
| J. Espi
C’est la haute saison au marché de Vevey. Aux commerçants présents toute l’année viennent s’ajouter de nombreux marchands temporaires. Un engouement qui fait qu’en juillet et août celui-ci est complet.
Les «ponctuels», qui paient leur emplacement à chaque venue, sont présents en nombre ce samedi matin. Sous des tentes blanches, boulangers, vendeurs de couscous ou de bijoux profitent de la foule, venue notamment profiter des marchés folkloriques.
Revenus très variables
Sous une tente remplie de paquets d’épices de Singapour, Mickaël Carvela Baltazar et sa femme Melissa sont tout sourire. Pour ce couple aiglon, le marché est surtout un moyen de promouvoir leur marque.
Cuisinier en semaine, Mickaël vient prêter main forte à sa moitié, enseignante de mandarin à côté de son business familial. «Je suis bénévole», sourit celui qui prend sur ses jours de congé pour promouvoir leur marque.
Comme la plupart des commerçants ambulants, Melissa grimace un peu lorsqu’il s’agit de donner un chiffre d’affaires pour une journée de marché. «Parfois on vend 3-4 paquets en une journée, parfois plus, c’est très variable», explique le couple. Leur intérêt? Se faire connaître et fidéliser la clientèle.
Pour Julia Roth, les profits ne constituent pas non plus un critère. Cette Argentine à l’accent chantant et aux lointains ancêtres argoviens fabrique des planches à découper en bambou et résine, qu’elle vend entre 25 et 180 francs.
«Cette activité m’a permis d’oublier les douleurs dues à une hernie discale», confie cette ancienne technicienne dentaire, désormais bénévole à la Croix-Bleue. Pour elle, les «quelques dizaines de francs» récoltés ne sont rien au regard de «l’effet thérapeutique», de son artisanat.
De l’argent utile
Les bénéfices restent toutefois bienvenus pour certains, voire vitaux. Comme pour Dari. En habits traditionnels du Niger, ce grand et discret Touareg vend des bijoux fabriqués par les habitants de son village, Foudouk.
Touché par la sécheresse, «les bénéfices servent à financer la construction de puits d’eau, ou à acheter des sacs de céréales», raconte Oliver, membre d’une association qui aide des locaux à se rendre en Suisse pour récolter des fonds.
Encore au calme avant le coup de feu de midi, Ben Van der Mee est prêt à servir ses frites façon belge. Ce fringant Hollandais d’origine, qui vit au-dessus de Vouvry (VS), travaillait dans l’immobilier lorsqu’il s’est lancé dans le business de la patate, il y a un an et demi.
«Je trouvais que les frites ici étaient nulles», sourit le sympathique commerçant. Après avoir investi 25’000 francs pour son matériel de cuisine, il vend ses cornets 6 et 8 francs, et commence à profiter de son succès. Même si le prix de la pomme de terre «a doublé», dit-il, depuis qu’il a démarré.
«Durant les bonnes journées, je peux faire 500 francs de chiffre d’affaires», raconte le vendeur, qui ne renonce pas à l’effort. Tous les vendredis à Sion, et les samedis à Vevey, l’élancé vendeur décharge et recharge quelque 700 kilos de matériel de cuisine, et 40 kilos de pommes de terre.
Fonctionnement associatif
Entre le marché et la Fête des Vignerons, Nicolas Flotron connaît le raout du samedi par cœur. Et même si «c’est assez personnel», celui qui vend fruits et légumes évoque un chiffre d’affaires «autour de 4’000 francs» pour les bonnes journées.
Pour le vice-président de l’Association des commerçants du marché veveysan, le contact avec la clientèle est la raison principale de l’engouement des marchands. Et bien sûr, il y a la satisfaction de vendre le fruit de son travail, sans les tracasseries d’un magasin à gérer.
Avec des places qui se louent 5 francs le mètre linéaire pour les ponctuels, le risque financier est tout à fait gérable. À condition de ne pas compter ses heures.

Julia Roth, Artisane en fabrication de planches à découper

Ben Van der Mee, Vendeur de frites

Nicolas Flotron, Marchand de fruits et légumes

Melissa et Mickaël Carvela Baltazar, Marchands d’épices
Dans la commune voisine, l’ambiance est calme. «Beaucoup de gens sont en vacances», explique François Vodoz, président du marché de La Tour-de-Peilz. On ne trouve environ que la moitié de la trentaine de stands que compte habituellement l’événement hebdomadaire. Ici, il y a également moins d’artisanat. «Les stands sont principalement alimentaires, même si nous voulons varier», confie le responsable. Là, ce dernier joue la franchise. «À Vevey, La Tour-de-Peilz ou Lausanne, un marchand vend pour gagner sa vie», lance-t-il. À l’ombre avec une amie, Camille Masserey profite de cette ambiance moins agitée. Le credo de cette apicultrice d’Ollon: la vente directe. «Il faut se motiver, continuer, sinon cela pourrait disparaître», lance la professionnelle. Pour elle, les bénéfices du samedi sont souvent anecdotiques, même si elle encourage les clients à venir la voir, en proposant des prix plus attractifs. Le reste de ses ventes, elle les réalise dans des commerces locaux où elle va faire ses courses.
