Enneigement mécanique : début du deuxième round

TLML compte sur 175 enneigeurs supplémentaires. Pour les écologistes, c’est une aberration.  | DR/TLML

Leysin-Les Mosses
Selon les remontées mécaniques, sans les 175 perches et canons à l’enquête publique, l’abandon des secteurs des Mosses et de Solepraz à Leysin n’est pas un tabou. Les écologistes sont prêts pour un nouveau bras de fer.

À l’automne 2024, au terme du premier round, le combat entre Télé Leysin-Les Mosses-La Lécherette (TLML) et le front écologiste opposé à l’extension de l’enneigement mécanique sur le domaine s’était conclu par un K.O. technique de la société de remontées mécaniques. Confrontée à plusieurs centaines d’oppositions, TLML avait retiré un projet voué à l’échec au vu du tracé flirtant de trop près avec des prairies et pâturages faisant l’objet de mesures de protection aux Mosses. Pour rappel, il était question d’adjoindre aux 96 «enneigeurs» déjà existants à Leysin (67 perches et 29 canons) 175 nouveaux équipements: 109 à Leysin (101 perches et 8 canons) et, surtout, 66 aux Mosses (14 perches et 52 canons). Quelque 21 km de conduites souterraines sont prévus.

Ces chiffres n’ont pas changé dans le dossier nouvellement déposé à l’enquête publique vendredi dernier, consultable jusqu’au 8 février dans les administrations de Leysin et Ormont-Dessous. Maxime Cottet, directeur de TLML, annonce toutefois «de gros efforts» consentis pour trouver un compromis avec cette deuxième mouture.

«Les tracés ont été modifiés pour éviter les zones sensibles et les bas-marais, explique-t-il. Par ailleurs, tout a été réuni en une seule mise à l’enquête pour clarifier les choses (ndlr: contre plusieurs en 2024). Les bâtiments techniques ont été largement atténués et, subsidiairement, le projet permettra de desservir en eau des secteurs non raccordés et de turbiner une partie de cette eau pour produire de l’électricité. Près de 30% de l’électricité nécessaire à l’alimentation des nouveaux enneigeurs seront donc autoproduits.»

«Une question de survie»

Pour le directeur, la concrétisation de ce projet est ni plus ni moins «une question de survie pour l’entreprise». À l’entendre, «un hiver faiblement enneigé représente une perte de revenus estimée entre 6 et 18 millions de francs». 

Maxime Cottet ne s’en cache pas: un secteur pèse particulièrement dans la balance, celui des Mosses. Dépourvu de neige artificielle et avec un nombre de jours d’ouverture qui s’est réduit comme peau de chagrin sous l’effet du changement climatique, il prétérite la bonne santé de TLML (lire également ci-contre le bilan des stations). Avec 175 nouveaux enneigeurs, TLML «pourrait, au contraire, assurer une centaine de jours d’ouverture annuels durant 20-25 ans et nous permettre de financer la transition vers un tourisme quatre saisons». 

À l’entendre, le début d’hiver actuel va dans son sens. «Avec les créneaux de froid que nous avons eus, nous aurions pu produire de la neige et ouvrir 70 à 80% des pistes des Mosses avec des canons. Or, jusqu’ici, une installation à peine a tourné.»

Fort de ce constat, Maxime Cottet se veut très clair. «Raisonnablement, on ne peut pas continuer comme ça. Je m’attache à être équitable entre Leysin et Les Mosses, mais dans tout groupe industriel, si une filiale perd de l’argent de manière chronique, le Conseil d’administration est amené à certains arbitrages. Sans enneigement mécanique, le risque est fort qu’il choisisse de dire <stop> ou décide de réduire la voilure pour limiter la casse.» 

Le télésiège de Solepraz à Leysin, dans le secteur des Fers, serait également à risque. «Il arrive en fin de concession et la neige n’y est pas garantie.»

Oppositions plus que probables

Aucun de ces arguments ne devrait dissuader Pro Natura Vaud et les membres du collectif «Non aux canons à neige» de déposer des oppositions. Alberto Mocchi, secrétaire général de la première, dit réserver son avis définitif à la lecture complète du dossier, «et nous le lirons avec beaucoup d’attention», prévient-il. «S’il s’agit pour l’essentiel du même que la première fois, il y a toutes les chances que nous nous y opposions.»

En premier lieu, il considère les projets d’enneigement mécanique «d’une autre époque». D’autre part, ils n’offrent, selon lui, aucune garantie à ces altitudes-là «puisqu’un froid intense et long est nécessaire». «Ces installations consomment par ailleurs beaucoup d’eau et d’électricité à une période où les besoins sont élevés, sans parler des atteintes à la faune et à la flore.»

L’argumentaire de Carine Landolt, membre du noyau actif du collectif «Non aux canons à neige», va exactement dans le même sens. «Je demande à voir le dossier, mais les échos que j’en ai ne sont pas encourageants. Des points d’eau relais pour les paysans, c’est très bien, mais cela reste un mégaprojet qui n’est pas en phase avec les enjeux environnementaux actuels. Je pense qu’il n’y aura pas moins d’oppositions que la première fois et nous faisons déjà chauffer nos stylos…»