaisir à tout le monde, mais cette amélioration passe par une diminution du trafic au centre-ville et moins de places de parc en surface. C’est un changement d’état d’esprit que l’on attend de la part des commerçants du centre-ville. On va se remettre autour de la table, discuter, recréer une relation. Nous avons, nous les élus, un rôle d’accompagnement des commerces dans cette adaptation nécessaire aux modes de consommation actuels.

Dans une précédente édition, le Montheysan Johan Rochel, chercheur en éthique et droit de l’innovation, se posait notamment la question de savoir combien de temps les industries allaient rester dans la région, notamment à Monthey. Votre avis?

– F.T.: La cohabitation entre Monthey et son industrie se passe extrêmement bien. Monthey s’est développée grâce à son industrie et aujourd’hui de nombreuses familles vivent grâce à elle. Le site chimique représente plus de 2’000 emplois. Et à chaque mise à l’enquête d’un bâtiment sur ce site, il y a zéro opposition. Il joue un rôle clé pour la région, mais nous devons diversifier les emplois. Trois bâtiments ont ainsi été construits sur le site de BioArk. Ce secteur de la biotechnologie est certes une niche, mais cela représente plusieurs centaines d’emplois, et le potentiel de développement est important. Nous devons maintenir les conditions cadres pour garder ces industries, parce que des centaines de millions de francs sont investis chaque année sur le site chimique, mais nous devons également soutenir la création d’emplois dans d’autres secteurs. 


– G.D.: L’exemple parfait en termes de fonctionnement circulaire est celui de la SATOM, qui chauffe plus de 18’000 personnes entre Monthey et Collombey-Muraz, et qui demain chauffera Aigle notamment. Je relève également que la région Aigle-Bex est l’un des onze sites stratégiques vaudois identifiés pour le futur. Cette zone est le pendant vaudois de Monthey-Collombey-Muraz. Charge à nous maintenant, ensemble, d’avoir un développement qualitatif de ces quatre pôles. 

Quid du dossier Rhône 3, la troisième correction du Rhône?

– G.D.: Dans le Chablais, un énorme travail a été fait ces 20 dernières années et on était à bout touchant avant la décision un peu abrupte du Conseil d’État valaisan de geler le dossier. Mais cela a été rattrapé par la suite. Le Canton du Valais a sorti deux crédits d’importance pour le Chablais. Il y a donc une volonté d’aller de l’avant. Peut-être que les analyses complémentaires permettront de diminuer un peu les emprises sur les terrains agricoles notamment. Mais le reste du projet a été convenu entre toutes les parties, y compris la protection de la nature, et doit pouvoir se réaliser. J’ai vécu dernièrement une évacuation de la zone industrielle et je n’ai pas envie de devoir résoudre ce genre de problèmes alors qu’on a la solution.

– F.T.: Il est indispensable, dans l’intérêt du Chablais, que la zone économique d’Aigle soit protégée pour pouvoir se développer. Mais on constate aujourd’hui que les Exécutifs cantonaux sont à l’écoute des problématiques communales et on ne peut que s’en féliciter.