Et soudain, tout le stade de Copet a chaviré

  |Arlind Sulik

Vevey
Après une remontée invraisemblable tout au long du deuxième tour, Vevey a enfin réussi à décrocher son billet pour la Promotion League. L’entraîneur Jean-Philippe Lebeau y est pour beaucoup. Samedi soir, Mawane Hajij a été étincelant. Reportage lors d’une folle soirée.

Samedi, il était un peu plus de 22h quand le stade de Copet, au bout du suspense, a chaviré de bonheur, laissé éclater sa joie. Au milieu des fumigènes et des feux d’artifice, les scènes de liesse se sont multipliées sur une pelouse envahie par des centaines de supporters. Cette fois, Vevey, après tant d’espoirs déçus, deux échecs sur le fil, a enfin décroché son billet pour la Promotion League, cet objectif poursuivi depuis si longtemps. Devant plus de 2’000 spectateurs et dans une ambiance des grands soirs. 

C’est là la récompense d’une remontée incroyable réussie au deuxième tour depuis l’arrivée du nouvel entraîneur Jean-Philippe Lebeau, le grand artisan de cette promotion. D’ailleurs, samedi, l’équipe a remporté cette victoire décisive (2-1) contre les Lucernois de Schötz, au terme des prolongations, avec cette foi qui la porte depuis des mois. Pas moins de 17 matches sans défaite. De décevante au premier tour, elle était devenue invincible.

Hajij en feu

Auteur des deux buts, dont l’un en forme de chef-d’œuvre, le génial Marwane Hajij (22 ans), doté d’une technique au-dessus de la moyenne, a été le héros de la soirée. Très fair-play, son premier réflexe, au coup de sifflet final, a été d’aller saluer ses adversaires. Là, sur la pelouse, entouré d’une nuée de gamins fous de joie, le jeune Franco-Marocain affiche un sourire plein d’émotions. «C’est la plus belle soirée de ma carrière. Surtout qu’il y avait toute ma famille, mes oncles, mes cousins dans les tribunes, ça fait plaisir.» 

Pas question pourtant de tirer la couverture à lui. «J’ai marqué les buts parce que c’est tombé sur moi, mais sans mes coéquipiers, je n’y serais jamais arrivé. Ce qui nous arrive est le fruit de toute une saison de travail», analyse-t-il avec une modestie non feinte.

Pas loin, dans cette foule, le président William von Stockalper, très entouré lui aussi, alterne bises et tapes sur l’épaule. On sent chez lui un bonheur teinté de soulagement, comme une délivrance. Malgré les déceptions de ces dernières saisons, il a toujours continué à y croire. «Vevey était en deuxième ligue quand j’ai repris le club il y a 11 ans et nous voilà en Promotion League.» 

Qu’a-t-il ressenti au coup de sifflet final? «De la fierté, beaucoup d’amour envers tous les Veveysans, quels qu’ils soient.» Et de rendre un hommage appuyé à son entraîneur Jean-Philippe Lebeau, l’homme clé de cette promotion encore inespérée voilà peu. «Il a totalement changé l’état d’esprit du vestiaire.Les gars, avec lui, se sont tous mis à tirer à la même corde.»

Toujours aussi calme au milieu de cette euphorie, le «sauveur» se défend d’être un entraîneur miracle. Loin des schémas tactiques à la Einstein dont on nous abreuve, il estime plus simplement, et avec une belle humanité, avoir redonné à ses joueurs «le plaisir d’être ensemble. On a travaillé, trouvé un équilibre et on y est arrivés en allant chercher tous ces succès», relève-t-il. Des propos faisant écho à ce que nous disait récemment le gardien et capitaine Nicolas Grivot. «Avec Jean-Philippe, nous avons retrouvé l’envie, la joie de jouer et c’est primordial dans le foot.»

Copet à l’anglaise

Samedi, Copet avait des allures de stade anglais, avec ses tribunes pleines, ses centaines de spectateurs agglutinés tout autour de la pelouse. Le kop veveyan, si fidèle, n’a cessé d’entonner des chants à la gloire des siens. Le vieux stade n’avait plus connu une ambiance pareille depuis son âge d’or des années 70 en LNA. 

Face à ce Schötz, solide en défense, agressif, la domination veveysanne s’est longtemps révélée stérile, même si chaque action était saluée par tout un stade debout. Dans ces matches couperet, une seule erreur peut ruiner une saison entière, d’où une tension extrême. 

À la 66e minute, le gardien alémanique déviait par miracle un ballon sur la latte. Quatre minutes plus tard, il restait impuissant sur le bijou signé Marwane Hajij, deux dribbles chaloupés suivis d’un tir imparable. La grâce devant un stade en fusion. 

Tout semblait plié lorsque, à la suite d’un cafouillage, Schötz a égalisé, sur une de ses rares attaques, au pire moment, à quelques secondes de la fin du temps réglementaire. Quel a été alors le discours de l’entraîneur pour que ses joueurs ne se laissent pas abattre par ce coup de poignard? «Confiant, positif, je leur ai simplement dit: <Les gars, vous aurez ce que vous méritez>. Eurêka, à la 100e minute, avec le deuxième but de Hajij, de la tête sur corner. Puis, en dépit de quelques frayeurs, la délivrance.

Symbole de ce Vevey si déterminé, si combatif, le latéral Elvir Muminovic (23 ans), increvable, chien de garde ne laissant jamais un centimètre de libre aux attaquants, soulignait lui aussi le rôle capital joué par l’entraîneur. «Plus qu’une équipe, nous sommes devenus une véritable famille avec lui. Et nous avons joué chaque match comme si c’était le dernier.»

Dans le foot d’aujourd’hui, saturé d’egos, il arrive encore que l’esprit d’équipe triomphe. Vevey l’a magnifiquement rappelé.

GALERIE