«En voulant bien faire, nous avons tendu le bâton pour nous faire battre»

Entre la majoration des heures de nuit et des absences de longue durée, le service des ambulanciers de l’ASR enregistre 9’150 heures supplémentaires au 31 décembre 2024.  | ASR / J. Masson

Sécurité
Les collaborateurs de l’ASR affichent 18’883 heures supplémentaires au 31 décembre 2024. Un chiffre qui interroge. Est-ce un signe de mauvaise gestion ou d’un dysfonctionnement? D’intenses discussions ont secoué l’organe législatif intercommunal. Explications.

Une ambiance digne d’une foire d’empoigne: la séance intercommunale de l’Association Sécurité Riviera (ASR) du 20 novembre aura été inhabituellement chahutée. Si la salle du Conseil de Vevey est dépourvue de ronds de sciure, les interpellations et autres invectives verbales auront remplacé à l’envi les joutes de lutte à la culotte.

La passe d’armes entre le Comité de direction de l’ASR (le CODIR) et l’assemblée intercommunale aura duré plus de 3h30 pour venir à bout de l’ordre du jour. Le sujet de la discorde? La flambée des heures supplémentaires, en particulier chez les ambulanciers.

«Comment ces 9’000 heures supplémentaires ont pu aboutir à près de 19’000 heures pour l’ensemble des services de l’ASR? Cela représente une dette de 1,1 million de francs, soit près de 4% du budget de l’ASR!» Le socialiste boéland Piero Negro critique le comité de direction pour ce «dysfonctionnement», ainsi qu’une tendance à «l’enfumage».

«Ces insinuations gratuites sont intolérables, et peuvent inciter à la méfiance, réagit le président du CODIR Bernard Degex. Ce sont nos services qui ont mis en lumière ces irrégularités. Il est donc tendancieux de parler de dysfonctionnement et de mauvaise gestion, alors que nous essayons justement de faire preuve de davantage de transparence. Je peux accepter les débats, mais les attaques personnelles sont désagréables.»

«Un surplus normal»

Tout a commencé par la découverte d’une ligne dans le budget 2026 de l’ASR, soumis à la Commission de gestion cet été. Ses membres découvrent alors un volume de 9’000 heures supplémentaires dues au personnel du service des ambulances.

Représentant de La Tour-de-Peilz, Piero Negro demande des clarifications. «En tant que conseiller intercommunal, mon rôle est de m’assurer de la qualité des prestations de l’ASR, explique-t-il. Or, une telle accumulation peut provoquer un service amoindri à la population. J’ai donc voulu y voir plus clair, d’où le dépôt de mon interpellation.»

Prenant acte de ce texte, le comité de direction de l’ASR décide de prendre en compte l’ensemble des heures supplémentaires de ses différents services. Des 9’150 heures enregistrées chez les ambulanciers, l’entier de l’ASR comptabilise désormais plus de 18’800 heures. La police en dénombre ainsi 4’987, les pompiers 2’033, sans oublier la direction et l’administration (2’184 heures) et la protection civile (529 heures).

«Ces quelque 9’000 heures restantes sont réparties sur environ 200 EPT (ndlr: postes à équivalents plein temps), éclaircit le nouveau directeur de l’ASR Clément Leu. Cela représente environ 45 heures par EPT, ce qui est considéré comme un surplus normal et qui correspond à notre directive interne qui autorise jusqu’à 100 heures par personne pour un 100%.»

Une tempête dans un verre d’eau?

Lors de sa première séance intercommunale, Clément Leu a donc pris le temps de clarifier la situation. L’assemblée intercommunale apprend ainsi qu’un changement de régulation, décidé par le comité de direction et en faveur du personnel, dans le système de majoration des heures de nuit a généré la moitié des heures supplémentaires du service des ambulances.

«Il ne s’agit pas d’un problème de dysfonctionnement. Quand on regarde plus dans le détail, tout s’explique, souligne le nouveau directeur de l’ASR. Il y a en revanche des améliorations à effectuer dans la gestion d’heures supplémentaires. Il n’y avait pas,  en particulier pour le service ambulance, de réel plan pour les réguler jusqu’à présent, et cela va changer.»

Ce dernier a d’ailleurs rencontré les ambulanciers il y a dix jours, afin de les informer de la situation et de leur proposer des solutions individuelles. «Dès le début de l’année prochaine, nous serons en capacité de leur proposer des récupérations d’ordre temporel et pécuniaire.»

Pas d’impact pour les Communes

Sur le plan des finances intercommunales, cette «dette» de 1,1 million de francs n’aura aucune conséquence, car ces 18’800 heures supplémentaires vont être transformées en un passif de régularisation, soit une réserve transitoire permettant de ne pas impacter le résultat de l’exercice comptable en cours.

«Jusqu’à présent, nous ne prenions pas en compte les heures supplémentaires et nous rendions le reliquat aux Communes, détaille Bernard Degex. Désormais, nous allons leur rendre un peu moins d’argent, afin d’alimenter ce passif de régularisation. Cela ne représentera donc aucune dépense supplémentaire pour les Communes.»

Est-ce que ces explications auront suffi à rassurer les élus? «Oui, déclare Piero Negro. En très peu de temps, Clément Leu a réussi à empoigner le problème. Son plan est clair, net et précis. Nous n’étions pas habitués à ça.»

Erreur de gestion, maladresse ou volonté de transparence excessive; c’est en tout cas sur une note plus sereine que s’est clôturée la discussion. «En voulant bien faire, nous avons tendu le bâton pour nous faire battre, résume Bernard Degex. Le budget 2026 alloué à l’Association Sécurité Riviera, soit une charge nette de plus de 25 millions de francs à répartir entre les neuf Communes, a finalement été accepté.

L’avenir de la Maison de la sécurité se précise

Après l’abandon de la parcelle «En Saussaz» – successif au refus populaire de l’écoquartier des Grands-Prés sur l’une des parcelles voisines – le comité de direction de l’ASR revient avec une nouvelle proposition. Le nouveau directeur de l’ASR Clément Leu explique soutenir la variante de la parcelle «Pré-au-Blanc», située sur la commune de Blonay-Saint-Légier, pour y installer la future Maison de la sécurité. Directeur administratif et chef des services généraux de l’ASR, Sébastien Piu a relevé son degré de couverture optimal sur l’axe est-ouest, ainsi que sur le territoire de la future agglomération Rivelac. Le site des «Foges» (P+R) sur la commune de Montreux est retenu comme une éventuelle variante de repli. Vice-président du comité de direction de l’ASR et municipal montreusien, Jean-Baptiste Piemontesi mentionne la possibilité de financer ce projet par l’appui des investisseurs institutionnels, comme les fonds de prévoyance, afin de soulager les plafonds d’endettements des Communes. Selon Bernard Degex, président du comité de direction, l’accord de principe des neuf Municipalités est ainsi attendu pour déclencher les négociations avec la Migros, propriétaire de la parcelle au «Pré-au-Blanc». Si tout se déroule sans accrocs, l’ASR prévoit un emménagement d’ici à 2033.

Le deal de rue s’étend dans la région

Après les intenses discussions concernant cette «dette» de 1,1 million de francs suscitées par les heures supplémentaires, l’assemblée intercommunale a voulu voter séance tenante sur une attribution de 1,2 million de francs. Le but de cette enveloppe? Doter l’ASR de dix agents de police supplémentaires. En cause: le déplacement des vendeurs de drogue de Vevey à Montreux et à La Tour-de-Peilz notamment. «Soyons audacieux», encourage Sarah Dohr. Une situation ubuesque, au vu des discussions préalables. «L’ASR souffre d’un problème de recrutement, analyse Piero Negro. La demande est pertinente, mais il nous faut davantage de recul pour l’analyser.» Bernard Degex a alors conseillé à l’élue veveysanne de revenir avec cette demande sous forme de motion au prochain Conseil. Verdict le 29 janvier 2026.

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