
Selon Isabelle Germanier, les loups chablaisiens – qui doivent tous être éliminés d’ici à fin janvier – font les frais d’un «manque de réflexion» du Canton (image d’illustration). | Adobestock
Sept loups abattus en trois semaines… Depuis que Berne a donné son feu vert à l’élimination complète de la meute du Chablais – c’était le 16 septembre dernier – les chasseurs et gardes-faune valaisans ont été redoutablement efficaces. Deux canidés adultes et cinq jeunes ont été tués dans le cadre de cette nouvelle phase de régulation proactive décidée par le Canton, et qui concerne également d’autres meutes valaisannes.
L’objectif d’une telle mesure? «Minimiser efficacement les conflits dans les zones où les loups présentent ou ont présenté des problèmes de prédation sur des animaux de rente», expliquait le Service valaisan de la chasse fin août. C’est que les loups chablaisiens ont été particulièrement meurtriers cette année. Le nombre d’ovins – et même de bovins – mortellement croqués se monte actuellement à 23, contre un total de 8 l’an dernier.
Mais si cette meute franco-suisse est devenue problématique ces derniers mois, c’est précisément à cause des autorités cantonales, estime Isabelle Germanier. La directrice romande du Groupe Loup Suisse – organisation qui s’engage à «faciliter la coexistence entre les humains et les grands carnivores indigènes» – le met en lumière dans le cadre de Mission Loup, un projet de recherche bénévole qu’elle codirige, appuyé notamment par Raphaël Arlettaz, professeur de biologie à l’Université de Berne.
Elle l’assure: cette meute formée en 2019, qui comptait selon elle une dizaine d’individus, n’avait jamais été «très prédatrice» envers les animaux de rente, contrairement à d’autres. «En cinq ans d’existence, elle n’a jamais atteint, durant les estivages, le seuil de huit victimes tuées en situation protégée, limite au-delà de laquelle un tir réactif aurait pu être demandé», expose-t-elle. «En décembre 2023 pourtant, malgré cet historique stable, elle a été incluse dans la régulation proactive voulue par le Canton.» Une décision «incompréhensible», qu’elle interprète comme une volonté cantonale de «mettre le plus de meutes dans le cornet».
Un nouveau mâle qui change tout
Et c’est durant cet hiver-là que les choses auraient basculé, d’après les observations de Mission Loup. «Le mâle reproducteur M88 de la meute du Chablais a été abattu le 5 janvier 2024. Or, ce dernier formait un couple stable depuis plusieurs années avec la femelle reproductrice.» La mort de M88 a ouvert la voie à l’arrivée d’un nouveau prétendant, externe au groupe. «Bien souvent, les remplaçants sont plus jeunes et moins expérimentés», souligne Isabelle Germanier. Et ils peuvent aussi être davantage portés sur les attaques de bétail, d’autant plus s’il s’agit d’un loup solitaire. «C’est plus facile pour eux de s’en prendre à un mouton qu’à un cerf.»
«La réalité n’a malheureusement pas tardé à confirmer nos craintes, poursuit-elle. Ce nouveau mâle reproducteur a conduit la meute à exercer une pression nettement plus forte sur les troupeaux au cours de l’été 2025.» Une situation qui serait d’après elle symptomatique d’un «manque de réflexion» de la part des autorités cantonales. «En intervenant tous azimuts dans des meutes stables et peu portées sur la prédation du bétail, elles aggravent les problèmes qu’elles prétendent résoudre.»
Pas touche aux meutes équilibrées
Le mieux à faire? Cibler en priorité les individus problématiques. Et toucher le moins possible aux «meutes équilibrées», croqueuses de gibier plutôt que de moutons. «Soyons clairs: le zéro perte dans les troupeaux n’existera plus jamais», prévient Isabelle Germanier, qui précise qu’une meute stable «fait en moyenne entre trois à sept victimes» par année parmi les animaux de rente. «Mais conserver ces meutes peu conflictuelles est une meilleure solution que de vouloir toucher à tout, déstabiliser, libérer des territoires sans évaluer les possibles conséquences. Avec une telle régulation, les effectifs de loups ne chuteront pas.»
Que pense le Service valaisan de la chasse de cette analyse? Invité à s’exprimer, son chef Nicolas Bourquin n’a pas donné suite à notre demande. «Tous les tirs opérés depuis le début de la régulation proactive en Valais l’ont été dans le respect des bases légales en vigueur», se contente de nous écrire le service. Et d’ajouter: «Il n’est pas de notre ressort de commenter des analyses, rapports, expertises ou toute autre déclaration d’une association privée comme Groupe Loup Suisse.» Début 2025, les autorités estimaient qu’il y avait entre 90 et 120 canidés dans le canton.
