Eccus s’apprête à creuser ses premières cavernes

Voici à quoi devrait ressembler l’intérieur d’une caverne d’Eccus, qui pourra abriter tant des réservoirs d’eau que des data centers ou des entrepôts industriels.  | Eccus

Jongny
Cinq ans après sa création, la société qui conçoit des cavités souterraines a décroché un contrat avec Groupe E. Une phase de concrétisation qui nécessite de s’agrandir vite et beaucoup.

À ses débuts, ce n’était encore qu’une idée mi-folle, mi-visionnaire, cantonnée au papier. Force est de constater que, depuis notre premier article à son sujet publié en mai 2022, l’entreprise Eccus a fait un sérieux chemin. Spécialisée dans la conception et la construction de cavernes souterraines à vocation industrielle, la société basée à Jongny vient de conclure son tout premier gros contrat.
Signé avec Groupe E et dévoilé au début du mois, il porte sur la réalisation de trois réservoirs souterrains de 130 mètres de long et 18 de large dans le sous-sol fribourgeois. Ces citernes géantes, dont la première devrait être creusée à Hauterive, permettront de stocker des millions de litres d’eau chaude pour alimenter le chauffage à distance. Coût total estimé pour ces trois ouvrages: entre 35 et 45 millions de francs. La première mise en service est espérée pour 2030.
«Le plus dur, c’était d’avoir notre premier client», sourit Andrew Bourget, directeur et fondateur d’Eccus. Le cap étant passé, la petite société qui emploie six personnes doit à présent évoluer, «passer d’un fonctionnement de bureau d’étude à celui d’une entreprise de construction». Et voir grand, beaucoup plus grand. L’an prochain, elle envisage d’embaucher 25 personnes. D’ici à 2029, ce nombre devrait être multiplié par cinq selon les projections du Jongnyssois.
Du personnel, mais aussi des engins. «Nous devons acquérir des machines nécessaires au creusement, comme des jumbos de forage et des ponts roulants», expose l’ingénieur civil qui a notamment œuvré à l’extension du métro parisien entre Saint-Lazare et La Défense. «Nous sommes également à la recherche d’un site dans la région pouvant héberger l’entreprise et ses équipements.»
Une phase qui nécessite évidemment des moyens financiers. Cet été, une levée de fonds a été lancée. «Sur les cinq millions de francs que nous espérons réunir, nous avons déjà collecté un million. Si des gens ont envie de s’embarquer dans l’aventure, c’est le moment!», lance l’entrepreneur sexagénaire à l’adresse de potentiels actionnaires.

Quatre autres projets en vue
Le carnet de commandes, lui, continue à se remplir. Trois cavernes pourraient être creusées à Saint-Légier, où la géologie est «particulièrement intéressante». «L’une serait destinée à accueillir un data center, l’autre à stocker des batteries et la troisième devrait servir d’entrepôt pour une entreprise.» Sans compter un projet de data center estimé à 50 millions dans les profondeurs des îles Anglo-Normandes.
«Du fait de l’automatisation croissante de l’industrie, investir le sous-sol permet de libérer de la place en surface», conclut Andrew Bourget.