
À l’initiative de la SwissMap Research Station, une quarantaine de jeunes femmes travaillent dur aux Diablerets toute cette semaine en vue des Olympiades féminines de mathématiques prévues en avril au Kosovo. | M.-L. Dumauthioz – Tamedia
Elles sont 41 jeunes femmes de 14 à 20 ans et pourraient devenir l’élite de leur pays en mathématiques. Qu’elles représentent l’Allemagne, la France, l’Italie, la Slovénie, la Bulgarie, l’Espagne ou la Suisse, la plupart partiront en avril, à raison de quatre par nation, aux Olympiades féminines européennes de leur discipline: les EGMO, pour European Girls’ Mathematical Olympiad. L’édition de cette année aura lieu au Kosovo.
Certaines sont déjà qualifiées, d’autres attendent un dernier test pour tenter de décrocher leur ticket. Dans un cas comme dans l’autre, elles sont réunies cette semaine aux Diablerets, à l’Hôtel Les Sources, pour perfectionner leur savoir et nouer des liens avec leurs pairs.
Le choix de la station des Alpes vaudoises ne doit rien au hasard. Fait méconnu, SwissMAP Research Station (SRS), une coentreprise entre l’Université de Genève et l’ETH Zurich qui promeut les domaines des mathématiques et de la physique théorique, a établi dans cet hôtel sa «station de recherche». Depuis sa création, elle y propose une douzaine d’événements par an.
À raison de six heures de travail quotidien, les participantes enchaînent depuis ce lundi et jusqu’à vendredi des exercices de haute difficulté et des cours dispensés par des références en mathématiques (sans oublier de profiter de quelques excursions dans la région). «Les cours sont axés sur la résolution de problèmes et le développement de leur créativité, pour leur permettre de construire leur propre heuristique», ajoute le Français Baptiste Serraille, membre du staff et élève à l’ETH de Zurich.
Cours intensifs
L’autre objectif déclaré des organisateurs est d’encourager la passion des jeunes femmes pour les mathématiques. «Dans les hautes écoles, en maths et dans les sciences en général, on trouve très peu de filles, entre 10 et 20% des effectifs, explique Tanish Patil, un bénévole des Olympiades suisses, qui encadre le stage. Elles ne sont pas moins bonnes, mais elles peinent davantage à se lancer.»
Myriam Faltin est pour sa part déterminée. La Genevoise de 16 ans sera du reste du voyage au Kosovo pour sa première olympiade. Dans l’attente, on sent déjà un certain esprit de compétition. «J’ai trois frères, dont un qui a fait les olympiades en informatique, explique-t-elle. Tous les quatre, on est des scientifiques, en maths ou en physique. J’ai l’habitude d’être en compétition. Et j’aime les défis.»
Pourtant, l’essentiel n’est pas là. «La partie la plus sympa, c’est l’entraînement et les rencontres. C’est plus simple de trouver des amis parmi des personnes qui partagent vos hobbys. La plupart des gens sont peu portés sur les maths, l’une des matières les plus détestées.»
«Je trouve sympa de découvrir la façon de faire des maths dans d’autres pays, lance de son côté la Française Camille Pawlowski, 18 ans. Sur les problèmes à résoudre, on est davantage dans l’entraide, à réfléchir ensemble, plutôt qu’à chercher absolument à trouver en premier.»
Oser se lancer
La Bordelaise, qui n’a pas encore son billet pour avril, dit sa chance en tant que femme d’avoir grandi dans une famille de scientifiques. «Mes parents nous ont toujours poussées, mes deux sœurs et moi. Je connais des amies qui avaient largement le niveau, mais qui se sont orientées vers autre chose. C’est peut-être sociétal. Le fait qu’on ait peu de références, comme Marie Curie ou Hedy Lamarr (ndlr: inventrice autrichienne dans le domaine des télécommunications), rend aussi plus compliqué le fait de se projeter. Sans compter que certains profs motivent moins les filles. Tout ça fait que les femmes se sentent moins capables, là où des garçons qui ne sont pas certains de leur niveau vont se lancer. Avec le temps, j’espère que les mentalités vont évoluer.»
L’Italienne Giulia Comini, qui a pour sa part «pu compter sur des enseignants très stimulants», n’y va pas par quatre chemins. «Je veux contribuer à faire comprendre au monde que les maths ne sont pas réservées aux hommes!»
Et en se faisant plaisir, qui plus est! Car la fille de Brescia, qui, petite, s’inspirait de Marie Curie, dit beaucoup s’amuser avec les mathématiques. «J’ai toujours adoré les jeux de logique. Et en plus, les stages et les camps me font beaucoup voyager.»
Elle se réjouit d’ailleurs de découvrir le Kosovo, où elle partira avec des ambitions. «L’an dernier, en Géorgie, j’ai raté l’argent pour un point!»
