
Pour Eugenio Simioni, la bonne marche des affaires de Nestlé va de pair avec la responsabilité sociétale et environnementale de la multinationale. | Nestlé
À quelques encablures du siège social situé à l’entrée Ouest de Vevey, un autre lieu tout aussi important voit près d’un millier de collaborateurs s’affairer sur le développement et la commercialisation des produits Nestlé en Suisse. C’est ici, sur le site d’Entre-deux-Villes qu’Eugenio Simioni nous accueille. Au détour d’un café, le directeur général du centre névralgique de Nestlé Suisse met sur pause un programme chargé pour rebondir sur le recentrement stratégique de la firme au niveau global et ses influences sur les activités de la filiale helvétique établie à La Tour-de-Peilz.
Le nouveau patron de Nestlé Laurent Freixe a annoncé la couleur
dès son arrivée: au moins 2,5 mia de frs devront être épargnés au cours des trois prochaines années. Une mesure drastique, non?
– Je ne le vois pas ainsi. L’entreprise améliore continuellement son efficacité. Ceci est essentiel pour libérer des ressources que nous pouvons ensuite investir sur le développement de nos marques, nos plateformes de croissance et nos innovations. C’est cela qui nous permet de gagner des parts de marché et de générer une croissance durable et rentable. C’est ce que nous appelons le Cercle Vertueux de Nestlé.
Pouvez-vous être plus précis, des emplois pourraient-être en jeu prochainement?
– Ce n’est pas dans notre volonté de réduire la voilure ou de restructurer. Comme je l’ai dit, nous travaillons constamment pour gagner en efficacité au niveau opérationnel. Ce n’est pas au consommateur de payer le coût d’une éventuelle inefficacité. Ces 2,5 milliards sont des ressources à dégager au niveau opérationnel.
Et qu’en est-il de Nestlé Suisse? La situation pour votre filiale est-elle similaire à la société mère?
– Nestlé Suisse se porte bien: sur ces cinq dernières années, notre chiffre d’affaires a progressé de près de 15%. Il faut savoir que pendant le Covid, notre activité gastronomie et hors foyer est presque tombée à zéro. Inversement, comme les consommateurs étaient plus souvent chez eux, les produits en foyer ont très bien marché, que ce soit le café, nos mayonnaises, nos chocolats ou encore l’alimentation pour les animaux de compagnie. Ce n’est pas évident de maintenir une telle progression sur la durée. C’est donc une bonne nouvelle.
Pourtant, le marché suisse n’a pas été épargné par la vague inflationniste ces derniers mois. Comment expliquez-vous ces résultats?
– Le marché suisse est très différent des autres. Certes, notre pays a été touché par l’inflation, mais à un taux moindre que les pays voisins et la force de notre franc en a atténué l’effet. Il n’en demeure pas moins que le pouvoir d’achat est une thématique qui nous concerne aussi. C’est le consommateur qui décide à la fin d’acheter ou non nos produits et la concurrence est très active également. Nous devons donc pouvoir offrir des aliments pertinents, de haute qualité, qui sont responsables et durables. Le marché suisse y est très sensible. Il est petit et ne représente que 1% du chiffre d’affaires global, mais il est exigeant. Les consommateurs recherchent la «Swissitude» et sont très attachés à nos marques phares qui font partie de leurs habitudes, à l’instar de nos sauces Thomy ou de nos pâtes à gâteau Leisi. À titre plus large, notre marque Nespresso est très forte dans notre pays. Les Suisses sont parmi les plus grands consommateurs de café au monde derrière les Scandinaves et en consomment environ huit kilos chaque année, ce qui correspond à environ trois tasses par jour.
D’un côté, les défis environnementaux sont nombreux avec une forte demande pour des produits responsables, et de l’autre vous êtes aussi redevables envers vos actionnaires. Difficile à concilier?
– Notre objectif est de créer de la valeur partagée, à la fois pour nos actionnaires, et en même temps pour la société au sens large. Notre métier est de produire des aliments sûrs, de haute qualité, qui plaisent et qui répondent aux attentes des consommateurs, mais cela va bien au-delà. En tant qu’entreprise leader du secteur alimentaire, présente dans 188 pays, nous prenons de forts engagements sociétaux et environnementaux. Nous veillons à avoir un impact positif auprès des communautés locales partout où nous opérons, et sur l’ensemble de notre chaîne de valeur. Notre feuille de route climatique élaborée en 2020 en est un exemple. Elle repose sur les piliers essentiels que sont le climat, l’agriculture régénératrice (deux tiers des émissions de Nestlé proviennent de l’agriculture) et la circularité. Nous visons zéro émission nette d’ici à 2050 avec plusieurs paliers. D’ici à la fin de l’année déjà, nous souhaitons atteindre une réduction de 20% de nos émissions, et de 50% d’ici à 2030 par rapport à l’année de référence 2018. Et les résultats sont là: fin 2023, nos émissions avaient déjà diminué de 13,5%.
Né à Genève en 1966, de parents italiens
Marié depuis 30 ans, père de deux filles et heureux grand-père depuis deux ans
Collaborateur de Nestlé depuis 35 ans
Directeur général de Nestlé Suisse depuis 2020, après un passage entre 2010 et 2015 au même poste
A travaillé 12 ans pour la firme à l’étranger (Australie, Corée du Sud
et Philippines)
