Et de quatre pour Sébastien Loeb!

Sébastien Loeb et sa compagne Laurène Godey ont remporté l’édition 2025 du Rallye du Chablais.  | B. Aebi

Automobile
Venu pour le plaisir, le multiple champion du monde français s’est une nouvelle fois imposé au Rallye du Chablais. Il a régalé un public venu en nombre pour le voir.

Comme un certain Djokovic en tennis, le Français Sébastien Loeb (51 ans), qui vit près de Nyon, est une légende. Il est neuf fois champion du monde de rallye, et a remporté quelque 60 millions de gains lors de sa carrière. Toujours sollicité dans le monde entier, il participe volontiers au Rallye du Chablais quand son agenda le lui permet. «Pour le fun d’abord», comme il dit, et «aussi par amitié pour Eric Jordan», le patron de la course. 

Samedi, l’Alsacien a remporté l’épreuve pour la quatrième fois, après 2012, 2013 et 2017. «Sébastien est resté quelqu’un de très simple qui n’a pas de demande particulière quand il vient chez nous», se réjouit Eric Jordan. Deux jours durant, à l’arsenal d’Aigle, le QG de la manifestation, on a vu le champion tout sourire, discuter avec le public, faire des selfies, signer des autographes entre les spéciales.

Jouant parfaitement le jeu, Sébastien Loeb et son épouse Laurène Godey, co-pilote, ont remporté ce succès en ne lâchant rien, à la bagarre, sous la pluie et les orages, face à des adversaires tous amateurs. Une belle marque de respect. Après la première journée, vendredi, il possédait six petites secondes d’avance sur le Neuchâtelois Jonathan Hirschi, disqualifié par la suite. Il s’est finalement imposé avec un écart de 35 secondes sur le pilote bagnard Mike Coppens.

Ambiance particulière

«Ce fut un rallye compliqué dans des conditions extrêmes avec des coulées d’eau, merci au public», a lancé le Français tout sourire sur le podium devant des centaines de spectateurs ravis de voir une telle star de près. Puis, s’adressant à son épouse, entre deux baisers, il a lancé une jolie pique pleine d’humour et de tendresse. «Laurène m’aurait engueulé si on n’avait pas gagné. Mais maintenant, je suis sauvé. Je vais pouvoir passer une bonne soirée», provoquant rires et applaudissements. Coppens, son dauphin, affichait son admiration sur le podium. «Avoir pu courir deux jours avec Sébastien, j’ai encore de la peine à réaliser…»

Aux yeux d’Eric Jordan, la victoire de Loeb constitue forcément une promotion idéale pour le rallye. «Sébastien nous a fait un super cadeau. Mais j’ai autant de respect pour le premier que pour le dernier. Et je tiens à remercier nos quelque 250 bénévoles qui deux jours durant ont travaillé de 4h du matin à minuit.»

L’amitié entre Eric Jordan et Sébastien Loeb remonte au rallye de Monte-Carlo 2006. «J’étais le navigateur d’un équipage et Sébastien avait remporté l’épreuve. Comme je savais qu’il vivait en Romandie, je lui ai proposé de venir participer à notre rallye, le plus près de chez lui, et il m’a tout de suite dit oui.» Aujourd’hui, le mythique champion est même devenu le parrain de l’épreuve. Loeb a roulé aux quatre coins du monde, mais l’ambiance conviviale du Chablais le marque toujours autant.

Des spéciales éprouvantes

À l’arsenal d’Aigle, la plupart des stands de pilotes sont tenus par des amis ou des proches, chargés des pneus et des réparations. On prépare les pâtes bolo et les bonnes bouteilles ne manquent pas. Mais dès que le bolide arrive, le stand ressemble à celui d’une F1, car le temps est compté. «File-moi une pince coupante, car l’échappement est branlant», lance Thomas couché sous la Ford Escort de son ami Christophe Rumo, de Troistorrents, qui avec son co-pilote Frédéric Rausis finira 6e de la catégorie «véhicules historiques» (immatriculés avant 2000).

Pour Rumo, chauffeur poids lourd, c’était son troisième Rallye du Chablais. «Le week-end précédent, on va toujours repérer le parcours avec <Frederico> en consignant les trous, les bosses, tout. On fonctionne en binôme.» Ce qu’il aime tant dans le rallye, c’est ce cocktail d’adrénaline et de rigueur qu’exige la course. «En deux jours, on a disputé 14 spéciales et 180 kilomètres chrono sur des routes glissantes piégeuses. Le moindre relâchement et t’es dans le talus. On en ressort lessivé.»

Rien n’arrête ces passionnés, ni la casse, ni les pépins techniques. Deux mois avant le rendez-vous chablaisien, Julien Tornay, de Lavey, et son co-pilote agaunois David Roh, avaient été victimes d’une sortie de route au Critérium jurassien, ce qui avait laissé leur BMW 325 dans un sale état. Depuis lors, Tornay, à la tête d’une société de déménagement, a consacré une bonne partie de son temps libre, avec des amis et ses fils, à réparer le bolide afin d’être au départ à Aigle. «J’y ai passé quasi toutes mes fins de journée, de 17h à 23h parfois. Et c’est Marco, un carrossier à la retraite, qui a redressé la tôle.» Mais la poisse s’est acharnée. Son moteur est tombé en panne vendredi, ce qui n’a pas empêché le duo de poursuivre le rallye, même non classé. Comme de nombreux concurrents, ils seront au rendez-vous l’an prochain. Est-il besoin de le préciser?